BOOKS A 10 ANS !

Books - - ÉDITO - — Oli­vier Pos­tel-Vi­nay

Par une in­té­res­sante coïn­ci­dence, j’ai lan­cé Books dans le sillage de la ter­rible crise fi­nan­cière de 2008. Due aux illu­sions et à la sot­tise des ban­quiers, cette crise a eu des ré­per­cus­sions ca­tas­tro­phiques, qui nous frappent en­core de plein fouet et pour­raient en­core s’ag­gra­ver. Elle a mis en cause à juste titre la qua­li­té de la mé­ri­to­cra­tie ha­bi­tuée à gou­ver­ner les démocraties. Il s’est en­sui­vi une flam­bée de mou­ve­ments po­pu­listes d’ins­pi­ra­tion pri­maire, qui mettent en cause les ins­ti­tu­tions li­bé­rales des deux cô­tés de l’At­lan­tique et du nord au sud. Les dic­ta­tures russe et chi­noise s’en sont trou­vées ren­for­cées. Les en­quêtes en té­moignent, un peu par­tout l’idée dé­mo­cra­tique perd du ter­rain, no­tam­ment chez les jeunes. Par ailleurs, mais tout est lié, cette dé­cen­nie a été mar­quée par une vé­ri­table ré­vo­lu­tion dans les modes de com­mu­ni­ca­tion. Créé en 2004, Fa­ce­book pos­sé­dait dé­jà 500 mil­lions de membres en 2010 et compte au­jourd’hui 2,23 mil­liards d’uti­li­sa­teurs ac­tifs. Le WeC­hat chi­nois a dé­pas­sé le mil­liard d’uti­li­sa­teurs. Avec les mo­teurs de re­cherche Google et Bai­du, ces mé­dias sont de­ve­nus le prin­ci­pal vé­hi­cule de l’in­for­ma­tion. Or, con­trai­re­ment aux es­poirs pla­cés à l’ori­gine dans les pers­pec­tives du World Wide Web, ces ou­tils font bon mé­nage avec les ré­gimes au­to­ri­taires, fa­vo­risent la confu­sion des es­prits et contri­buent à ren­for­cer par­ti­cu­la­rismes, com­mu­nau­ta­rismes et pré­ju­gés.

Dans ce nou­veau monde, Books, ce grain de sable, fait fi­gure d’ano­ma­lie. J’en ex­po­sais ain­si le concept dans l’édi­to­rial du pre­mier nu­mé­ro: «Éclai­rer les su­jets du jour et la condi­tion hu­maine en uti­li­sant la lu­mière des livres ». Pour­quoi le livre ? Parce que, « à l’ère d’In­ter­net […], il est ap­pe­lé à res­ter le lieu pri­vi­lé­gié de la ré­flexion ap­pro­fon­die. À l’ère de la vi­tesse, de l’éphé­mère, du re­pli sur soi, mais aus­si de la mon­dia­li­sa­tion, de la pro­pa­ga­tion pla­né­taire des ondes de choc éco­no­miques, po­li­tiques, cultu­relles, le livre ap­porte la len­teur, le re­cul ».

Comme nous l’avons, je crois, mon­tré au fil du temps et comme l’illustre ce nu­mé­ro an­ni­ver­saire consa­cré à l’em­prise des croyances, Books af­fiche des va­leurs dont toutes ne courent pas les rues. At­ta­chés aux prin­cipes fon­da­men­taux de la dé­mo­cra­tie li­bé­rale, nous nous em­ployons à faire connaître les points de vue les plus di­vers. En ou­vrant grand les fe­nêtres sur le large, nous mi­li­tons pour la dif­fu­sion d’une in­for­ma­tion par­fois dé­ran­geante, in­sen­sibles au Clo­che­merle fran­çais et plus en­core aux pos­tures de la pen­sée de droite ou de gauche. Ce n’est pas une so­lu­tion de fa­ci­li­té, car la plu­part des pu­bli­ca­tions d’in­for­ma­tion gé­né­rale qui ont sur­vé­cu au raz de marée d’In­ter­net tentent de main­te­nir leur au­dience en culti­vant leur po­si­tion­ne­ment po­li­tique. Au­jourd’hui, les ma­ga­zines sont comme les feuilles mortes, ils se ra­massent à la pelle. Sans l’éner­gie dé­ployée par son équipe et l’ap­port d’ac­tion­naires de grande qua­li­té, que je tiens à re­mer­cier, Books se­rait dé­jà mort plu­sieurs fois. Il reste pro­fon­dé­ment fra­gile et me­na­cé. Forts de nos dix ans d’ar­chives, nous al­lons dé­ve­lop­per l’abon­ne­ment nu­mé­rique, mais l’ave­nir est in­cer­tain, pour le moins.

Il dé­pend lar­ge­ment de vous, de votre sou­ci de ne pas lais­ser s’éteindre la flamme va­cillante de l’in­tel­li­gence cri­tique.

Le pre­mier nu­mé­ro de Books.

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