Pour 48 abla­tions de la pros­tate, une seule vie est pro­lon­gée.

De 1939 à 1945, la sec­tion D bri­tan­nique a me­né une lutte de gué­rilla ul­tra-ef­fi­cace dans l’Eu­rope oc­cu­pée. Les per­son­na­li­tés hautes en cou­leur qui la com­po­saient ne s’em­bar­ras­saient d’au­cun scru­pule.

Books - - 15 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO - — JLM

Même chez les An­glais, la guerre n’est pas tou­jours une af­faire de gent­le­men. La preuve par l’uni­té de «lutte de gué­rilla», la sec­tion D, consti­tuée dé­but 1939. Drôle d’uni­té : des têtes brû­lées, des aris­to­crates, des aven­tu­riers-es­pions, des in­ven­teurs ex­cen­triques. Confiée à Co­lin Gub­bins (fu­tur chef du Spe­cial Ope­ra­tions Exe­cu­tive, ou SOE) et lo­gée Cax­ton Street dans une clan­des­ti­ni­té com­plète – y com­pris vis-à-vis des au­to­ri­tés mi­li­taires bri­tan­niques –, l’uni­té com­mence par concep­tua­li­ser la théo­rie et la pra­tique de l’ac­tion clan­des­tine dans des ma­nuels de gué­rilla im­pri­més sur du pa­pier co­mes­tible – au cas où. Puis, afin de contrer la do­mi­na­tion al­le­mande sur les mers, Ce­cil Clarke, un fa­bri­cant de ca­ra­vanes de luxe, met au point une mine ai­man­tée, la lim­pet mine. Fa­bri­quée à par­tir de mar­mites, de dé­to­na­teurs ac­ti­vés par la fonte de bon­bons à l’anis, d’ai­mants ache­tés dans le com­merce et d’ex­plo­sifs pla­cés dans des pré­ser­va­tifs, la lim­pet contri­bue à des­ser­rer le blo­cus ma­ri­time.

Alors que les of­fi­ciers bri­tan­niques se pincent le nez et mul­ti­plient les en­traves, les agents de Cax­ton Street dé­ve­loppent leurs ac­ti­vi­tés et in­ventent d’autres armes ex­plo­sives, comme la bombe cas­tra­trice, pla­cée sous la lu­nette des W-C (« une au­then­tique gou­ja­te­rie » se­lon La­wrence James, du Times), et la bombe col­lante (une pâte à la ni­tro­gly­cé­rine ap­pli­quée di­rec­te­ment sur les chars en­ne­mis). Wins­ton Chur­chill, lui-même gent­le­man à géo­mé­trie va­riable, s’en­thou­siasme. Il mul­ti­plie les réunions noc­turnes ul­tra­se­crètes, les mid­night fol­lies, pour dé­battre de ces pro­jets sul­fu­reux. Il cha­peaute et ap­puie de toute son au­to­ri­té les ini­tia­tives de Gub­bins et as­so­ciés, re­grou­pées dans une uni­té in­dé­pen­dante, « le mi­nis­tère de la Guerre non gent­le­man», dé­sor­mais ba­sée à Ba­ker Street. Ses ins­truc­tions sont suc­cinctes : « Et main­te­nant, al­lez-y, foutez le feu à l’Eu­rope ! » À cet ef­fet, des ci­vils, des étran­gers, des femmes même sont re­cru­tés pour créer des ré­seaux en Eu­rope oc­cu­pée, de­puis la Nor­vège jus­qu’à la Grèce. William Fair­bairn, l’an­cien chef de la po­lice de Shan­ghai, spé­cia­liste de l’éli­mi­na­tion ex­tra­ju­di­ciaire de gang­sters, met en place une « école du meurtre » d’où « toute idée de fair-play doit être ab­so­lu­ment ban­nie». Les élèves s’en­traînent au com­bat à l’arme blanche dans les abat­toirs, où ils s’exercent à ré­cu­pé­rer leur arme « mal­gré les contrac­tions des muscles qui bloquent le re­trait de la lame ». « De la bou­che­rie », confirme George Pe­tras dans USA To­day.

Les clan­des­tins de la guerre sale re­tardent la pro­gres­sion al­le­mande et gênent l’ache­mi­ne­ment de l’acier sué­dois. Ils font sau­ter le poste élec­trique de Pes­sac, qui ali­mente la base de sous-ma­rins de Bor­deaux, ain­si que la cale sèche de Saint-Na­zaire, in­dis­pen­sable au fonc­tion­ne­ment du mons­trueux cui­ras­sé Tir­pitz qui, du coup, ne pour­ra ja­mais s’aven­tu­rer dans l’At­lan­tique. Ils as­sas­sinent Rein­hard Hey­drich à Prague, font chu­ter le gou­ver­ne­ment du pro­na­zi Cvet­ko­vić à Bel­grade. Ils sub­ti­lisent trois ba­teaux es­pions ita­liens dans un port neutre, ce­lui de l’île es­pa­gnole de Fer­nan­do Poo. Ils en­travent l’ap­pro­vi­sion­ne­ment de Rom­mel en Afrique du Nord en sa­bo­tant le via­duc fer­ro­viaire grec de Gor­go­po­ta­mos. En­fin, suc­cès peut-être le plus cru­cial de toute la guerre, après le Dé­bar­que­ment, les 300 hommes de Gub­bins in­fil­trés en France re­tardent de trois se­maines la re­mon­tée vers le nord de l’im­pi­toyable di­vi­sion Das Reich (entre autres, en blo­quant les roues des wa­gons porte-chars avec une graisse à l’acide).

La dé­faite na­zie sonne la fin de toutes ces pra­tiques. Le mi­nis­tère de la Guerre s’em­presse de dé­man­te­ler les uni­tés clan­des­tines et tente d’ef­fa­cer jus­qu’au sou­ve­nir de Ba­ker Street. Les idées et les tech­niques de Co­lin Gub­bins et de Ce­cil Clarke (ren­du à ses ca­ra­vanes après une di­ver­si­fi­ca­tion in­fruc­tueuse dans les ar­ticles mé­na­gers, avec un au­to­cui­seur fâ­cheu­se­ment ex­plo­sif)sur­vi­vront­ce­pen­dant.Mais de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, où l’on n’a pas tant de scru­pules.

Wins­ton Chur­chill (ici en 1940) mul­ti­plie les réunions noc­turnes ul­tra­se­crètes pour dé­battre de ces pro­jets sul­fu­reux.

Les Sa­bo­teurs de l’ombre. La guerre se­crète de Chur­chill contre Hit­ler, de Giles Mil­ton, tra­duit de l’an­glais par Flo­rence Hertz, Noir sur Blanc, 408 p., 24 €.

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