DOR­MIR : L’ÉNIGME DU SOM­MEIL

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Le som­meil n’a pas en­core dé­voi­lé tous ses mys­tères. Mais, plus les cher­cheurs ex­plorent ce qui se passe pen­dant le re­pos noc­turne, plus ils lui trouvent de ver­tus. Et on sait dé­sor­mais que le manque de som­meil ac­croît le risque d’ac­ci­dents et de ma­la­die. Ce qui ouvre une voie royale à l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et aux ven­deurs de gad­gets.

en croire les cher­cheurs d’au­jourd’hui, le som­meil n’in­té­resse la science que de­puis une gé­né­ra­tion. Ce n’est pas tout à fait exact, si l’on en juge par les ex­pé­riences réa­li­sées avant la Pre­mière Guerre mon­diale par le Fran­çais Hen­ri Piéron (p. 27). Il avait été pré­cé­dé à la fin du xixe siècle par Ma­rie de Ma­na­céine, une mé­de­cin russe tom­bée dans l’ou­bli (p. 28).

Quoi qu’il en soit, cette dis­ci­pline, ani­mée dé­sor­mais par toute une com­mu­nau­té, a beau­coup pro­gres­sé. De mul­tiples tra­vaux dé­montrent les ver­tus du som­meil : il contri­bue à ef­fa­cer les sou­ve­nirs in­utiles et à ren­for­cer les autres (p. 18); il pré­serve le sys­tème im­mu­ni­taire (p. 30) ; il fa­vo­rise la pro­duc­tion de cer­taines hor­mones (p. 31) ; il dope nos fa­cul­tés d’ap­pren­tis­sage et nos per­for­mances cog­ni­tives (pp. 32 et 33); il sert à éli­mi­ner des dé­chets du cer­veau (p. 33). Le manque de som­meil est pré­ju­di­ciable à la sé­cu­ri­té et à la san­té, no­tam­ment celle des en­fants (pp. 18, 19, 24, 25, 30 et 31). Ce qui ouvre une voie royale à l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et aux ven­deurs de gad­gets (p. 17).

Jusque-là, tous les cher­cheurs sont d’ac­cord. Les di­ver­gences portent es­sen­tiel­le­ment sur trois ques­tions. Comment ex­pli­quer le som­meil au re­gard de la théo­rie de l’évo­lu­tion (pp. 18, 19, 23, 24, 29 et 32) ? Quel est le rôle res­pec­tif du som­meil pro­fond et du som­meil pa­ra­doxal (pp. 19, 22 et 32) ? La so­cié­té in­dus­trielle puis post­in­dus­trielle exerce-t-elle une pres­sion in­sup­por­table sur le som­meil (pp. 21 et 25) ? Ce qui est sûr, c’est que le mal­dor­mir est de­ve­nu un fait de so­cié­té, une ob­ses­sion col­lec­tive (pp. 20 et 25) contre la­quelle les som­ni­fères ne sont pas for­cé­ment le bon re­mède.

Le Som­meil, de Sal­va­dor Dalí (1937). « J’ai sou­vent re­pré­sen­té le monstre du som­meil comme une lourde tête géante avec un corps fi­li­forme sou­te­nu en équi­libre par les bé­quilles de la réa­li­té. »

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