BOOKS EN A PAR­LÉ

PLAI­DOYER PRO-VAC­CINS

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Les pre­miers ob­jec­teurs de conscience ne re­fu­saient pas la guerre. Ils re­fu­saient que leurs en­fants soient vac­ci­nés. C’est l’une des choses que l’on ap­prend en li­sant Im­mu­ni­té, d'Eu­la Biss. « L’ex­pres­sion est ap­pa­rue pour qua­li­fier des actes de ré­sis­tance à une loi bri­tan­nique adop­tée en 1853, qui exi­geait la vac­ci­na­tion de tous les en­fants », rap­porte Je­rome Groop­man dans The New York Re­view of Books. Dès ses dé­buts, au xviiie siècle, la vac­ci­na­tion a sus­ci­té in­com­pré­hen­sion et hos­ti­li­té. Les plus grands es­prits des Lu­mières – Vol­taire le pre­mier – eurent beau en faire l’apo­lo­gie, la mé­fiance per­sis­ta. La par­ti­cu­la­ri­té de la si­tua­tion ac­tuelle, c’est que cette mé­fiance est sou­vent le fait des classes su­pé­rieures culti­vées qui, de­puis quelques an­nées, se sont mises, no­tam­ment aux États-Unis (mais aus­si en France et ailleurs en Eu­rope), à ne plus faire vac­ci­ner leurs en­fants. Eu­la Biss « cor­res­pond par­fai­te­ment au pro­fil de ces femmes en­clines à se mon­trer sus­pi­cieuses en­vers les vac­cins – elle est blanche, ins­truite, d’un mi­lieu plu­tôt ai­sé », note Pa­rul Seh­gal dans The New York Times. De fait, quand, en 2009, son fils est né, elle s’est de­man­dé ce qu’elle al­lait faire. Elle était ob­sé­dée par les dan­gers qui le me­na­çaient, et ce qu’elle li­sait sur In­ter­net ou ap­pre­nait par d’autres ma­mans de son en­tou­rage ne la ras­su­rait guère : les vac­cins étaient-ils vrai­ment sus­cep­tibles de pro­vo­quer l’autisme, la sclé­rose en plaques voire la mort su­bite du nour­ris­son ? Elle a dé­ci­dé de me­ner l’en­quête elle-même. Di­sons-le tout de suite : sa conclu­sion est que la peur ac­tuelle des vac­cins n’a au­cun fon­de­ment scien­ti­fique. En 1998, le gas­tro-en­té­ro­logue bri­tan­nique An­drew Wa­ke­field a pu­blié dans la re­vue The Lan­cet une étude por­tant sur 12 en­fants qui évo­quait une pos­sible res­pon­sa­bi­li­té du vac­cin rou­geo­le­ru­béole-oreillons dans l’ap­pa­ri­tion de l’autisme. Cette étude a été com­plè­te­ment dis­cré­di­tée par la suite, mais elle est par­ve­nue à ins­til­ler un doute qui ne s’est ja­mais vrai­ment dis­si­pé.

« Biss éprouve de la sym­pa­thie pour les pa­rents qui re­doutent les vac­cins, et elle com­prend les ra­cines cultu­relles de leurs hé­si­ta­tions, l’im­por­tance à leurs yeux du droit de dis­po­ser de son corps, leur ob­ses­sion de la pu­re­té phy­sique, pré­ser­vée de tout pro­duit chi­mique, leur nos­tal­gie d’une ère pré­in­dus­trielle my­thi­fiée qui leur fait consi­dé­rer les vac­cins comme quelque chose de non na­tu­rel », écrit Aman­da Schaf­fer dans The New Yor­ker. Mais Bliss montre aus­si l’égoïsme de ces pa­rents qui mettent en dan­ger non seule­ment leurs en­fants, mais aus­si ceux des autres. Elle évoque en par­ti­cu­lier l’« im­mu­ni­té gré­gaire » (une ex­pres­sion mal­heu­reuse : on de­vrait par­ler d’« im­mu­ni­té so­li­daire ») qui fait que, lorsque suf­fi­sam­ment d’in­di­vi­dus sont vac­ci­nés, le vi­rus cesse de cir­cu­ler. Cette im­mu­ni­té gré­gaire vole en éclats si cer­tains ne jouent plus le jeu. On l’a un peu ou­blié, mais le prin­cipe des vac­cins est qu’une ma­jo­ri­té pro­tège une mi­no­ri­té.

— Books no 68, sep­tembre 2015.

Dès ses dé­buts, au xviiie siècle, la vac­ci­na­tion a sus­ci­té in­com­pré­hen­sion et hos­ti­li­té. Ici en 1957, aux États-Unis.

Im­mu­ni­té, d’Eu­la Biss, tra­duit de l’an­glais par Sophie Lan­glais, Les Arènes, 269 p., 20,90 €.

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