« LES ÉLITES MONDIALISÉES N’EXISTENT PAS »

Les mil­liar­daires et les di­ri­geants des grandes en­tre­prises de la pla­nète ne forment pas une classe su­pra­na­tio­nale ho­mo­gène. Pour le so­cio­logue al­le­mand Mi­chael Hartmann, cette thèse est un trompe-l’oeil. Elle sert sur­tout à jus­ti­fier des sa­laires exor­bit

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE - — Pro­pos re­cueillis par Bap­tiste Tou­ve­rey

Les mil­liar­daires et les di­ri­geants des grandes en­tre­prises de la pla­nète ne forment pas une classe su­pra­na­tio­nale ho­mo­gène. Pour le so­cio­logue al­le­mand Mi­chael Hart­mann, cette thèse est un trompe-l’oeil.

D’après vous, l’idée que les per­sonnes les plus riches forment une élite éco­no­mique lar­ge­ment mon­dia­li­sée est une lé­gende. Pour­quoi ?

Tout sim­ple­ment parce que, lors­qu’on en­quête sur les pa­trons des grands groupes et sur les mil­liar­daires, on constate que cette thèse d’une élite mon­dia­li­sée ne cor­res­pond pas à la réa­li­té.

À la tête de Deutsche Bank, on trouve pour­tant un Bri­tan­nique, John Cryan, et à la tête de PSA le Por­tu­gais Car­los Ta­vares…

Ils n’ont rien de re­pré­sen­ta­tif. Ce sont des ex­cep­tions qui confirment la règle. Et la règle, c’est que 90 % des PDG des plus grosses en­tre­prises mon­diales, tout comme 90 % des mil­liar­daires, vivent et tra­vaillent dans leur pays d’ori­gine.

Mais alors d’où vient cette lé­gende ?

Des mé­dias, d’abord, qui se fo­ca­lisent sur les cas par­ti­cu­liers parce qu’ils sont plus in­té­res­sants que la norme. Voi­là aus­si la rai­son pour la­quelle on a tant par­lé de la no­mi­na­tion de l’Al­le­mand Tho­mas Bu­berl comme PDG du fran­çais Axa en 2016 ou de l’Amé­ri­cain Bill McDer­mott comme PDG de l’al­le­mand SAP, en 2014. L’autre ori­gine de cette lé­gende, ce sont les di­ri­geants de grandes en­tre­prises eux-mêmes, qui ont in­té­rêt à pro­pa­ger cette thèse d’une élite glo­bale. Elle leur per­met de jus­ti­fier leurs ré­mu­né­ra­tions très éle­vées et sur­tout l’aug­men­ta­tion ver­ti­gi­neuse de ces ré­mu­né­ra­tions au cours des der­nières dé­cen­nies. Ils peuvent pré­tendre, au nom d’une pré­ten­due concur­rence mon­diale, que c’est le prix à payer pour at­ti­rer les meilleurs, qui, sans ces sa­laires as­tro­no­miques, iraient voir ailleurs. Un rai­son­ne­ment plau­sible quand on n’est pas al­lé exa­mi­ner les choses de près…

Ce que vous avez fait. Comment avez-vous pro­cé­dé ?

Je me suis in­té­res­sé aux 1000 plus grandes en­tre­prises et aux 1000 pre­mières for­tunes mon­diales en me fon­dant sur les clas­se­ments éta­blis par le ma­ga­zine Forbes pour l’an­née 2015. Puis j’ai fait des re­cherches dé­taillées sur cha­cun des PDG de ces en­tre­prises et cha­cun de ces mil­liar­daires pour sa­voir où ils vi­vaient et tra­vaillaient, et si, pen­dant leurs études ou leur car­rière pro­fes­sion­nelle, ils avaient sé­jour­né à l’étran­ger. Tous ces don­nées datent de 2015-2016. J’ai éten­du mes re­cherches aux PDG des 100 pre­mières en­tre­prises d’Al­le­magne, de France et de Grande-Bre­tagne (qui ne fi­gurent pas toutes dans le clas­se­ment Forbes), afin de dis­po­ser, pour les six plus grandes puis­sances éco­no­miques du monde (les trois men­tion­nées plus haut, plus les ÉtatsU­nis, la Chine et le Ja­pon) de points de com­pa­rai­son à pro­pos de leurs 100 plus grosses en­tre­prises res­pec­tives en 1995, 2005 et 2015, et de suivre ain­si l’évo­lu­tion sur deux dé­cen­nies.

Qu’est-ce que l’étude des pa­trons des 1 000 pre­miers groupes mon­diaux vous a ap­pris ?

Deux choses im­por­tantes. Non seule­ment, comme je vous le di­sais, neuf PDG sur dix ha­bitent et tra­vaillent dans leur pays d’ori­gine, mais sept PDG sur dix y ont vé­cu toute leur vie, sans ja­mais sé­jour­ner à l’étran­ger, même pas

six mois d’af­fi­lée (la du­rée d’un se­mestre Eras­mus). Leur car­rière est in­té­gra­le­ment na­tio­nale.

Avez-vous re­le­vé des dif­fé­rences entre les pays ?

Oui, de très grandes dif­fé­rences. Ces 10 % de grandes en­tre­prises di­ri­gées par un étran­ger consti­tuent une moyenne à l’échelle mon­diale. Mais, en Suisse, l’unique pays dans le­quel on constate une réelle in­ter­na­tio­na­li­sa­tion de l’élite éco­no­mique, la pro­por­tion dé­pas­sait en 2015 les 70 %. En Grande-Bre­tagne, un tiers des 100 pre­mières en­tre­prises du pays sont di­ri­gées par un étran­ger, en Al­le­magne un sixième. En France, en re­vanche, c’est le cas de moins d’une grande en­tre­prise sur vingt et, dans la plu­part des autres grands pays eu­ro­péens, comme l’Ita­lie ou l’Es­pagne, il n’y a, pour ain­si dire, au­cun étran­ger à la tête d’une grande en­tre­prise. Même constat pour les pays asia­tiques comme la Chine, le Ja­pon ou l’Inde. Mais ces dif­fé­rences sont en réa­li­té à re­la­ti­vi­ser, car sou­vent le ca­rac­tère in­ter­na­tio­nal des en­tre­prises n’est qu’ap­pa­rent.

Que vou­lez-vous dire ?

Un cer­tain nombre de PDG sont comp­ta­bi­li­sés comme étran­gers uni­que­ment parce que, pour des rai­sons fis­cales, leur en­tre­prise a son siège so­cial dans un pays qui n’est pas le leur. Par exemple, sur les dix grosses en­tre­prises ir­lan­daises di­ri­gées par un étran­ger, six sont en réa­li­té des en­tre­prises amé­ri­caines ou bri­tan­niques, certes of­fi­ciel­le­ment en­re­gis­trées à Du­blin, mais qui conti­nuent à être di­ri­gées de­puis les États-Unis ou la Grande-Bre­tagne. On re­trouve le même cas de fi­gure en Suisse, aux Pays-Bas, au Luxem­bourg, dans les Ca­raïbes ou au Royaume-Uni.

Quel rôle joue la langue dans cette in­ter­na­tio­na­li­sa­tion ?

C’est un autre élé­ment qui vient la re­la­ti­vi­ser. Lorsque des étran­gers se re­trouvent à la tête d’une en­tre­prise, dans les deux tiers des cas, ils viennent de pays qui ap­par­tiennent à la même aire lin­guis­tique et cultu­relle. Aux États-Unis et en Grande-Bre­tagne, par exemple, ils viennent presque tou­jours d’autres pays an­glo­phones, d’Aus­tra­lie, du Ca­na­da, d’Afrique du Sud, de Nou­velle-Zé­lande… En Al­le­magne, ce sont des Au­tri­chiens ou des Suisses, par­fois des Da­nois ou des Néer­lan­dais, qui, s’ils ne sont pas ger­ma­no­phones de nais­sance, maî­trisent par­fai­te­ment l’al­le­mand.

N’avez-vous pas consta­té une ten­dance à l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du­rant ces der­nières an­nées ?

Je ne peux ré­pondre que pour les six pre­mières puis­sances éco­no­miques mon­diales, les seules à pro­pos des­quelles je dis­pose d’élé­ments de com­pa­rai­son de­puis 1995. En Grande-Bre­tagne et en Al­le­magne, l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion a aug­men­té de fa­çon si­gni­fi­ca­tive. En France et aux États-Unis, elle a un peu pro­gres­sé. En Chine et au Ja­pon, elle a ré­gres­sé.

Peut-être l’in­ter­na­tio­na­li­té des PDG n’est-elle pas le cri­tère le plus per­ti­nent pour éva­luer l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion des élites éco­no­miques. Beau­coup d’au­teurs es­timent que c’est da­van­tage dans les conseils d’ad­mi­nis­tra­tion et de sur­veillance des grandes en­tre­prises que se ma­ni­feste l’émer­gence d’une élite glo­bale. Qu’en pen­sez-vous ?

Mais la si­tua­tion y est à peu près la même ! On trouve même moins d’étran­gers par­mi les pré­si­dents de ces conseils que par­mi les PDG : dans les en­tre­prises bri­tan­niques, un quart au lieu d’un tiers, en Al­le­magne 14 % seule­ment.

En fait, c’est dans l’at­tri­bu­tion de cette fonc­tion, plus en­core que dans celle de PDG, que se ma­ni­feste le vé­ri­table rap­port de pro­prié­té. Dans les groupes fa­mi­liaux, les pré­si­dents de conseils d’ad­mi­nis­tra­tion ou de sur­veillance sont is­sus des fa­milles pro­prié­taires ou, du moins, ont la même na­tio­na­li­té.

Dans les grandes banques ou com­pa­gnies d’as­su­rances, le PDG peut bien être un étran­ger, le pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, lui, est presque tou­jours un au­toch­tone ; ce­la per­met de gar­der un lien avec les ré­seaux lo­caux de pou­voir, ce qui est es­sen­tiel pour ce genre d’ac­ti­vi­tés. Les géants de la fi­nance et des as­su­rances que sont Cré­dit suisse et Swiss Re ont pour PDG res­pec­ti­ve­ment un Ivoi­rien et un Luxem­bour­geois, mais un Suisse pour pré­sident de leur conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. On ob­serve le même phé­no­mène au Royaume-Uni avec Avi­va, Lloyds Ban­king Group, Lon­don Stock Ex­change, Pru­den­tial et Royal Bank of Scot­land. Tous ont des PDG étran­gers (deux Néo-Zé­lan­dais, un Amé­ri­cain, un Fran­çais et un Por­tu­gais), mais leurs chair­men sont bri­tan­niques.

Qu’en est-il des membres des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion ou de sur­veillance ?

Il faut dis­tin­guer les ad­mi­nis­tra­teurs exé­cu­tifs des non exé­cu­tifs. Par­mi les membres exé­cu­tifs, la pro­por­tion d’étran­gers est à peu près équi­va­lente à celle des PDG étran­gers, donc très faible, avec quelques va­ria­tions se­lon les pays. En re­vanche, il est vrai que par­mi les membres non exé­cu­tifs la pro­por­tion d’étran­gers est beau­coup plus im­por­tante. Mais ces membres non exé­cu­tifs n’ont pas be­soin de vivre dans le pays où l’en­tre­prise est éta­blie : ils doivent juste se rendre de temps en temps aux conseils. Ce n’est donc pas un in­dice de réelle in­ter­na­tio­na­li­té. Des contacts peuvent être noués, mais ce­la ne suf­fit pas à consti­tuer une élite mon­diale ho­mo­gène, un « ha­bi­tus de classe » au sens bour­dieu­sien.

Et qu’en est-il des mil­liar­daires ?

Là en­core, pas de dif­fé­rences no­tables avec ce que l’on ob­serve chez les pa­trons : 90 % vivent dans leur pays d’ori­gine. Certes, il existe des mil­liar­daires vé­ri­ta­ble­ment cos­mo­po­lites comme les grands ar­ma­teurs grecs, l’In­dien Laksh­mi Mit­tal, Jorge Pau­lo Le­mann, pre­mière for­tune du Bré­sil, ou Ta­tia­na Ca­si­ra­ghi, ri­chis­sime hé­ri­tière co­lom­bienne qui est née à New York, a fait ses études en Suisse et en France puis a épou­sé un membre de la fa­mille prin­cière mo­né­gasque… Mais ce sont des ex­cep­tions. Par exemple, contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait croire, seuls deux des 45 Russes les plus riches vivent à l’étran­ger. Les autres ha­bitent en Rus­sie, presque tous à Mos­cou, car la proxi­mi­té du pou­voir est es­sen­tielle à la pros­pé­ri­té de leurs af­faires. Et, sur les plus de 300 mil­liar­daires amé­ri­cains du clas­se­ment Forbes, seuls trois vivent à l’étran­ger. En­fin, au­cun mil­liar­daire chi­nois ou ja­po­nais ne ré­side en de­hors de son pays d’ori­gine.

En France, on dé­plore sou­vent l’exil des plus riches. Der­niè­re­ment, in­di­quait que, de­puis l’an 2000, 60 000 mil­lion­naires fran­çais au­raient quit­té la France pour des rai­sons fis­cales. N’est-ce pas le signe d’une in­ter­na­tio­na­li­té des riches ?

The Eco­no­mist

Ces chiffres de­man­de­raient à être vé­ri­fiés. Il fau­drait voir no­tam­ment com­bien sont re­ve­nus en France dans le même temps. C’est le solde qui est im­por­tant. Mais c’est vrai : un tiers des mil­liar­daires fran­çais (tout comme des mil­liar­daires al­le­mands, d’ailleurs) sont éta­blis à l’étran­ger, ce qui est la pro­por­tion la plus éle­vée par­mi les six grandes puis­sances éco­no­miques. Ils sont par­tis pour payer moins d’im­pôts. Mais sont-ils vrai­ment par­tis à l’étran­ger ? La plu­part ne sont pas al­lés loin : en Suisse. Plus pré­ci­sé­ment dans la par­tie de la Suisse où l’on parle leur langue, les Al­le­mands au bord du lac de Zu­rich, les Fran­çais au bord du lac Lé­man. Et l’on pour­rait ajou­ter les Ita­liens éta­blis dans le Tes­sin. Le même phé­no­mène peut être ob­ser­vé à Londres, la seule grande mé­tro­pole où il y a da­van­tage de mil­liar­daires étran­gers qu’au­toch­tones : la plu­part viennent de pays du Com­mon­wealth ou de Suède, qui est presque un pays an­glo­phone.

Il semble y avoir une grande dif­fé­rence en ma­tière d’exil fis­cal entre l’Eu­rope et les États-Unis. Comment l’ex­pli­quez-vous ?

Les règles fis­cales sont dif­fé­rentes. Un res­sor­tis­sant amé­ri­cain doit payer des im­pôts aux États-Unis quel que soit son lieu de ré­si­dence. Si, par exemple, il vit en Suisse et n’y paie que les 100000 eu­ros d’im­pôts dont s’ac­quittent en moyenne les mil­liar­daires qui y sont éta­blis alors qu’il au­rait dû payer 10 mil­lions aux États-Unis, les 9,9 mil­lions res­tants sont dus au fisc amé­ri­cain. Et s’il est ten­té de re­non­cer à sa na­tio­na­li­té amé­ri­caine, il lui faut payer une taxe de sor­tie équi­va­lente à 20 % de l’en­semble de sa for­tune. Voi­là pour­quoi moins de 1 % des mil­liar­daires amé­ri­cains vivent en de­hors des ÉtatsU­nis. La plu­part ré­si­dant à New York, où leur taux d’im­po­si­tion sur le re­ve­nu est de 47 %, plus éle­vé donc qu’en France, où il est pla­fon­né à 45 %.

Les su­per-riches ne par­tagent-ils pas mal­gré tout un style de vie et de consom­ma­tion, des in­té­rêts com­muns ?

À mon avis, cet as­pect-là est com­plè­te­ment sur­es­ti­mé. Quand on re­garde les choses de près, on s’aper­çoit que la plu­part des su­per-riches res­tent an­crés dans leur tra­di­tion na­tio­nale. Ce­la concerne aus­si bien les ha­bi­tudes ali­men­taires que les goûts cultu­rels. La seule chose qu’ils aient en com­mun, c’est de vou­loir ga­gner beau­coup d’ar­gent…

Mais beau­coup de PDG et de mil­liar­daires ont fré­quen­té les mêmes grandes uni­ver­si­tés, les mêmes écoles de com­merce. N’y ont-ils pas re­çu une édu­ca­tion stan­dar­di­sée qui par­ti­cipe à la for­ma­tion d’une élite mon­diale ?

Non. Moins de 10 % des PDG et des mil­liar­daires ont fré­quen­té une école ou une uni­ver­si­té étran­gère. Pre­nez les deux écoles de com­merce qui ont vu pas­ser le plus de fu­turs PDG de grandes en­tre­prises, celle de Har­vard et HEC Pa­ris, 20 fu­turs PDG dans cha­cun de ces deux éta­blis­se­ments. À Har­vard, 16 d’entre eux étaient amé­ri­cains et à HEC tous, sans ex­cep­tion, étaient fran­çais. La for­ma­tion des élites reste une af­faire émi­nem­ment na­tio­nale. Le sys­tème des bu­si­ness schools et des grandes écoles a même ten­dance à frei­ner l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion.

Comment est-ce pos­sible ?

Les meilleures écoles et uni­ver­si­tés s’in­tègrent à des mo­dèles de car­rière pro­fon­dé­ment en­ra­ci­nés dans les tra­di­tions de chaque pays. La France en est un exemple presque ca­ri­ca­tu­ral. Plus de la moi­tié des PDG des 100 pre­mières en­tre­prises fran­çaises sont pas­sés par HEC, l’ENA ou Po­ly­tech­nique. Or ce type de par­cours est, dans les faits, in­ter­dit aux étran­gers. Certes, entre un cin­quième et un tiers des étu­diants d’HEC, de l’ENA et de Po­ly­tech­nique sont étran­gers, mais, dans le cas de Po­ly­tech­nique et de l’ENA, ils ne passent pas le concours tra­di­tion­nel, qui reste lar­ge­ment ré­ser­vé aux Fran­çais. Sur­tout, ils suivent en­suite un par­cours très dif­fé­rent : ils n’in­tègrent pas les grands corps de l’État et les ca­bi­nets mi­nis­té­riels, étapes cru­ciales pour se re­trou­ver en­suite pa­ra­chu­té à la tête d’une grande en­tre­prise fran­çaise.

Quelle conclu­sion ti­rez-vous de ce constat d’un an­crage des élites éco­no­miques dans leurs pays res­pec­tifs ?

Que si l’on veut al­ler contre leurs in­té­rêts, on n’a pas af­faire à un ad­ver­saire si puis­sant que ça. Qu’on peut donc agir au ni­veau na­tio­nal. S’il exis­tait ef­fec­ti­ve­ment une élite mon­diale, on n’au­rait au­cune chance.

Plus de la moi­tié des grands pa­trons fran­çais sont pas­sés par HEC, l’ENA ou Po­ly­tech­nique.

LE LIVREDie glo­bale Wirt­schaft­se­lite. Eine Le­gende (« L’élite éco­no­mique mon­diale. Une lé­gende »), Cam­pus, 2016, 248 p.L’AU­TEURMi­chael Hart­mann est pro­fes­seur émé­rite de so­cio­lo­gie à l’uni­ver­si­té de Darm­stadt, en Al­le­magne. Ses re­cherches portent sur les élites. On lui doit no­tam­ment un ou­vrage sur le mythe des élites mé­ri­to­cra­tiques et un autre sur les élites et le pou­voir en Eu­rope, in­édits à ce jour en fran­çais.

Mi­chael Hart­mann : « Lorsque des étran­gers se re­trouvent à la tête d’une en­tre­prise, ils viennent le plus sou­vent de pays ap­par­te­nant à la même aire lin­guis­tique et cu­tu­relle. »

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