LES LI­MITES D’UNE RÉ­VO­LU­TION CULTU­RELLE

L’af­faire Wein­stein et la dé­non­cia­tion du har­cè­le­ment sexuel qui a sui­vi marquent un au­then­tique temps ré­vo­lu­tion­naire. C’est le pou­voir aris­to­cra­tique mas­cu­lin qui tombe. Reste que les fé­mi­nistes ont tort de mettre dans le même sac toutes les formes de m

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE - LAU­RA KIP­NIS. The New York Re­view of Books.

On a d’abord vu d’im­po­sants po­ten­tats de l’in­dus­trie du cinéma et des mé­dias mordre la pous­sière. Ont sui­vi une co­horte de des­potes et sei­gneurs de moindre en­ver­gure, em­ployés dans le même sec­teur. Et puis le phé­no­mène s’est éten­du au point d’at­teindre la moi­tié des hommes de Hol­ly­wood et des pro­fes­sions plus né­gli­geables, comme la po­li­tique. Le va­carme fut en­tre­te­nu par des ex­perts pon­ti­fiants (ceux qui n’avaient pas en­core chu­té eux-mêmes) s’ef­for­çant d’ex­pli­quer ce qui s’était pro­duit, puis de l’ex­pli­quer à grands frais, puis d’ajou­ter en­core de nou­velles ex­pli­ca­tions. Car le pay­sage n’a ces­sé de chan­ger : bientôt se re­trou­vé­rent à leur tour sur le gril des gens pas si puis­sants (des jour­na­listes in­dé­pen­dants et des ro­man­ciers ex­pé­ri­men­taux ont fi­gu­ré sur une liste qui a cir­cu­lé sur In­ter­net), et on ne sut plus très bien de quoi l’on par­lait : de « vi­ri­li­té toxique » ou de pa­nique mas­cu­line ?

Mais, au dé­but du moins, l’his­toire pa­rais­sait claire. Il s’avère que dans les plus hauts gratte-ciel et les hô­tels les plus luxueux des éco­no­mies les plus avan­cées, de nom­breux hommes en vue se sont pris pour des sei­gneurs féo­daux, exi­geant un droit de cuis­sage de leurs vas­sales, en l’oc­cur­rence leurs su­bor­don­nées ou des femmes sou­hai­tant pé­né­trer dans leur fief. Ils pré­le­vaient ma­ni­fes­te­ment une taxe sur l’évo­lu­tion de car­rière des femmes, les moins chan­ceuses d’entre nous étant obli­gées non seule­ment de prê­ter ser­ment de fi­dé­li­té à des chefs ar­ro­gants, mais aus­si de rendre di­vers types d’hom­mages sexuels, consis­tant à flat­ter leur ego (ce qui est dé­jà ré­pu­gnant), à se faire pe­lo­ter ou à gar­der le si­lence après un viol ca­rac­té­ri­sé.

Du point de vue po­li­tique, la ré­vé­la­tion de l’am­pleur du har­cè­le­ment sexuel re­pré­sente un bou­le­ver­se­ment so­cié­tal ; une grande vic­toire dans le com­bat mul­ti­sé­cu­laire pour l’éga­li­té des femmes. Cette fois, le champ de ba­taille est pro­fes­sion­nel, et les ad­ver­saires mas­sa­crés ceux qui font et dé­font les car­rières. Une lutte pour les car­rières est certes une ré­vo­lu­tion bour­geoise – au sens his­to­rique, sans conno­ta­tion né­ga­tive. Si le corps des femmes est en­core consi­dé­ré comme une pro­prié­té, alors une nou­velle Terreur n’avait que trop tar­dé. Si les femmes en sont en­core à s’em­ployer à abo­lir un pri­vi­lège aris­to­cra­tique quelques siècles plus tard, c’est que cette classe so­ciale doit être li­qui­dée pour que l’éga­li­té ci­vique et éco­no­mique entre les sexes puisse ad­ve­nir.

Que les agents de des­truc­tion aient été des femmes qui se bor­naient à ra­con­ter pu­bli­que­ment leur his­toire est rien de moins que dé­li­cieux. Les femmes se ra­con­taient des ra­gots, se plai­gnaient, in­vec­ti­vaient – et, sou­dain, le monde les écou­tait (les his­to­riens ont beau­coup écrit sur le rôle qu’ont joué, dans des ré­vo­lu­tions pré­cé­dentes, les com­mé­rages et les lieux où ils se col­portent, comme les ca­fés). Chaque his­toire qui sor­tait était plus sor­dide que la pré­cé­dente : va­ria­tions in­fi­nies sur le thème de l’igno­mi­nie sexuelle. Les ré­vé­la­tions n’avaient rien de nou­veau, mais le cadre avait chan­gé : le boss aux mains ba­la­deuses, les sol­li­ci­ta­tions obs­cènes, la pro­mo­tion ca­na­pé, tout ce­la n’al­lait pas conti­nuer comme si de rien n’était. Chaque ré­vo­lu­tion a ses armes de choix : il fut un temps où c’étaient les mous­quets et la guillo­tine, au­jourd’hui c’est le « par­tage » sur les réseaux sociaux et la dé­non­cia­tion dans les mé­dias. Ce ne sont plus

les têtes qui tombent, mais les car­rières : des contrats dé­chi­rés, des ac­cords an­nu­lés, des agents « dé­mis­sion­nés », des comptes de mes­sa­ge­rie élec­tro­nique fer­més. Une car­rière fi­nie, ce n’est pas rien : à notre époque, c’est tout perdre. Quand The New York Times a dres­sé la liste de 24 per­son­na­li­tés mas­cu­lines ac­cu­sées de har­cè­le­ment sexuel, ce­la fai­sait son­ger au spec­tacle de têtes cou­pées fi­chées sur des piques sur la place pu­blique. Le grand ab­sent de la liste était hé­las notre tri­po­teur en chef Do­nald Trump, qui est par­ve­nu jus­qu’ici à es­qui­ver les di­verses plaintes pour agression sexuelle dé­po­sées contre lui.

À pro­pos de ces po­ten­tats et sei­gneurs taillés en pièces : beau­coup d’entre eux, ne peut-on s’em­pê­cher d’ob­ser­ver, n’étaient pas les spé­ci­mens les plus at­trayants : des hommes ven­trus, aux joues flasques ; des gros qui en­joi­gnaient aux femmes de mai­grir ; des hommes laids at­ti­rés par des sec­teurs d’ac­ti­vi­té or­ga­ni­sés au­tour du phy­sique fé­mi­nin. Ai-je tort de par­ler du phy­sique de ces hommes ? Je me de­mande ce que ce­la fait d’ex­tor­quer du sexe à des su­bal­ternes quand on est l’un de ces types, un type qui est par­ve­nu à ac­cu­mu­ler une part consi­dé­rable de pou­voir dans le monde, mais qui reste lui. Quand tu te re­gardes dans la glace, est-ce que tu y vois un grand chas­seur blanc dont les femmes sont le gi­bier de pré­di­lec­tion ? D’ac­cord, tu as ga­gné, tu es ar­ri­vé au sommet, mais cha­cune de tes vic­toires n’est-elle pas une pe­tite pi­qûre de rap­pel de ta mo­che­té ? Si la do­mi­na­tion sexuelle apaise cer­tains hommes, est-ce parce que quelque part à l’in­té­rieur d’eux vit un avor­ton ché­tif et me­na­cé, et qu’ex­tor­quer de la sou­mis­sion sexuelle est une forme de ré­com­pense ? Une femme qui était par­ve­nue à re­pous­ser les avances d’un pro­duc­teur de cinéma nu et im­plo­rant se sou­vient qu’il avait fon­du en larmes en di­sant qu’elle le re­je­tait parce qu’il était gros.

On ré­pète en ce mo­ment comme un man­tra que le har­cè­le­ment sexuel n’est pas une ques­tion de sexe mais de pou­voir. Je me de­mande si ce­la n’est pas un peu court : l’homme qui n’ar­rête pas de par­ler de sexe est-il un homme convain­cu de son pou­voir ou bien un homme qui es­saie déses­pé­ré­ment de vous im­pres­sion­ner par ses prouesses ? Ne pas re­mar­quer la précarité du pou­voir en­cou­rage la sou­mis­sion, sur­tout chez les femmes prises pour cible. Si tant est que les évé­ne­ments ré­cents ré­vèlent quelque chose, c’est que le pou­voir est un pacte so­cial, pas une en­ti­té stable. Les des­potes avaient du pou­voir tant qu’ils ac­com­plis­saient des choses qui pro­fi­taient à la so­cié­té, mais les termes de l’ac­cord peuvent chan­ger brus­que­ment (la force dif­fère du pou­voir, j’y vien­drai).

En quête d’ana­lo­gies po­li­tiques, je me suis re­trou­vée à feuille­ter mon vieil exem­plaire des Ca­hiers de pri­son d'An­to­nio Gram­sci, un ma­nuel utile pour les ap­pren­tis ré­vo­lu­tion­naires. Des bou­le­ver­se­ments sociaux comme ce­lui que nous vi­vons – chao­tiques et im­pro­vi­sés, mais pré­dé­ter­mi­nés – se pro­duisent quand à cer­tains éche­lons on n’ac­cepte plus les condi­tions exis-

tantes et qu’on pose de nou­velles re­ven­di­ca­tions. Gram­sci ap­pelle ce­la la « guerre de po­si­tion ». Dé­bou­lon­ner le pou­voir ne consiste plus de nos jours à prendre la Bas­tille mais à chan­ger la fa­çon dont les gens parlent et pensent. Nos sou­bre­sauts se pré­sentent sous des ha­bits dif­fé­rents, mais créer une crise d’au­to­ri­té chez ceux qui sont au pou­voir reste le moyen de faire ad­ve­nir un nou­veau monde.

Mais, comme le montrent les évé­ne­ments ré­cents, les agents du pro­grès ne sont pas tou­jours ceux qu’on at­tend. De même que l’ar­mée fut un élé­ment es­sen­tiel de la dé­sé­gré­ga­tion des Noirs aux États-Unis, on voit au­jourd’hui des en­tre­prises comme News Corp jouer les pro­gres­sistes sur le har­cè­le­ment sexuel. En ap­pa­rence du moins, car ce qui semble être du pro­grès peut être aus­si un moyen de dis­per­ser les pro­tes­ta­taires, di­rait Gram­sci. Mais, à pro­pos d’agents im­pro­bables, l’une des vic­toires les plus im­por­tantes sur le champ de ba­taille a été le fait d’une an­cienne Miss Ame­ri­ca, Gret­chen Carl­son. Dur, dur pour celles qui pré­fé­re­raient voir les vic­toires fé­mi­nistes ve­nir de femmes do­tées de meilleures ré­fé­rences en ma­tière de fé­mi­nisme.

Ce fut une chance pour Carl­son que son livre Be Fierce pa­raisse deux se­maines après l’an­nonce de la pre­mière vague d’accusations contre Har­vey Wein­stein. Ce­la a rap­pe­lé au monde qu’elle était celle qui avait al­lu­mé la mèche ayant dé­clen­ché la dé­fla­gra­tion. La plainte dé­po­sée en 2016 par Carl­son pour har­cè­le­ment sexuel contre le pa­tron de la chaîne Fox News, Ro­ger Ailes, lui a va­lu d’ob­te­nir un chèque de 20 mil­lions de dol­lars, les ex­cuses de la Fox et la tête d’Ailes sur un pla­teau por­té par Ru­pert Mur­doch fils. (Après quoi Mur­doch père a of­fert à Ailes 40 mil­lions de dol­lars d’in­dem­ni­tés de dé­part ; Ailes est dé­cé­dé l’an­née sui­vante.) Mal­heu­reu­se­ment, rien de ce­la ne fi­gure dans le livre de Carl­son – on ne re­çoit pas 20 mil­lions de dol­lars sans clause de confi­den­tia­li­té.

Pour en sa­voir plus, je vous re­com­mande de lire l’ex­cellent ar­ticle de Ga­briel Sher­man sur Ailes et la culture Fox News pu­blié dans le ma­ga­zine New York 1. C’est par Sher­man que nous ap­pre­nons que Carl­son a en­re­gis­tré se­crè­te­ment ses échanges avec Ailes sur son por­table pen­dant un an et de­mi – dont cette phrase où Ailes dit qu’ils n’au­raient pas au­tant de dif­fé­rends s’ils avaient cou­ché en­semble il y a long­temps – un pro­pos te­nu peu de temps avant qu’elle soit congé­diée (au bout de onze ans comme pré­sen­ta­trice du jour­nal) et peu de temps après qu’elle se fut plainte du cli­mat sexiste qui ré­gnait chez Fox News, rai­son pour la­quelle Ailes l’avait ac­cu­sée de « dé­tes­ter les hommes » et ré­tro­gra­dée.

Quand la plainte dé­po­sée contre Ailes fut ren­due pu­blique, des mil­liers de femmes de toutes les pro­fes­sions – ser­veuses, ban­quières d’af­faires, ex­ploi­tantes de pla­te­formes pé­tro­lières – écri­virent à Carl­son pour lui faire part de ce qu’elles avaient elles-mêmes vé­cu. L’es­sen­tiel de son livre porte sur ces té­moi­gnages. Et ils ne sont pas très ré­jouis­sants. Le har­cè­le­ment sous toutes ses formes est mon­naie cou­rante dans tous les sec­teurs, qu’il s’agisse d’exi­ger des fa­veurs sexuelles en échange d’un avan­tage, de qué­man­der de fa­çon ré­pé­tée un ren­dez-vous ou des re­la­tions in­times ou d’in­fli­ger un bi­zu­tage sexuel aux femmes dans des mé­tiers tra­di­tion­nel­le­ment mas­cu­lins comme la po­lice ou l’ar­mée. Plus on oc­cupe un emploi pré­caire, pire c’est. Les em­ployées de la res­tau­ra­tion ra­pide sont par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables.

Ce qui ar­rive aux femmes qui tentent de ré­sis­ter ou portent plainte pour har­cè­le­ment n’est ja­mais très ré­jouis­sant non plus, constate Carl­son. Les di­rec­tions des res­sources hu­maines ne ré­agissent pas (elles ne sont là que pour pro­té­ger l’en­tre­prise) : les har­ce­leurs qui op­posent une dé­fense du type : « Vous croyez que j’ai en­vie de me ta­per ça ? » (la dé­fense de Trump) sont crus de pré­fé­rence à leurs ac­cu­sa­trices. Les femmes qui se ma­ni­festent doivent s’at­tendre à ne pas ob­te­nir de pro­mo­tion ou de poste in­té­res­sant, voire à ce que leur emploi soit sup­pri­mé. Les rares fois où un chef har­ce­leur se fait vi­rer, la femme qui l’a fait tom­ber est sou­vent trai­tée comme une pes­ti­fé­rée par les an­ciens al­liés de ce der­nier. La ma­jo­ri­té de celles qui portent plainte pour har­cè­le­ment fi­nissent par quit­ter l’en­tre­prise, ce qui contri­bue à ex­pli­quer que, aux États-Unis, 70 % des femmes har­ce­lées n’en fassent pas état, se­lon la Com­mis­sion pour l’éga­li­té des chances au tra­vail. Le ser­vice sta­tis­tique du mi­nis­tère amé­ri­cain de la Jus­tice classe dans une ca­té­go­rie à part les viols et agres­sions sexuelles sur le lieu de tra­vail – il en re­cense plus de 43 000 par an – mais, comme le sou­ligne Carl­son, « les dé­fen­seurs des droits des femmes jugent ce chiffre très sou­sé­va­lué ». Et puis il y a les ef­fets psy­cho­lo­giques, qu’elle énu­mère : dé­pres­sion, troubles du som­meil, perte d’es­time de soi, voire ten­ta­tives de sui­cide.

Be Fierce est très utile sur le plan pra­tique, d’au­tant que Carl­son ren­voie ma­ni­fes­te­ment à sa propre ex­pé­rience. Éla­bo­rez une stra­té­gie avant d’al­ler voir la DRH, sans quoi vous ris­quez de de­voir vous plier aux choix qu’on vous in­di­que­ra ; votre contrat contient peut-être une clause com­pro­mis­soire que vous igno­rez (Carl­son et ses avo­cats l’ont contour­née en at­ta­quant Ailes et pas l’en­tre­prise Fox News) ; quant à en­re­gis­trer quel­qu’un à son in­su, vé­ri­fiez ce qu’en dit la loi lo­cale 2.

Le livre est moins convain­cant lorsque Carl­son s’ef­force de conci­lier ses pen­chants fé­mi­nistes et les contours de sa car­rière, lan­cée par son titre de Miss Ame­ri­ca ob­te­nu en 1989. Être ex­po­sée aux re­gards de tous l’a mise mal à l’aise, dit-elle, et elle a été sur­prise de n’être éva­luée « que sur son phy­sique ». Elle n’a pas ap­pré­cié qu’on lui dise qu’en par­ti­ci­pant au concours de beau­té elle avait « ac­cep­té d’être trans­for­mée en ob­jet ».

Certes, les par­ti­ci­pantes au concours de Miss Ame­ri­ca n’ont pas à se faire dra­guer par des gros dé­gueu­lasses d’at­ta-

chés de presse, mais il n’en de­meure pas moins qu’elles servent à en­tre­te­nir un cer­tain nombre de fan­tasmes sur la fé­mi­ni­té. Carl­son le dit elle-même et ra­conte qu’après avoir cé­dé son trône elle a sui­vi un cur­sus d’études fé­mi­nistes et ré­di­gé dans ce cadre un es­sai dans le­quel elle no­tait que, si les femmes ont pour rôle de « faire le tra­vail émo­tion­nel et de ser­vir les hommes », les Miss Ame­ri­ca l’ont en­core da­van­tage. Carl­son n’en parle pas, mais un homme bien connu qui at­ten­dait ce type de ser­vice était, bien sûr, le fu­tur pré­sident, qui est ac­cu­sé d’avoir pe­lo­té et em­bras­sé sans leur consen­te­ment deux can­di­dates au titre de Miss USA. Trump lui-même se vante d’avoir fait ir­rup­tion dans les loges des can­di­dates au concours de Miss Teen USA pour re­lu­quer des ado­les­centes dé­vê­tues. Après avoir ache­té la fran­chise de Miss USA, il dit avoir « aug­men­té la hau­teur des ta­lons et ré­duit la taille des maillots de bain ».

Le « pié­des­tal idéa­li­sé » sur le­quel on place une Miss Ame­ri­ca est une fa­çon de lui ôter tout pou­voir, comme Carl­son s’en est ren­du compte. C’est vrai, et, si vous re­gar­dez une chaîne du ré­seau Fox News, vous ver­rez le même type de fé­mi­ni­té sou­mise, dis­til­lée sous sa forme la plus pure. Comme les can­di­dates aux concours de beau­té, les femmes de Fox News sont re­cru­tées sur leur phy­sique, puis plas­ti­fiées jus­qu’à avoir l’air de man­ne­quins de vi­trine. Les exi­gences es­thé­tiques sont moindres sur les autres chaînes d’in­for­ma­tion, mais l’op­tique de Fox News montre très clai­re­ment ce que l’on at­tend des femmes : avant tout, ne pas être des hommes.

La bi­na­ri­té ri­gide des rôles as­si­gnés aux deux sexes est mise à mal dans cer­tains mi­lieux, mais ici elle se ma­ni­feste dans toute sa splen­deur. Même quand la per­sonne a du tem­pé­ra­ment, le code ves­ti­men­taire ex­prime la sou­mis­sion fé­mi­nine : robes gar­rots (sou­te­nues par de la lin­ge­rie sculp­tante de la marque bien nom­mée Spanx 3), dé­col­le­tés plon­geants, ta­lons ai­guilles de 10 cen­ti­mètres qui rendent la fuite impossible. La robe est si courte que re­croi­ser ses jambes donne lieu à d’em­bar­ras­santes pho­tos d’en­tre­jambe dif­fu­sées sur In­ter­net 4. Sur l’une d’elles, Carl­son semble être au­di­tion­née pour le rôle de Sha­ron Stone dans Ba­sic Ins­tinct (les pré­sen­ta­teurs hommes sont au­to­ri­sés à ne pas avoir de corps ; les femmes ne sont que corps).

Et puis il y a la bouche Fox ca­rac­té­ris­tique : les lèvres glos­sées per­pé­tuel­le­ment prêtes à la fel­la­tion. Dans un pas­sage très éclai­rant de l’ar­ticle de Sher­man, une an­cienne ma­quilleuse de Fox News ra­conte comment des pré­sen­ta­trices font un saut chez elle pour se faire ma­quiller avant un ren­dez-vous en tête à tête avec Ailes. « Je vais voir Ro­ger, il faut que je sois belle ! », di­saient-elles. L’une d’entre elles au moins en re­vient sans plus de ma­quillage sur le nez et le men­ton.

Je ne suis pas en train de dire que les femmes se font har­ce­ler à cause de la fa­çon dont elles s’ha­billent. Ce que je veux dire, c’est que la fa­çon dont Ailes vou­lait que « ses » femmes s’ha­billent dé­note le rôle qu’il vou­lait qu’elles jouent : ce­lui de ré­cep­tacle. Que ce­la si­gni­fie tailler une pipe au pa­tron ou ava­ler les fan­tasmes mas­cu­lins en gé­né­ral, c’est l’image. Si celles qui ont ac­cep­té ont eu du mal à dé­non­cer le har­cè­le­ment au tra­vail parce qu’elles avaient honte des com­pro­mis qu’elles avaient faits – ce que beau­coup d’entre elles ont dit –, c’est que la honte est ce que les femmes sont cen­sées éprou­ver dans cette équa­tion. La honte est pré­ci­sé­ment ce qu’elles doivent ava­ler. Les femmes sont là pour ser­vir de dé­charge à toutes les formes de fai­blesse et de haine de soi mas­cu­lines qui peuvent être dé­ver­sées sur elles. La mi­so­gy­nie a ce­ci de pra­tique qu’elle évite aux hommes de se haïr eux-mêmes puis­qu’ils peuvent haïr les femmes à la place.

Les femmes de Fox News ont, par­mi leurs nom­breuses mis­sions, celle de van­ter ce mo­dus vi­ven­di. Le pa­triar­cat n’a pas d’ar­mée ré­gu­lière (en­core que cer­taines fé­mi­nistes aient théo­ri­sé le viol comme son organe ré­pres­sif ) mais il pos­sède des ins­ti­tu­tions cultu­relles, comme Fox News, qui dif­fusent ses va­leurs et ses normes. L’in­tel­lec­tuel de gauche plein de bons sen­ti­ments qui de­mande à ses su­bor­don­nées de por­ter des robes plus mou­lantes, le très in­tel­lo di­rec­teur de ra­dio qui fourre sa langue dans la bouche de femmes non consen­tantes, l’ex­pert gras­souillet qui fait su­bir ses érec­tions 5, peu im­porte qu’ils re­gardent Fox News ; le tra­vail cultu­rel de Fox est de rendre ex­pli­cite un en­semble de pré­sup­po­sés im­pli­cites sur la ré­cep­ti­vi­té fé­mi­nine aux­quels ces hommes adhèrent aus­si.

« Le har­cè­le­ment sexuel pros­père dans un en­vi­ron­ne­ment où l’on n’at­tache au­cune va­leur aux droits des femmes », écrit Carl­son. Certes. Mais être maî­tresse de son corps ce n’est pas seule­ment ne pas se faire pe­lo­ter, c’est aus­si avoir ac­cès à la contra­cep­tion et avoir le droit d’avor­ter, et là les femmes de Fox News, même quand elles ont du tem­pé­ra­ment, sont de très mau­vaises al­liées. La pré­sen­ta­trice Me­gyn Kel­ly dit un jour à une in­vi­tée fé­mi­niste que les fé­mi­nistes avaient tort de dé­fendre le droit à l’avor­te­ment parce qu’elles se met­taient à dos la moi­tié des femmes amé­ri­caines. C’était tel­le­ment à cô­té de la plaque qu’on se de­mande si sa gaine amin­cis­sante n’em­pê­chait pas l’oxy­gène d’af­fluer au cerveau.

La re­ven­di­ca­tion po­li­tique du mo­ment est que les hommes soient de meilleurs hommes : nous vou­lons qu’ils aban­donnent la mas­cu­li­ni­té toxique et les com­por­te­ments hé­ri­tés du pas­sé qui font obs­tacle à l’éga­li­té. Mais n’y a-til pas éga­le­ment des com­por­te­ments fé­mi­nins hé­ri­tés du pas­sé qui sont tout aus­si in­adap­tés au monde du tra­vail ac­tuel ? La ques­tion m’est ve­nue en li­sant le ré­cit que fait Carl­son d’un épi­sode qu’elle a vé­cu dans un de ses pre­miers em­plois. Elle est en voi­ture avec un ca­me­ra­man dans la cam­pagne de Vir­gi­nie. Ce­lui-ci se met sou­dain à lui par­ler du plai­sir qu’il a pris à lui tou­cher les seins en pla­çant le mi­cro sous son che­mi­sier et pour­suit ce mo­no­logue obs­cène pen­dant tout le reste du tra­jet de re­tour au bu­reau. Carl­son fut prise d’une « peur pa­nique », écrit-elle. Le corps se­coué de trem­ble­ments, elle se col­lait contre la por­tière pas­sa­ger, priant pour ne pas avoir à sau­ter de la voi­ture en marche. De re­tour au bu­reau, elle trem­blait si fort que son su­pé­rieur le re­mar­qua et lui de­man­da ce qui s’était pas­sé ; elle lui ra­con­ta qu’elle avait été prise de maux d’es­to­mac (le ca­me­ra­man

fut par la suite li­cen­cié pour un autre mo­tif ).

Je ne vais sans doute pas me faire des amis en po­sant cette ques­tion, mais qu’est-ce qui em­pê­chait Carl­son de dire au ca­me­ra­man de la fer­mer ? D’ac­cord, c’était une jeune femme d’une ving­taine d’an­nées qui ve­nait d’être em­bau­chée. Et il avait dé­pas­sé les bornes. Mais il n’était pas son su­pé­rieur hié­rar­chique. Il ne l’avait pas me­na­cée, sauf à consi­dé­rer que ses pro­pos gros­siers sur son corps étaient en soi une me­nace. Il ne l’avait pas pe­lo­tée ni ca­res­sée ni em­bras­sée contre son gré (tous actes dont je pense fer­me­ment qu’ils jus­ti­fient un li­cen­cie­ment).

Une ré­ponse à la ques­tion peut être que Carl­son était condi­tion­née pour se com­por­ter en femme et qu’une cer­taine dé­li­ca­tesse sur les ques­tions de sexe est un vieil at­tri­but de la fé­mi­ni­té tra­di­tion­nelle. (C’est ce qui fait qu’une blague sa­lace est plus drôle quand elle vient d’une hu­mo­riste que de son équi­valent mas­cu­lin, car ce­la fait plus de ta­bous sociaux à bri­ser). Mais si nous exi­geons des hommes qu’ils viennent à bout de leur condi­tion­ne­ment so­cial, n’y a-t-il pas des as­pects de la fé­mi­ni­té que nous pour­rions aus­si avoir en­vie de ba­zar­der ? Se re­cro­que­viller quand un homme parle de sexe en fait l’équi­valent du bâ­ton du maître : il lui suf­fit de le le­ver pour vous faire obéir. C’est la sou­mis­sion in­té­rio­ri­sée du co­lo­ni­sé, et, de fait, les fé­mi­nistes de gauche, es­pèce en voie de dis­pa­ri­tion en ces temps d’ap­pel au lea­der­ship fé­mi­nin 6, sug­gé­raient naguère de consi­dé­rer les femmes comme « la der­nière co­lo­nie » – y com­pris celles d’entre nous qui ha­bitent dans des mé­tro­poles mo­dernes.

Les choses iraient peut-être mieux si les femmes désap­pre­naient ce type de ré­ac­tion – au cas où les hommes ne ces­se­raient pas im­mé­dia­te­ment de bran­dir leurs bâ­tons. Pire, ne contri­buons-nous à sou­te­nir le pou­voir mas­cu­lin – ou l’aura de pou­voir que ses dé­ten­teurs cherchent à créer – en trem­blant sur com­mande ? Carl­son évoque des théo­ries se­lon les­quelles des in­ci­dents ver­baux comme ce­lui du ca­me­ra­man mènent di­rec­te­ment à l’agression sexuelle, mais si nous ré­agis­sons au har­cè­le­ment ver­bal comme s’il s’agis­sait d’une pente glis­sante vers le viol, nous au­rons beau­coup plus de mal à nous y op­po­ser, du moins dans les cas où c’est pos­sible.

Mettre dans le même sac toutes les formes de mal­fai­sance sexuelle, quelle que soit leur gra­vi­té – comme dans le cadre de la cam­pagne vi­rale #MeToo, à la­quelle un de­mi-mil­lion de femmes ont adhé­ré à la suite de l’af­faire Har­vey Wein­stein – a pu avoir son uti­li­té du point de vue du mi­li­tan­tisme. Mais, dans la vie réelle, les dis­tinc­tions ont leur im­por­tance. Il faut sa­voir quand dire à quel­qu’un de la fer­mer et quand sau­ter d’une voi­ture en marche.

Ce­la sup­pose aus­si de sa­voir dis­tin­guer la force du pou­voir. L’une des nom­breuses choses dont il faut rendre res­pon­sable le mons­trueux Wein­stein c’est qu’il rend dif­fi­cile de nour­rir cette dis­cus­sion. Les ré­cits de ses ac­cu­sa­trices – plus d’une cen­taine à ce jour – montrent qu’il lui est ar­ri­vé d’uti­li­ser la force phy­sique pour sou­mettre les femmes. Mais le plus sou­vent sa tac­tique était l’in­ti­mi­da­tion ; il sur­fait

sur l’aura du pou­voir. C’était aus­si un ma­ni­pu­la­teur ac­com­pli, et les ma­ni­pu­la­teurs connaissent leur pu­blic : il jouait sur la peur qu’ont les femmes de faire une scène ou de s’op­po­ser fron­ta­le­ment à un homme. Celles qui ne se sont pas lais­sé in­ti­mi­der semblent s’en être mieux sor­ties. L’ac­trice Lu­pi­ta Nyong’o a ra­con­té plu­sieurs de ses ren­contres dans un ar­ticle du New York Times. Quand il sor­tait son jeu ha­bi­tuel, elle re­fu­sait de jouer le rôle qu’il at­ten­dait d’elle. Par exemple, s’il lui pro­po­sait de la mas­ser, elle in­ver­sait les rôles et lui fai­sait elle-même un mas­sage, gar­dant ain­si le contrôle de la si­tua­tion. Quand il ten­tait d’en­le­ver son pan­ta­lon, elle mar­chait vers la porte, sans lui don­ner la sa­tis­fac­tion de pa­raître in­ti­mi­dée. Et il fai­sait ma­chine ar­rière. Elle semble avoir com­pris que Wein­stein avait peut-être un pou­voir sur sa car­rière, mais pas sur elle-même : faire cette dis­tinc­tion lui a don­né une plus grande marge de ma­noeuvre pour se sor­tir d’un mau­vais pas.

Nous n’avons pas en­core fi­ni d’as­si­mi­ler les mil­liers d’his­toires qui cir­culent. Le plus ter­ri­fiant est le ca­rac­tère sé­riel de l’en­tre­prise de har­cè­le­ment, le nombre co­los­sal de vic­times que tant d’ex­ploi­teurs sexuels ont ac­cu­mu­lées. C’est comme s’ils s’étaient mis en pi­lo­tage au­to­ma­tique, qu’ils étaient pro­gram­més pour sou­ti­rer des re­la­tions sexuelles – ou une ré­com­pense, une hu­mi­la­tion, ou autre chose – à des femmes non consen­tantes. Quoi qu’ils re­cherchent, il leur en faut tou­jours plus. On a du mal à conce­voir que des hu­mains se com­portent à ce point comme des ro­bots. Nous ai­mons mettre l’ac­cent sur le libre ar­bitre des pré­da­teurs, leurs gains sup­po­sés – le plai­sir sa­dique, la joie de s’en ti­rer en toute im­pu­ni­té – qui les rend en­core plus mons­trueux et les dif­fé­ren­cie du reste d’entre nous. Mais qui « choi­si­rait » d’être un ro­bot ?

J’ai pris une fois un ca­fé avec un homme at­teint du syn­drome de La Tou­rette, dont l’un des tics consis­tait à tou­cher. Il se pen­chait sur la pe­tite table pour me tou­cher l’épaule, et sa main fi­nit par mi­grer vers mes seins. Ce­la me mit très mal à l’aise, mais je ne vou­lais rien dire car je ne sa­vais pas s’il était en me­sure de contrô­ler ses gestes. Était-ce de la lu­bri­ci­té ou un han­di­cap ?

La ques­tion me tur­lu­pine aus­si à pro­pos de cer­tains des mal­fai­teurs sexuels dont on parle dans les mé­dias. Ain­si, l’an­cien dé­pu­té dé­mo­crate An­tho­ny Wei­ner est de­puis des an­nées l’in­car­na­tion du tic sexuel : cet homme d’une in­tel­li­gence avé­rée est sous l’em­prise d’une com­pul­sion si han­di­ca­pante in­tel­lec­tuel­le­ment que, après une sé­rie de ré­vé­la­tions propres à bri­ser une vie, il s’est fait pié­ger une fois de plus, cette fois par une ado­les­cente de 15 ans. Tout le monde au­rait pu voir à 1 ki­lo­mètre que c’était un coup mon­té – tout le monde, sauf Wei­ner (la fille a dit par la suite qu’elle cher­chait à in­fluer sur le cours de l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2016 – ce qu’elle est sans doute par­ve­nue à faire : le FBI a rou­vert l’en­quête sur les cour­riels de Hilla­ry Clin­ton après avoir sai­si l’or­di­na­teur de Wei­ner à la suite de la dé­non­cia­tion de sa nou­velle amie).

Les com­men­ta­teurs ont été prompts à dé­cré­ter que des hommes comme Wei­ner n’ont pas d’ad­dic­tion au sexe ; que c’est leur choix. Au­cune de ces deux ana­lyses ne me semble vrai­ment exacte. La ques­tion que j’ai en­vie de po­ser est celle-ci : qu’est-il ar­ri­vé à ces hommes ? Quand on en­tend par­ler d’un homme qui s’est mas­tur­bé dans un pot de fleurs, ou der­rière son bu­reau, ou, pire, qui a coin­cé une femme et a éja­cu­lé sur ses vê­te­ments, alors oui, clai­re­ment, ceux­là dé­testent les femmes et y sont ac­cros. Hu­mi­lier une femme est à l’évi­dence un moyen de sou­la­ger quelque chose (si les ex­hi­bi­tion­nistes éprouvent le be­soin de sor­tir leur pé­nis et de le mon­trer, nous disent les psy­cha­na­lystes, c’est pour se ras­su­rer qu’il est tou­jours là). Ce­la dit, si la haine des femmes est au­to­ma­ti­que­ment trans­mise aux hommes par une culture mi­so­gyne – ce qui est l’ana­lyse fé­mi­niste ha­bi­tuelle –, pour­quoi cer­tains hommes sont-ils tel­le­ment plus mons­trueux que d’autres ?

Une ré­ponse dont on peut être sûr qu’elle ne plai­ra pas à celles et ceux qui sont prompts à condam­ner a été sug­gé­rée par la fé­mi­niste Do­ro­thy Din­ner­stein dans The Mer­maid and The Mi­no­taur (1976) : le pro­blème des hommes est qu’ils ont eu une mère. Ayant été des en­fants, pé­riode du­rant la­quelle des femmes ont con­trô­lé leur corps de fa­çon hu­mi­liante en les pri­vant de tout pou­voir, les hommes cherchent à in­ver­ser la si­tua­tion quand ils par­viennent à l’âge adulte. L’édu­ca­tion do­mi­née par la mère, pen­sait Din­ner­stein, est la rai­son pour la­quelle les hommes dé­testent les femmes et tout ce qui est ins­crit comme fé­mi­nin dans la culture. Ré­sul­tat, tant les hommes que les femmes res­tent des se­mi-hu­mains, des monstres, et telle est à la fois notre condi­tion so­ciale et notre tra­gé­die per­son­nelle : les hommes ne pour­ront ces­ser de ré­gner sur le monde tant que les femmes ré­gne­ront en maîtres sur l’en­fance. Et, pour pous­ser les hy­po­thèses de Din­ner­stein dans un sens en­core moins ré­jouis­sant : les mères ne re­portent-elles pas sur leurs fils les mau­vais trai­te­ments que les hommes leur ont fait su­bir ?

Les hommes consi­dé­re­ront-ils un jour les femmes comme des êtres hu­mains à part en­tière et non comme des brosses à re­luire et des ré­cep­tacles ? D’ici là, les accusations et les ré­vé­la­tions vont conti­nuer : les vannes sont ou­vertes et ne sont pas près de se re­fer­mer. C’est exal­tant. Nul doute que des in­no­cents se­ront pris entre deux feux puisque les dis­tinc­tions conti­nuent de s’es­tom­per et que la mé­fiance mu­tuelle s’ac­croît, puis­qu’un com­pli­ment au bu­reau de­vient une of­fense et une tape dans le dos, pas­sible de pour­suites.

En même temps, on sait bien que la sexua­li­té n’aide pas à être co­hé­rent avec soi-même. Les usages sociaux et la crainte de la sanc­tion ne suf­fisent pas à as­su­rer cette co­hé­sion, ce qui ex­plique que nous soyons de­ve­nus ex­perts dans l’art de com­par­ti­men­ter. Il faut man­quer d’ima­gi­na­tion ou n’avoir ja­mais fait son exa­men de conscience pour se de­man­der comment Har­vey Wein­stein a pu fi­nan­cer une chaire d’études fé­mi­nistes à l’uni­ver­si­té Rut­gers alors qu’il agres­sait en sé­rie des jeunes ac­trices et as­sis­tantes.

Il faut sa­voir quand dire à quel­qu’un de la fer­mer et quand sau­ter d’une voi­ture en marche.

LE LIVRE

Be Fierce: Stop Ha­rass­ment and Take Your Po­wer Back (« Soyez fé­roces: met­tez fin au har­cè­le­ment et re­pre­nez le pou­voir »), Cen­ter Street, 2017, 244 p.

L’AU­TEURE

Gret­chen Carl­son est une cé­lèbre jour­na­liste et pré­sen­ta­trice de té­lé­vi­sion amé­ri­caine. En juillet 2016, elle quitte Fox News, la chaîne d’in­for­ma­tion en conti­nu où elle of­fi­ciait de­puis 2005, et porte plainte pour har­cè­le­ment sexuel contre le pa­tron de la chaîne, Ro­ger Ailes. Ce­lui-ci se­ra pous­sé à la dé­mis­sion quelques jours plus tard.

Sur la chaîne Fox News, le code ves­ti­men­taire ex­prime la sou­mis­sion fé­mi­nine. Ici, Gret­chen Carl­son re­çoit dans son émis­sion Te­re­sa Scan­lan, Miss Ame­ri­ca 2011.

De­vant le Trump In­ter­na­tio­nal Ho­tel, à New York, en dé­cembre 2017. De­puis que l'af­faire Wein­stein a écla­té en oc­tobre, les vannes se sont ou­vertes et ne sont pas près de se re­fer­mer.

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