En Chine, les en­quêtes d’opi­nion dé­notent une confiance ex­cep­tion­nelle des ci­toyens en­vers la fonc­tion pu­blique.

La corruption a long­temps été consi­dé­rée comme un mal né­ces­saire ou, du moins, in­évi­table. Jus­qu’à la fin des an­nées 1990, à la Banque mon­diale, le mot lui-même était ta­bou. Les choses ont chan­gé avec les en­quêtes des jour­na­listes et l’ac­tion des ONG. Mai

Books - - 15 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO - PAUL COL­LIER. Times Li­te­ra­ry Sup­ple­ment.

Il y a en­core une gé­né­ra­tion, la corruption n’in­té­res­sait pas grand­monde. Dans les pays riches, elle était consi­dé­rée comme un phé­no­mène du pas­sé ; dans les pays pauvres, on fai­sait comme si elle n’exis­tait pas. Les temps ont chan­gé. Dé­sor­mais, elle se dis­pute la une des jour­naux avec le ter­ro­risme. Est-ce parce qu’elle a aug­men­té ? Parce que nous sommes de­ve­nus plus pu­ri­tains? Parce que nous sommes mieux in­for­més ?

Les scan­dales de corruption sont de­ve­nus des ques­tions po­li­tiques ma­jeures. L’af­faire bré­si­lienne – qui a abou­ti à la des­ti­tu­tion de la pré­si­dente Dil­ma Rous­seff et pour­rait abou­tir à celle de son suc­ces­seur, Mi­chel Te­mer – a fait le tour du monde. La Co­rée du Sud a connu le même pro­ces­sus. L’Afrique du Sud éga­le­ment, avec la dé­mis­sion du pré­sident Ja­cob Zu­ma. En Chine, la corruption gé­né­ra­li­sée de l’élite di­ri­geante met en pé­ril la lé­gi­ti­mi­té de l’État; en ré­ponse, le pré­sident Xi Jin­ping a en­tre­pris la plus grande purge de­puis la fo­lie de l’ère Mao. Le Pre­mier mi­nistre in­dien Na­ren­dra Mo­di a pris des me­sures pour lut­ter contre le phé­no­mène. Même en Eu­rope, la corruption est de­ve­nue un su­jet cen­tral dans les pays du sud du conti­nent. En France, Em­ma­nuel Ma­cron doit son élec­tion au scan­dale de corruption dans le­quel était im­pli­qué le fa­vo­ri, Fran­çois Fillon. La mon­tée du Mou­ve­ment 5étoiles en Ita­lie est le signe d’une ré­volte contre la corruption des par­tis tra­di­tion­nels.

Cet in­té­rêt de l’opi­nion pu­blique a été fa­vo­ri­sé par le pro­grès des connais­sances et le tra­vail de jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion et d’ONG spé­cia­li­sées. Fillon a été cou­lé par Le Ca­nard en­chaî­né, mais le tro­phée doit à coup sûr re­ve­nir à Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal, qui, en me­su­rant et en mé­dia­ti­sant la corruption, a eu un im­pact as­sez stu­pé­fiant au re­gard de son mo­deste bud­get [lire aus­si « Les li­mites d’unin­dice»,p.24]. Ce­la a eu pour ef­fet ma­jeur de bri­ser le ta­bou concer­nant la corruption dans les pays pauvres, que l’on ju­geait jusque-là em­bar­ras­sante mais trop ré­pan­due pour qu’on y prête at­ten­tion. En­har­di, James Wol­fen­sohn, le pré­sident de la Banque mon­diale, dé­clare of­fi­ciel­le­ment la guerre au « mot en C » 1. Mais la corruption n’est pas l’apa­nage des pays pauvres. Dans leur livre «Dé­mas­qués », Lau­rence Co­ck­croft, l’un des fon­da­teurs de Trans­pa­ren­cy in­ter­na­tio­nal, et Anne-Ch­ris­tine We­ge­ner, an­cienne di­rec­trice ad­jointe de l’or­ga­ni­sa­tion, font une des­crip­tion cap­ti­vante de la corruption en Oc­ci­dent 2. Aux États-Unis, le ta­lon d’Achille est le fi­nan­ce­ment des cam­pagnes élec­to­rales. Les règles ayant été ren­dues moins strictes et les en­jeux fi­nan­ciers étant plus im­por­tants, l’ar­gent s’est mis à cou­ler à flots. Pour se faire une idée de la corruption en Eu­rope du Nord, on peut lire le pas­sage qu’ils consacrent au Die­sel­gate et à la ré­ac­tion très peu au­dible des au­to­ri­tés.

Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal a don­né l’im­pul­sion, les po­li­tiques pu­bliques ont sui­vi. La Banque mon­diale a consa­cré d’im­menses ef­forts à ju­gu­ler la corruption. Ré­sul­tat, de nom­breux pays se sont do­tés d’of­fices an­ti­cor­rup­tion et de nou­velles lé­gis­la­tions. Dans les

LE LIVREThe Corruption Cure(« Le re­mède contre la corruption »), Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty Press, 2017, 400 p.L’AU­TEURRo­bert Rot­berg, né en 1935, est un spé­cia­liste de la gou­ver­nance et de la corruption dans les pays du Sud. Il a di­ri­gé pen­dant dix ans un cur­sus sur la ré­so­lu­tion des conflits à l’uni­ver­si­té Har­vard et a contri­bué à mettre au point un in­dice de la gou­ver­nance en Afrique.Il a pu­blié plu­sieurs ou­vrages, no­tam­ment sur l’Afrique, dont au­cun n’a été tra­duit en fran­çais.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.