Ex­trait

Books - - JADIS & NAGUÈRE -

« Tout le monde s’as­sit et com­men­ça à man­ger le riz à la va­len­cienne et le reste, du moins ils com­men­cèrent aus­si­tôt que Guillaume Apol­li­naire et Rous­seau eurent fait leur en­trée, ce qu’ils firent au bout de peu d’ins­tants, et au mi­lieu d’ap­plau­dis­se­ments fré­né­tiques. Comme je me rap­pelle bien leur en­trée ! Rous­seau, un Fran­çais pe­tit et pâle, avec une pe­tite barbe, comme tous ces Fran­çais qu’on voit n’im­porte où, Guillaume Apol­li­naire avec ses traits fins et exo­tiques, ses che­veux noirs et son beau teint […]. Quel­qu’un d’autre, peut-être Ray­nal, je ne me rap­pelle plus, se le­va et l’on por­ta des toasts, puis tout à coup, André Sal­mon, qui était as­sis à cô­té de mon amie et dis­cou­rait so­len­nel­le­ment de lit­té­ra­ture et de voyage, sau­ta sur la table, qui n’était point trop so­lide, et dé­bi­ta un éloge et des poèmes im­pro­vi­sés. À la fin de son dis­cours il sai­sit un grand verre et ava­la tout ce qu’il conte­nait, puis, aus­si­tôt, il se mit à di­va­guer, car il était com­plè­te­ment ivre, et il com­men­ça à cher­cher que­relle aux gens. Les hommes le maî­tri­sèrent, tan­dis que les sta­tues va­cillaient sur leurs socles. Braque, qui était un grand fort diable, sai­sit une sta­tue dans chaque bras, et les pro­té­gea ain­si, tan­dis que le frère de Ger­trude Stein, un autre grand fort diable, pro­té­geait le pe­tit Rous­seau et son vio­lon. Les autres, avec Pi­cas­so en tête, parce que Pi­cas­so, tout pe­tit qu’il soit, est très fort, pous­sèrent Sal­mon dans l’ate­lier de de­vant et l’y en­fer­mèrent à double tour. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.