LES LI­MITES D’UN IN­DICE

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Le clas­se­ment an­nuel de l’ONG Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal fait l’ob­jet de nom­breuses cri­tiques. Sans re­mettre en cause l’in­té­rêt et l’ef­fi­ca­ci­té de l’ini­tia­tive, elles mé­ritent d’être rap­pe­lées. L’une des meilleures syn­thèses reste celle du cri­mi­no­logue qué­bé­cois Guillaume Louis*. Pu­bliée en 2007, elle n’a rien per­du de sa per­ti­nence. Le pro­blème de base est que l’in­dice est construit à par­tir d’en­quêtes réa­li­sées par des ins­ti­tuts pri­vés et d’autres ONG au­près d’hommes d’af­faires, d’uni­ver­si­taires et d’ana­lystes des risques. Or ces en­quêtes pré­sentent sou­vent un in­té­rêt li­mi­té et sont moins nom­breuses pour les pays les plus cor­rom­pus. Elles ne re­posent pas sur une dé­fi­ni­tion stricte ni ho­mo­gène de la corruption. Il s’agit en fait de re­cueillir les per­cep­tions de pro­fes­sion­nels qui, tout en étant en contact étroit avec le pays, ne sont pas pour au­tant des spé­cia­listes de la corruption. Ils sont sen­sibles à ses as­pects les plus vi­sibles et n’en voient pas for­cé­ment les réa­li­tés mieux dis­si­mu­lées. Les dif­fé­rents actes de corruption sont mis dans le même pa­nier, sans dis­tinc­tion: celle des hauts fonc­tion­naires comme celle de la classe po­li­tique au mo­ment d’élec­tions, par exemple. «Toutes les en­quêtes ont le même poids, mais toutes ne visent pas les mêmes com­por­te­ments », écrit Guillaume Louis. Comme les en­quêtes sont peu nom­breuses, ce­la en­traîne des va­ria­tions im­por­tantes d’une an­née à l’autre, qui sou­vent n’ont guère de si­gni­fi­ca­tion. La note de l’Afghanistan, c’est-à-dire le de­gré de corruption per­çu dans la fonc­tion pu­blique sur une échelle de 0 (haut ni­veau de corruption) à 100 (faible ni­veau), est ain­si pas­sée de 8 à 15 de 2013 à 2017, ce qui peut lais­ser per­plexe. In­ver­se­ment, cer­tains pays bé­né­fi­cient d’une sta­bi­li­té éton­nante : la Chine reste à peu près à 40 de­puis 2013, les États-Unis à 75, la France à 70. L’in­dice de Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal est trop sou­vent pré­sen­té et com­pris comme un ins­tru­ment de me­sure, alors que c’est seule­ment un ou­til d’es­ti­ma­tion, un in­di­ca­teur. « Ce n’est pas un oeil, mais une fo­cale », qui offre « une ver­sion dé­for­mée de la réa­li­té », conclut Guillaume Louis. * « De l’opa­ci­té à la trans­pa­rence : les li­mites de l’in­dice de per­cep­tion de la corruption de Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal », Dé­viance et so­cié­té, 2017, vol. 31 (bit.ly/in­di­ce­cor­rup­tion). Lire aus­si p.36.

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