MÉ­MOIRE DÉFORMÉE

Books - - PÉRISCOPE -

En­core in­con­nu du pu­blic fran­co­phone, Jo­ca Rei­ners Ter­ron, 50 ans, est l’une des fi­gures de la nou­velle lit­té­ra­ture bré­si­lienne, de cette «gé­né­ra­tion 90» qui ré­cuse les formes tra­di­tion­nelles du ro­man réa­liste.

Son sep­tième ro­man, le plus ambitieux à ce jour se­lon le quo­ti­dien O Es­ta­do de São Pau­lo, est « un ré­cit tor­tueux qui prend comme point de dé­part un ac­ci­dent qui lui est réel­le­ment ar­ri­vé dans son en­fance ». Le per­son­nage prin­ci­pal de Noite den­tro da noite a su­bi à l’âge de 11 ans, en 1975, un trau­ma­tisme crâ­nien qui l’a ren­du amné­sique. Le jeune gar­çon ne sait plus qui il est, prend ses pa­rents pour des im­pos­teurs… Des an­nées plus tard, un nar­ra­teur qui s’adresse à lui à la deuxième per­sonne s’at­tache à re­cons­truire son iden­ti­té en lui ra­con­tant, à par­tir de conjec­tures et de ré­cits de se­conde main à la fia­bi­li­té dou­teuse, ces an­nées qui ne sont plus pour lui qu’un « grand blanc ».

Il se trouve que ce trou de onze ans dans la mé­moire du per­son­nage coïn­cide avec les onze pre­mières an­nées de la dic­ta­ture mi­li­taire au Bré­sil (1964­1985), sou­ligne la pro­fes­seure de lit­té­ ra­ture Re­jane Ro­cha dans la re­vue en ligne Voz da li­te­ra­tu­ra. C’est donc au­tant le ca­rac­tère fic­tion­nel de nos sou­ve­nirs per­son­nels que les failles de la mé­moire col­lec­tive qu’in­ter­roge ici Jo­ca Rei­ners Ter­ron.

Noite den­tro da noite (« Nuit dans la nuit »), de Jo­ca Rei­ners Ter­ron, Com­pan­hia das Le­tras, 2017.

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