NOU­VEAUX MÉ­DIAS ET VIEILLES HANTISES

Friands d’au­teurs ve­nus de la té­lé­vi­sion et d’In­ter­net, les Es­pa­gnols se pas­sionnent aus­si pour le ter­ro­risme.

Books - - BESTSELLERS - — Maia­len Be­ra­sa­te­gui, his­to­rienne et jour­na­liste, tient une chro­nique dans l’émis­sion « La com­pa­gnie des au­teurs », sur France Cul­ture.

En ma­tière de lec­ture, les Es­pa­gnols se tournent vers des noms ren­dus cé­lèbres par les mé­dias, comme le montre le clas­se­ment de la pla­te­forme de li­brai­ries To­dos­tus­li­bros. L'Équa­to­gui­néen Cé­sar Bran­don Nd­jo­cu, que l’on peut com­pa­rer à l'au­teur-com­po­si­teur-in­ter­prète fran­çais Grand Corps ma­lade, a ain­si rem­por­té la der­nière édi­tion de l’émis­sion de té­lé­cro­chet « Got Ta­lent Es­paña ». Et, avant de de­ve­nir l’un des grands noms de la chick lit es­pa­gnole, Elí­sa­bet Be­navent a pu­blié son pre­mier ro­man sur Ama­zon. En­fin, le ro­man jeu­nesse le plus ven­du du mo­ment, «The Cra­zy Haack et la ca­mé­ra im­pos­sible», est un pro­duit dé­ri­vé de la chaîne YouTube The Cra­zy Haacks, ani­mée par une fra­trie de­ve­nue ex­perte en vi­déo live et en pla­ce­ment de pro­duits. Coa­chés par leur mère, qui les avait d’abord mis en scène sur son propre blog, ils sont même de­ve­nus les am­bas­sa­deurs d’une ONG mi­li­tant pour l’édu­ca­tion dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment. Voi­là qui com­mence à dé­ran­ger dans une Es­pagne plus sou­cieuse de suc­cess sto­ries que de dé­bats sur le tra­vail des mi­neurs.

Ce goût pour les in­con­nus sou­dain de­ve­nus des stars ne doit pas faire ou­blier la fas­ci­na­tion pour un pas­sé qui ne passe pas : deux des livres les plus ven­dus parlent en ef­fet de ter­ro­risme. Dans « L’âge de la pé­nombre », la jour­na­liste bri­tan­nique Ca­the­rine Nixey com­pare l’essor du chris­tia­nisme et les trans­for­ma­tions par­fois vio­lentes qu’il im­pli­qua pour les so­cié­tés an­tiques au ter­ro­risme is­la­miste. Et dans Pa­tria, qui fi­gure tou­jours dans les meilleures ventes de­puis sa pa­ru­tion en 2016, cinq ans après le ces­sezle-feu de l’ETA, Fer­nan­do Aram­bu­ru ra­conte l’his­toire de deux fa­milles basques dé­chi­rées par l’as­sas­si­nat d’un père et l’en­trée d’un fils dans la lutte ar­mée (voir Books no 81, jan­vier-fé­vrier 2017). Cette fresque qui re­vient sur près d’un de­mi-siècle d’his­toire a re­çu des éloges qua­si una­nimes et mé­ri­tés. Son au­teur sou­haite par­ti­ci­per à ce qu’il nomme la « dé­faite cultu­relle de l’ETA ». Aram­bu­ru par­vient à sus­ci­ter la com­pas­sion pour des vic­times in­no­centes, aborde de front la ques­tion des tor­tures po­li­cières et montre tout ce que la paix doit à la so­cié­té ci­vile. Mais il botte en touche lors­qu’il s’agit de re­ve­nir sur la nais­sance de l’or­ga­ni­sa­tion in­dé­pen­dan­tiste basque : la pé­riode fran­quiste – abor­dée il est vrai dans de pré­cé­dents ro­mans – est la grande ab­sente de Pa­tria. L’Es­pagne ac­tuelle n’a certes plus grand-chose à voir mais peine à li­qui­der cet hé­ri­tage. Les ac­cu­sa­tions de fas­cisme ou de sou­tien à l’ETA agitent en­core ré­gu­liè­re­ment dé­bats po­li­tiques et ré­seaux so­ciaux, et les condam­na­tions pour apo­lo­gie du ter­ro­risme ne sont pas près de s’ar­rê­ter.

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