La guerre de Trente Ans a coû­té la vie à plus d’Al­le­mands en termes re­la­tifs que les deux guerres mon­diales réunies.

De 1618 à 1648, l’Eu­rope s’est en­fon­cée dans une guerre dé­vas­ta­trice qui a tou­ché, à des de­grés di­vers, tous les pays du conti­nent. Les si­mi­li­tudes avec le conflit sy­rien – et ses consé­quences sur toute la ré­gion – sont frap­pantes.

Books - - 15 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO - — Pro­pos re­cueillis par Bap­tiste Tou­ve­rey.

On com­mé­more cette an­née les 400 ans du dé­but de la guerre de Trente Ans. En Al­le­magne, plu­sieurs livres sont pa­rus, dont le vôtre, qui est un suc­cès de li­brai­rie. En France, en re­vanche, cet an­ni­ver­saire n’a trou­vé au­cun écho. Com­ment l’ex­pli­quez­vous ?

Cette guerre s’est dé­rou­lée en grande par­tie sur le ter­ri­toire qui cor­res­pond à l’Al­le­magne ac­tuelle, et elle y a lais­sé un sou­ve­nir trau­ma­ti­sant. Il faut bien com­prendre qu’elle a en­traî­né la dis­pa­ri­tion d’un tiers de la po­pu­la­tion du Saint Em­pire ro­main ger­ma­nique. En termes re­la­tifs, ce­la si­gni­fie qu’elle a coû­té la vie à plus d’Al­le­mands que les Pre­mière et Se­conde Guerres mon­diales réunies. Pour vous don­ner une idée de l’am­pleur de l’hé­ca­tombe, lors du sac de la ville de Mag­de­bourg, le 20 mai 1631, 20000 per­sonnes ont trou­vé la mort en moins de dix heures. Des ré­gions en­tières ont été dé­peu­plées – un dé­clin dé­mo­gra­phique qui s’est dou­blé d’un dé­clin éco­no­mique et cultu­rel.

La France a elle aus­si pris part à cette guerre – de fa­çon in­di­recte au dé­part, puis plus di­rec­te­ment –, mais son ter­ri­toire a été re­la­ti­ve­ment épar­gné. Par ailleurs, sa mé­moire col­lec­tive s’est da­van­tage fo­ca­li­sée sur son face-à-face avec l’Es­pagne, qui consti­tue, certes, un as­pect de la guerre de Trente Ans mais s’est pro­lon­gé au-de­là (jus­qu’en 1659 avec le trai­té des Py­ré­nées). Ce dés­in­té­rêt est re­gret­table, puisque l’une des thèses que je dé­fends dans mon livre est que la guerre de Trente Ans nous aide à com­prendre les conflits ac­tuels.

En quoi une guerre du xviie siècle peut­elle éclai­rer les conflits du xxie siècle ?

La rai­son prin­ci­pale, c’est la fin du sys­tème west­pha­lien, au­tre­ment dit du sys­tème hé­ri­té des trai­tés de West­pha­lie, qui, en 1648, ont mis un terme à la guerre de Trente Ans et ten­té de ré­gu­ler l’usage de la force ar­mée. Dans ce sys­tème n’existent que deux si­tua­tions pos­sibles : la guerre ou la paix, et pas de troi­sième terme, d’entre-deux – comme le ter­ro­risme. La guerre est né­ces­sai­re­ment dé­cla­rée et sy­mé­trique, entre deux États sou­ve­rains. Or ce sys­tème s’est dés­in­té­gré au cours du xxe siècle, lais­sant place à des conflits qui ne sont pas sans rap­pe­ler la guerre de Trente Ans. On as­siste no­tam­ment au re­tour de la « pe­tite guerre », qui ne connaît pas de dis­tinc­tion stricte entre com­bat­tants et non-com­bat­tants, troupes ré­gu­lières et ma­rau­deurs, et qui, en consé­quence, touche beau­coup plus la po­pu­la­tion ci­vile. Après les at­ten­tats du 13 no­vembre 2015, votre pré­sident Fran­çois Hol­lande n’a-t-il pas dé­cla­ré: «Nous sommes en guerre » ? C’est un re­tour à l’ordre an­té­west­pha­lien! L’ad­ver­saire n’est pas un autre État, la guerre reste in­for­melle, et la di­men­sion re­li­gieuse que le sys­tème west­pha­lien avait cher­ché à neu­tra­li­ser joue à nou­veau un rôle cen­tral.

Pre­nons la guerre en Sy­rie. Pour vous, elle est com­pa­rable à la guerre de Trente Ans ?

Les ana­lo­gies struc­tu­relles sont frap­pantes. La guerre de Trente Ans naît d’un conflit consti­tu­tion­nel: il s’agit de sa­voir qui com­mande à l’in­té­rieur d’un ter­ri­toire don­né, la Bo­hème en l’oc­cur­rence, dont la no­blesse se sou­lève contre l’ab­so­lu­tisme de la mai­son des Habs­bourg. En Sy­rie, la guerre est née exac­te­ment de la même ques­tion : à qui, de la fa­mille As­sad, de l’ar­mée,

du par­ti Baas ou de la po­pu­la­tion ci­vile, le pou­voir ap­par­tient-il ? La guerre de Trente Ans dé­gé­nère en un conflit confes­sion­nel entre pro­tes­tants et ca­tho­liques. Or c’est ce qui s’est pas­sé en Sy­rie, entre chiites et sun­nites. Mieux : dans les deux cas, les puis­sances voi­sines s’im­miscent dans le conflit, qui de­vient une guerre pour l’hé­gé­mo­nie dans la ré­gion. Lors de la guerre de Trente Ans, c’étaient l’Es­pagne, la Suède, la France. En Sy­rie, au­jourd’hui, ce sont l’Iran, la Tur­quie, l’Ara­bie saou­dite. Dans les deux cas, il de­vient dif­fi­cile de faire la dis­tinc­tion entre guerre ex­té­rieure et guerre ci­vile.

Quelles ont été les prin­ci­pales étapes de la guerre de Trente Ans ?

La plu­part des his­to­riens dis­tinguent une suc­ces­sion de quatre guerres: celle de Bo­hème et du Pa­la­ti­nat, de 1618 à 1623, celle dans la­quelle in­ter­viennent Da­nois et Hol­lan­dais, de 1624 à 1629, la guerre sué­doise, de 1630 à 1634, et en­fin la guerre dont les ac­teurs les plus mar­quants sont les Sué­dois et les Fran­çais, de 1634 à 1648. Mais on pour­rait pré­sen­ter les choses au­tre­ment : on note d’abord, pen­dant plus d’une dé­cen­nie, une pre­mière phase en fa­veur du camp ca­tho­lique des Habs­bourg et de leurs al­liés, qui sont mieux or­ga­ni­sés et dis­posent de meilleures troupes et de meilleurs chefs. Face à eux, les pro­tes­tants ne font pas le poids : ils sont di­vi­sés, les cal­vi­nistes se mé­fient des lu­thé­riens et ré­ci­pro­que­ment. Ce­la change avec le dé­bar­que­ment du roi de Suède Gus­tave II Adolphe sur l’île d’Use­dom, au nord de l’Al­le­magne.

S’ouvre alors la phase des grandes ba­tailles, qui dure trois ans. Elle com­mence avec Brei­ten­feld en 1631 – l’af­fron­te­ment le plus san­glant de la guerre, qui met fin à la longue sé­rie des suc­cès ca­tho­liques – et s’achève en 1634 à Nörd­lin­gen, où c’est au tour des Sué­dois de perdre leur ré­pu­ta­tion d’in­vin­ci­bi­li­té. Pen­dant cette deuxième phase, on pense en­core que la guerre peut être ré­so­lue sur le champ de ba­taille. Ce n’est plus le cas par la suite, lors de la troi­sième et der­nière phase, la plus longue car elle s’étale pen­dant toute la se­conde moi­tié de la guerre. Les lignes se brouillent, la dis­ci­pline des ar­mées se re­lâche, la guerre de­vient un mas­sacre per­ma­nent qui touche avant tout la po­pu­la­tion ci­vile. C’est cette ul­time pé­riode qui a mar­qué les mé­moires par ses atro­ci­tés.

Pour­quoi la guerre de Trente Ans a­t­elle du­ré aus­si long­temps ?

À cause de l’in­tri­ca­tion des trois ni­veaux dont j’ai par­lé: ins­ti­tu­tion­nel, confes­sion­nel, hé­gé­mo­nique. Si le conflit n’avait été que d’ordre ins­ti­tu­tion­nel, il au­rait pu être ré­glé as­sez vite après les pre­mières vic­toires des Habs­bourg, mais sa di­men­sion re­li­gieuse l’a em­pê­ché de s’éteindre. L’in­tran­si­geance de l’em­pe­reur Fer­di­nand II vis-à-vis des pro­tes­tants a ren­du les condi­tions de paix qu’il pro­po­sait in­ac­cep­tables pour eux, ce qui a per­mis à la Suède puis à la France de s’im­mis­cer dans le conflit et de le ra­ni­mer, d’en faire pro­gres­si­ve­ment une guerre pour l’hé­gé­mo­nie en Eu­rope. Les évé­ne­ments au­raient pu prendre une tout autre tour­nure si tous ces as­pects n’avaient pas conver­gé. On ne peut pas dire: «La cause unique de la guerre, ce sont les ten­sions re­li­gieuses, ce n’est qu’un conflit confes­sion­nel.» Car com­ment ex­pli­quer alors le sou­tien du car­di­nal de Ri­che­lieu aux princes

pro­tes­tants et à la Suède ? Ce qui est fon­da­men­tal pour com­prendre la na­ture de la guerre de Trente Ans et sa du­rée, c’est la cris­tal­li­sa­tion de plu­sieurs ni­veaux de conflit.

Votre livre sug­gère que la guerre a fi­ni par ali­men­ter la guerre. Que vou­lez­vous dire ?

S’est mise en place toute une éco­no­mie de la guerre. Nous n’avons pas af­faire à deux ad­ver­saires dis­po­sant de res­sources li­mi­tées et qui, quand ces res­sources sont épui­sées, doivent mettre fin au conflit. Ar­gent et sol­dats ont sans cesse conti­nué à af­fluer des pays li­mi­trophes: les Hol­lan­dais en­voient de l’ar­gent, les An­glais des hommes; les Sué­dois in­ter­viennent avec leur ar­mée, comme les Da­nois avant eux ; Ve­nise et les ci­tés lom­bardes agissent en tant que puis­sances fi­nan­cières; la Pologne et la Hon­grie jouent éga­le­ment un rôle ; la France verse des sub­sides as­sez tôt et fi­ni­ra par en­trer en guerre avec des troupes à elle; l’Es­pagne est par­tie pre­nante pen­dant toute la du­rée du conflit. Au bout du compte, il n’y a au­cune puis­sance eu­ro­péenne qui n’ait été im­pli­quée à un mo­ment ou un autre, à l’ex­cep­tion de l’Em­pire ot­to­man et de la Rus­sie. Cette der­nière n’a en­core qu’une in­fluence mar­gi­nale en Eu­rope à l’époque. Pour ce qui est des Ot­to­mans, c’est un peu plus com­pli­qué : on peut consi­dé­rer que leur non-in­ter­ven­tion a pa­ra­doxa­le­ment contri­bué à faire du­rer la guerre et même à la dé­clen­cher. Pen­dant des dé­cen­nies, le « pé­ril turc » avait obli­gé ca­tho­liques et pro­tes­tants du Saint Em­pire à faire cause com­mune contre l’en­ne­mi ex­té­rieur. Or, du­rant la pre­mière moi­tié du xviie siècle, la Su­blime Porte a les yeux tour­nés non plus vers Vienne, mais vers la Perse. Ce ré­pit laisse le champ libre à l’em­pe­reur pour ten­ter d’im­po­ser son au­to­ri­té au sein de l’em­pire et de ré­gler en­fin leur compte aux pro­tes­tants. Si les Ot­to­mans avaient en­core re­pré­sen­té une me­nace, il y a fort à pa­rier que la «dé­fe­nes­tra­tion de Prague » du 23 mai 1618 n’au­rait pas dé­bou­ché sur une guerre de trente ans.

Se­lon vous, cet épi­sode, au cours du­quel des membres de la no­blesse pro­tes­tante de Bo­hème dé­fe­nestrent des re­pré­sen­tants de l’em­pe­reur, n’a donc été que le pré­texte et non la cause de la guerre ?

Oui. La guerre au­rait pu com­men­cer ailleurs ou plus tôt. Dès 1610 ou 1611, par exemple, si Hen­ri IV n’avait pas été as­sas­si­né par Ra­vaillac… Le roi de France pro­je­tait un grand conflit contre les Habs­bourg pour bri­ser leur do­mi­na­tion en Eu­rope. Après sa mort, le pro­jet est aban­don­né par la ré­gente Ma­rie de Mé­di­cis et ne se­ra re­pris que plus tard par Ri­che­lieu. Une telle guerre au­rait sans doute d’ailleurs du­ré bien moins long­temps. Elle au­rait d’em­blée été clai­re­ment une lutte pour l’hé­gé­mo­nie en Eu­rope et au­rait pris une forme plus ex­plo­sive. Cha­cun au­rait cher­ché à l’em­por­ter lors d’une ba­taille dé­ci­sive.

D’in­nom­brables rois, princes, gé­né­raux s’af­frontent tout au long de la guerre de Trente Ans. Il semble ce­pen­dant que trois per­son­na­li­tés sortent du lot, les trois grands hommes de la guerre, pour ain­si dire : le roi de Suède Gus­tave II Adolphe, le gé­né­ra­lis­sime des ar­mées ca­tho­liques Wal­len­stein et le Pre­mier mi­nistre du roi de France Ri­che­lieu. Êtes­vous de cet avis ?

Oui. Ce sont, dans les trois cas, des per­son­na­li­tés qui ont une clair­voyance po­li­tique, qui voient plus loin que les autres. Avec Gus­tave II Adolphe, la Suède, qui est un pe­tit pays, peu peu­plé et sans beau­coup de res­sources, fait sou­dain fi­gure de grande puis­sance. Certes, c’est une puis­sance mi­li­ta­riste, au sens où le sec­teur mi­li­taire y est hy­per­tro­phié – un mo­dèle qui se­ra re­pris plus tard par la Prusse. Mais Gus­tave II Adolphe n’est pas seule­ment un grand stra­tège et tac­ti­cien. Il tient compte des ques­tions éco­no­miques et po­li­tiques. Il s’ar­range, par exemple, pour prendre le contrôle de toutes les em­bou­chures de fleuve en mer Bal­tique, de la Ne­va à l’Oder et, avec elles, des taxes qu’on y per­çoit. Ce­la lui per­met de payer la moi­tié de son ar­mée, l’autre moi­tié étant fi­nan­cée par la guerre elle-même.

Wal­len­stein est un per­son­nage fas­ci­nant, plus contes­té, moins sym­pa­thique que Gus­tave II Adolphe. Ses mo­ti­va­tions sont plus troubles. Il est né pro­tes­tant et s’est conver­ti au ca­tho­li­cisme par pur op­por­tu­nisme. Son gé­nie est avant tout or­ga­ni­sa­tion­nel et lo­gis­tique. Il par­vient à le­ver des ar­mées d’une taille qu’on au­rait crue im­pos­sible à l’époque en Eu­rope. Et il met en place un sys­tème qui leur per­met de se main­te­nir dans la du­rée. Il ne pille pas les ter­ri­toires qu’il oc­cupe, il se contente de pré­le­ver dans les sur­plus de quoi sub­ve­nir aux be­soins de son ar­mée. C’est un vi­sion­naire qui ébauche en fait le prin­cipe d’une ar­mée per­ma­nente. Quant à Ri­che­lieu, il est le seul des trois à ne pas être chef mi­li­taire, même s’il lui est ar­ri­vé d’ac­com­pa­gner les troupes en cam­pagne. Il s’illustre sur­tout par ses brillantes ma­noeuvres di­plo­ma­tiques.

Ri­che­lieu n’est­il pas le vrai vain­queur de la guerre ?

Un vain­queur post­hume puis­qu’il meurt en 1643, avant la fin de la guerre donc (tout comme Gus­tave II Adolphe, tué lors de la ba­taille de Lüt­zen, en 1632, et Wal­len­stein, as­sas­si­né en 1634). Mais Ma­za­rin, son suc­ces­seur, pour­suit sa po­li­tique, et les trai­tés de West­pha­lie sont, il est vrai, un triomphe di­plo­ma­tique pour la France – qui re­trouve la pré­émi­nence qu’elle avait at­teinte au dé­but du xvie siècle et pro­vi­soi­re­ment per­due à la suite des guerres de Re­li­gion. Elle ob­tient l’Al­sace, brise l’al­liance des Habs­bourg d’Es­pagne avec ceux d’Au­triche, im­pose sa vi­sion d’un équi­libre des grandes puis­sances en Eu­rope sans do­mi­na­tion im­pé­riale et fait en sorte qu’au coeur du conti­nent on trouve non pas un État puis­sant et struc­tu­ré mais un centre mou, une Al­le­magne di­vi­sée et sou­mise à l’in­fluence de ses voi­sins.

Vous di­siez que la guerre de Trente Ans avait lais­sé un sou­ve­nir trau­ma­ti­sant aux Al­le­mands. Ce trau­ma­tisme a­t­il eu des consé­quences sur leur his­toire ul­té­rieure ?

Outre les consé­quences im­mé­diates dont j’ai dé­jà par­lé (le re­pli dé­mo­gra­phique, éco­no­mique et cultu­rel), on a as­sis­té, à par­tir de la fin du xviiie siècle et des écrits de Schil­ler, à une se­conde dra­ma­ti­sa­tion du trau­ma­tisme. Et, à la fin du xixe siècle, un cer­tain nombre de per­sonnes en sont ar­ri­vées à la conclu­sion que, si une telle guerre de­vait se re­pro­duire en Eu­rope, elle ne de­vait à au­cun prix se dé­rou­ler sur le sol al­le­mand. L’état-ma­jor prus­sien puis al­le­mand a donc pri­vi­lé­gié des guerres of­fen­sives, comme on a pu le voir en 1870, 1914 et 1940 contre la France. De ma­nière plus per­ni­cieuse, à cause des dé­vas­ta­tions de la guerre de Trente Ans, les Al­le­mands ont eu ten­dance à se consi­dé­rer comme des vic­times. Or, quand on se per­çoit ain­si, on n’a en gé­né­ral pas de scru­pules à trans­for­mer les autres en vic­times.

Herfried Münkler : « On as­siste au re­tour de la “pe­tite guerre”, qui ne connaît pas de dis­tinc­tion stricte entre com­bat­tants et non-com­bat­tants et qui touche beau­coup plus la po­pu­la­tion ci­vile. »

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