À LA POUR­SUITE DU BRILLANT MAUDIT

La « mon­tagne de lu­mière » n’a pas fait le bon­heur de ses pro­prié­taires suc­ces­sifs.

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE -

Le Koh-i-Noor, de William Dal­rymple et Ani­ta Anand

Au­jourd’hui en­core, le fa­meux dia­mant Ko­hi-Noor (« mon­tagne de lu­mière », en per­san) « sus­cite les pas­sions », constate le quo­ti­dien in­dien The Hin­du. S’il fait dé­sor­mais par­tie des joyaux de la cou­ronne bri­tan­nique que l’on peut ad­mi­rer en vi­si­tant la Tour de Londres, le pré­cieux caillou est re­ven­di­qué par l’Inde, le Pakistan, l’Iran, l’Af­gha­nis­tan et même les ta­li­bans. Pour « sé­pa­rer l’his­toire du mythe », William Dal­rymple, his­to­rien bri­tan­nique éta­bli à New Del­hi, et Ani­ta Anand, jour­na­liste bri­tan­nique d’ori­gine in­dienne, ont sui­vi la trace du dia­mant « le plus convoi­té et le plus maudit » de­puis sa pre­mière ap­pa­ri­tion vé­ri­fiable sur le trône des em­pe­reurs mo­ghols à Del­hi au dé­but du xviiie siècle. Maudit ? « Les pro­prié­taires du joyau n’ont pas eu de chance », ré­sume Dal­rymple : leur sort se­ra la torture, la ruine ou l’as­sas­si­nat. Bu­tin de guerre, la pierre, qui pèse ini­tia­le­ment 793 ca­rats, passe dans la vio­lence d’un conqué­rant à l’autre. En 1739, le Perse Na­der Chah l’ar­rache aux em­pe­reurs mo­ghols en dé­clin ; elle tombe en­suite aux mains d’une dy­nas­tie af­ghane jus­qu’à ce que le ma­ha­rad­jah pend­ja­bi Ran­jît Singh l’em­porte à La­hore en 1813. Tout en rap­pe­lant que le Koh-i-Noor n’est « que le 90e dia­mant au monde par sa taille », The Guar­dian évoque l’ul­time pillage par la Com­pa­gnie des Indes orien­tales. En 1849, les forces bri­tan­niques du gou­ver­neur gé­né­ral Dal­hou­sie prennent le contrôle du Pend­jab « par un acte de per­fi­die fa­mi­lier à qui­conque connaît notre his­toire im­pé­riale », lit-on dans le quo­ti­dien bri­tan­nique : le jeune ma­ha­rad­jah Dhu­lîp Singh, l’hé­ri­tier du trône âgé de 10 ans, est en ef­fet contraint de « re­non­cer à toute sou­ve­rai­ne­té » et d’« aban­don­ner » le Koh-iNoor à la reine Vic­to­ria… alors que les Bri­tan­niques lui avaient d’abord of­fert leur pro­tec­tion. Deux ans plus tard, en 1851, 3 mil­lions de vi­si­teurs se pressent à l’Ex­po­si­tion uni­ver­selle de Londres pour ad­mi­rer l’« at­trac­tion ve­dette » dans son écrin de verre.

« Par l’im­por­tance que lui ont ac­cor­dée Vic­to­ria et ses suc­ces­seurs, le Koh-i-Noor est de­ve­nu un sym­bole de ce que les Bri­tan­niques ont vo­lé aux In­diens, ana­lyse l’es­sayiste et di­plo­mate Sha­shi Tha­roor dans le quo­ti­dien The In­dian Ex­press. Ce­la amène beau­coup de gens, dont moi-même, à exi­ger sa res­ti­tu­tion. » Et de dé­plo­rer « l’ab­surde sou­mis­sion du gou­ver­ne­ment ac­tuel » à la Cour su­prême in­dienne, qui, de­puis un ar­rêt de 2016, consi­dère que le dia­mant a été « of­fert » aux Bri­tan­niques.

Le Koh-i-Noor. L’his­toire fu­neste du dia­mant le plus cé­lèbre du monde, de William Dal­rymple et Ani­ta Anand, tra­duit de l’an­glais par Ma­rie-Odile Probst, Noir sur Blanc, 256 p., 24 €.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.