On trouve 16 000 ou­vrages sur la Shoah à la bi­blio­thèque du Congrès.

Dans cet ou­vrage de vul­ga­ri­sa­tion, Lau­rence Rees rap­pelle l’im­por­tance de camps d’ex­ter­mi­na­tion moins connus.

Books - - 19 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO -

Peu d’évé­ne­ments his­to­riques ont été aus­si étu­diés que la Shoah. Comme le rap­pelle l’his­to­rien Jo­seph Cro­nin sur le site Re­views in His­to­ry, « rien qu’à la bi­blio­thèque du Congrès, à Wa­shing­ton, on trouve 16 000 ou­vrages sur le su­jet ». Au­tant dire que lorsque Ho­lo­causte. Une nou­velle his­toire est pa­ru en jan­vier 2017 ou­treManche, son au­teur, Lau­rence Rees, était at­ten­du au tour­nant. Car il ne fait pas par­tie du sé­rail uni­ver­si­taire : c’est un réa­li­sa­teur et pro­duc­teur de do­cu­men­taires his­to­riques, no­tam­ment pour la BBC. « J’ad­mets que je vou­lais ne pas ai­mer ce livre », confesse Cro­nin – qui a fi­na­le­ment été plu­tôt conquis.

Certes, Rees ne ré­vo­lu­tionne pas notre vi­sion de la Shoah et, contrai­re­ment à ce que laisse sup­po­ser le titre, « il n’y a pas de conclu­sions nou­velles : elles re­flètent le consen­sus his­to­rique ac­tuel », es­time le spé­cia­liste des camps de concen­tra­tion Ni­ko­laus Wachs­mann dans The Guar­dian. Ain­si l’ou­vrage penche-t-il ré­so­lu­ment en fa­veur de la thèse fonc­tion­na­liste, se­lon la­quelle la so­lu­tion fi­nale ne ré­sulte pas de la mise en oeuvre d’un plan conçu avant le dé­clen­che­ment de la guerre, mais est le fruit de cir­cons­tances et de dé­ci­sions ul­té­rieures, ap­pli­quées lo­ca­le­ment au gré des évé­ne­ments. L’ori­gi­na­li­té de Rees est ailleurs : « C’est un vul­ga­ri­sa­teur ta­len­tueux ca­pable de ra­con­ter une his­toire com­plexe avec sen­si­bi­li­té et clar­té sans sa­cri­fier les nuances », note Wachs­mann. Par ailleurs, Rees n’est pas non plus un com­plet no­vice : il a consa­cré une grande par­tie de son tra­vail de réa­li­sa­teur à la Shoah et re­cueilli de­puis plu­sieurs dé­cen­nies « plus de té­moi­gnages que n’im­porte qui » sur la ques­tion (se­lon Ri­chard J. Evans dans le New Sta­tes­man).

L’une des par­ti­cu­la­ri­tés du ré­cit de Rees est qu’il es­saie d’élar­gir notre vi­sion de la Shoah, de ne pas la ré­duire au seul camp d’Au­sch­witz (au­quel il a dé­jà consa­cré un ou­vrage re­mar­qué, lui aus­si tra­duit en fran­çais). Il res­ti­tue toute l’im­por­tance des camps moins connus de Bel­zec, So­bi­bor et Tre­blin­ka, qui, se­lon lui, « sym­bo­lisent la sin­gu­la­ri­té du crime ». Car, contrai­re­ment à Au­sch­witz, leur unique fonc­tion était l’ex­ter­mi­na­tion. Pa­ra­doxa­le­ment, c’est pour ce­la qu’ils hantent moins la mé­moire col­lec­tive : au­cun an­cien dé­te­nu n’a pu dé­crire ce qui s’y pas­sait et les na­zis les ont dé­truits après y avoir ac­com­pli leurs ob­jec­tifs meur­triers. « Au­sch­witz ne de­vint cen­tral dans le gé­no­cide qu’à la fin de l’an­née 1943, rap­pelle Cro­nin. Et ce n’est qu’en 1944 que le che­min de fer fut pro­lon­gé jus­qu’au camp ju­meau de Bir­ke­nau. » L’image qui in­carne par ex­cel­lence l’Ho­lo­causte, celle de ces rails ar­ri­vant à Bir­ke­nau, est donc en par­tie trom­peuse : « À ce mo­ment-là, la plu­part des vic­times de l’Ho­lo­causte avaient dé­jà été tuées. »

Ho­lo­causte. Une nou­velle his­toire, de Lau­rence Rees, tra­duit de l’an­glais par Ch­ris­tophe Ja­quet, Al­bin Mi­chel, 448 p., 24,90 €.

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