On ne croit aux rhu­ma­tismes et au vé­ri­table amour qu’une fois qu’on en est at­teint.

Les apho­rismes de Ma­rie von Eb­nerE­schen­bach jouissent d’une im­mense po­pu­la­ri­té dans les pays ger­ma­niques.

Books - - 19 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO -

E «n sep­tembre 1900, pour son 70e an­ni­ver­saire, Ma­rie von Eb­ner-Eschen­bach re­çut une lettre de re­mer­cie­ments si­gnée par 10000 Vien­noises. À l’ère d’In­ter­net, où ce genre d’hom­mage se­rait pour­tant bien plus simple à or­ga­ni­ser, quel au­teur digne de ce nom ose­rait ne se­rait-ce qu’en rê­ver ? » se de­mande le cri­tique KarlMar­kus Gauss dans le Neue Zür­cher Zei­tung. Ma­rie von Eb­ner-Eschen­bach est pra­ti­que­ment in­con­nue en France, où une poi­gnée seule­ment de ses ro­mans et nou­velles a été tra­duite. En Au­triche même, on ne la lit plus guère. Les en­fants s’y ré­galent en­core de sa nou­velle ani­ma­lière Kram­bam­bu­li, qui fut adap­tée plu­sieurs fois à l’écran, mais c’est à peu près tout. On ou­blie qu’« elle fut la pre­mière grande ro­man­cière d’une lit­té­ra­ture qui, avant elle (et de son temps en­core), comp­tait très peu de femmes. Pre­mière Au­tri­chienne à connaître vrai­ment la gloire lit­té­raire […], elle fut par exemple la pre­mière femme à être faite doc­teur ho­no­ris cau­sa de l’uni­ver­si­té de Vienne, en 1900 », nous ap­prend Jean-Yves Mas­son dans la post­face de Tout un livre, toute une vie.

Mas­son y pro­pose la toute pre­mière tra­duc­tion fran­çaise du seul ou­vrage d’Eb­nerE­schen­bach qui, avec Kram­bam­bu­li, conti­nue à jouir d’une grande po­pu­la­ri­té dans les pays ger­ma­niques : un re­cueil d’apho­rismes.

Cette tra­duc­tion est d’une pu­re­té et d’une élé­gance telles qu’elle donne l’im­pres­sion que ces apho­rismes ont été ré­di­gés en fran­çais. Mais est-ce un ha­sard ? Ma­rie von Eb­ner-Eschen­bach par­lait cou­ram­ment la langue de Mo­lière, et elle s’est plus ins­pi­rée des grands mo­ra­listes fran­çais comme La Ro­che­fou­cauld ou Vau­ve­nargues que des au­teurs au­tri­chiens, dé­couvre-t-on dans la post­face de Mas­son. Alors que les apho­rismes à l’au­tri­chienne, tels qu’ils furent pra­ti­qués par Hu­go von Hof­manns­thal (voir Books no 72, jan­vier 2016), Karl Kraus ou Ar­thur Sch­nitz­ler, se rat­tachent à la tra­di­tion ro­man­tique du « frag­ment », as­sez dé­layé et pas né­ces­sai­re­ment très per­cu­tant, les apho­rismes d’ins­pi­ra­tion fran­çaise d’Eb­ner-Eschen­bach « sont en réa­li­té des maximes, mar­quées par la re­cherche d’une for­mu­la­tion frap­pante qui fixe l’éclair de la pensée », note Mas­son. Cer­tains sont de­ve­nus si cé­lèbres en Au­triche qu’ils sont pas­sés dans le lan­gage cou­rant ou se re­trouvent sur des cartes pos­tales ou des vê­te­ments. Ci­tons, par exemple : « Qui ne sait rien est for­cé de tout croire », ou en­core ce­lui que Mas­son ra­conte avoir vu ré­cem­ment sur la de­van­ture d’une phar­ma­cie : « On ne croit aux rhu­ma­tismes et au vé­ri­table amour qu’une fois qu’on en est at­teint. »

Tout un livre, toute une vie, de Ma­rie von Eb­ner-Eschen­bach, tra­duit de l’al­le­mand par Jean-Yves Mas­son en col­la­bo­ra­tion avec Phi­lippe Gi­rau­don, La Coo­pé­ra­tive, 110 p., 15 €.

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