HALLUCINATIONS DE MASSE EN RUS­SIE

Le ré­gime de Pou­tine a éla­bo­ré un sys­tème de pro­pa­gande qui brouille les fron­tières entre réa­li­té et fic­tion. Les mé­dias contrô­lés par le Krem­lin abreuvent les Russes de fausses in­for­ma­tions et de théo­ries du com­plot. Ob­jec­tif: déso­rien­ter la po­pu­la­tion e

Books - - ÉDITO - PE­TER POMERANTSEV. The At­lan­tic.

Abreu­vés de fausses in­for­ma­tions et de théo­ries du com­plot, les Russes sont im­mer­gés dans une réa­li­té vir­tuelle contrô­lée par le Krem­lin.

Lors du som­met de l’Otan au pays de Galles en 2014, le gé­né­ral Phi­lip Breed­love, alors com­man­dant su­prême des forces al­liées en Eu­rope, n’y est pas al­lé par quatre che­mins. La Rus­sie, a-t-il dé­cla­ré, livre ac­tuel­le­ment « la guerre de l’in­for­ma­tion la plus stu­pé­fiante et la plus in­tense que nous ayons ja­mais vue ».

C’était une li­tote. La nou­velle Rus­sie ne se contente pas de la pe­tite dés­in­for­ma­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, des men­songes, des fuites et du cy­ber­sa­bo­tage que l’on as­so­cie gé­né­ra­le­ment à la guerre de l’in­for­ma­tion. Elle ré­in­vente la réa­li­té, créant des hallucinations de masse qui se trans­forment en­suite en ac­tion po­li­tique. Pre­nez No­vo­ros­sia, la Nou­velle-Rus­sie, le nom que Vla­di­mir Pou­tine a don­né à tout ce vaste pan du sud-est de l’Ukraine qu’il pour­rait, ou non, en­vi­sa­ger d’an­nexer. Le terme est em­prun­té à l’his­toire de la Rus­sie tsa­riste, où il dé­si­gnait un autre es­pace géo­gra­phique. Au­cun des ha­bi­tants ac­tuels de cette par­tie du monde ne s’était ja­mais ima­gi­né vivre en Nou­velle-Rus­sie ni lui prê­ter al­lé­geance, du moins jus­qu’à ré­cem­ment. À pré­sent, la Nou­velle-Rus­sie prend une consis­tance: les mé­dias russes montrent des cartes de sa « géo­gra­phie », tan­dis que les po­li­ti­ciens sou­te­nus par le Krem­lin écrivent son « his­toire » dans les ma­nuels sco­laires. Elle pos­sède son dra­peau et même une agence de presse. Des faits qui semblent tout droit sor­tis d’un ré­cit de Borges, à ceci près que les vic­times de la guerre me­née au nom de la Nou­vel­leRus­sie sont, elles, très réelles 1.

L’in­ven­tion de la Nou­velle-Rus­sie est le signe que le sys­tème russe de ma­ni­pu­la­tion de l’in­for­ma­tion se mon­dia­lise. La Rus­sie d’au­jourd’hui a été fa­çon­née par des conseillers en com­mu­ni­ca­tion po­li­tique – les vi­zirs du sys­tème qui, comme tant de Pros­pe­ro post­mo­dernes, in­ventent des par­tis po­li­tiques fan­toches et des si­mu­lacres de mou­ve­ments ci­toyens pour que le pays re­garde ailleurs tan­dis que la clique de Pou­tine ren­force son pou­voir. Dans la phi­lo­so­phie de ces conseillers po­li­tiques, l’in­for­ma­tion pré­cède l’es­sence. « Je me rap­pelle avoir lan­cé l’idée de “ma­jo­ri­té pou­ti­nienne”, et hop, la voi­là de­ve­nue une réa­li­té, m’a confié Gleb Pav­lovs­ky, un conseiller en com­mu­ni­ca­tion po­li­tique qui a tra­vaillé sur les cam­pagnes élec­to­rales de Pou­tine mais qui a quit­té de­puis le Krem­lin. Même chose avec l’idée qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive à Pou­tine. On a in­ven­té ça. Et sou­dain, il n’y avait réel­le­ment plus d’al­ter­na­tive.»

« Si les ré­gimes au­to­ri­taires pré­cé­dents étaient com­po­sés de trois me­sures de vio­lence pour une me­sure de pro­pa­gande, es­time Igor Ia­ko­ven­ko, pro­fes­seur de jour­na­lisme à l’Ins­ti­tut d’État des re­la­tions in­ter­na­tio­nales de Mos­cou, ce­lui-ci mise pra­ti­que­ment tout sur la pro­pa­gande et re­la­ti­ve­ment peu sur la vio­lence. Pou­tine n’a qu’à faire pro­cé­der à quelques ar­res­ta­tions, puis à am­pli­fier le mes­sage grâce au contrôle to­tal qu’il exerce sur la té­lé­vi­sion.»

Nous avons vu une dy­na­mique si­mi­laire à l’oeuvre sur la scène in­ter­na­tio­nale dans les der­niers jours d’août 2014, lors­qu’une pe­tite in­cur­sion mi­li­taire russe en Ukraine a été mon­tée en épingle pour ap­pa­raître sur le mo­ment comme une me­nace. Pou­tine avait in­vo­qué la né­ces­si­té d’en­ga­ger des pour­par­lers sur le sta­tut du sud-est de l’Ukraine (en des termes qui sem­blaient presque vo­lon­tai­re­ment am­bi­gus), ce qui avait

si­dé­ré l’Otan et suf­fi­sam­ment in­ti­mi­dé Kiev pour qu’elle ac­cepte un ces­sezle-feu. Une fois de plus, Pou­tine avait em­ployé le terme «Nou­velle-Rus­sie», don­nant l’im­pres­sion que de vastes ter­ri­toires étaient prêts à faire sé­ces­sion de l’Ukraine alors qu’en réa­li­té les re­belles ne te­naient qu’une pe­tite por­tion de terre.

La foi dans le pou­voir ab­so­lu de la pro­pa­gande trouve ses ra­cines dans la pen­sée so­vié­tique. Dans son étude clas­sique de 1962 sur le su­jet, Jacques El­lul écrit : « Les com­mu­nistes, pour qui il n’y a pas de na­ture hu­maine mais seule­ment une condi­tion hu­maine, es­timent que la pro­pa­gande est toute-puis­sante, lé­gi­time (quand elle est exer­cée par les com­mu­nistes) et ser­vi­ra à créer le type d’homme nou­veau de de­main.»

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Mais il y a une dif­fé­rence de taille entre la pro­pa­gande so­vié­tique et sa ver­sion russe ac­tuelle. Pour les So­vié­tiques, l’idée de vé­ri­té était im­por­tante, même lors­qu’ils men­taient. La pro­pa­gande so­vié­tique se don­nait beau­coup de mal pour « prou­ver » que les théo­ries du Krem­lin ou des élé­ments de dés­in­for­ma­tion étaient des faits. Lorsque le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ac­cu­sait les So­vié­tiques de faire de la dés­in­for­ma­tion – en af­fir­mant par exemple que le si­da était une arme créée de toutes pièces par la CIA –, ces dé­cla­ra­tions pro­vo­quaient l’in­di­gna­tion des di­ri­geants, y com­pris du se­cré­taire gé­né­ral Mi­khaïl Gor­bat­chev.

Dans la Rus­sie d’au­jourd’hui, en re­vanche, la no­tion de vé­ri­té est vide de sens. Dans les jour­naux té­lé­vi­sés russes, la fron­tière entre la réa­li­té et la fic­tion est com­plè­te­ment es­tom­pée. Les re­por­tages d’ac­tua­li­té montrent des ac­teurs se fai­sant pas­ser pour des ré­fu­giés de l’est de l’Ukraine et pleu­rant de­vant la ca­mé­ra en ra­con­tant les me­naces qu’ils su­bissent de la part de bandes fas­cistes ima­gi­naires. Au cours d’un de ces re­por­tages, une femme a ra­con­té comment des na­tio­na­listes ukrai­niens avaient cru­ci­fié un en­fant dans la ville de Slo­viansk, dans l’est de l’Ukraine. Lorsque Alexeï Vo­line, le vice-mi­nistre russe des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, a été confron­té au fait que l’his­toire de la cru­ci­fixion était fa­bri­quée de toutes pièces, il n’a mon­tré au­cune gêne, lais­sant plu­tôt en­tendre que la seule chose qui compte, c’est l’Au­di­mat. «Les té­lé­spec­ta­teurs ap­pré­cient la fa­çon dont nos prin­ci­pales chaînes de té­lé­vi­sion traitent les su­jets, le ton de nos émis­sions.»

Ayant ap­pris à maî­tri­ser le mé­lange d’au­to­ri­ta­risme et de culture du spec­tacle, le Krem­lin sait ra­con­ter ses his­toires. La no­tion de jour­na­lisme, au sens de rendre compte des «faits» ou de la « vé­ri­té », a été ba­layée. Lors d’une confé­rence de­vant des étu­diants en jour­na­lisme de l’Uni­ver­si­té d’État de Mos­cou, en 2013, Vo­line avait conseillé à son au­di­toire de ne plus cher­cher à

rendre le monde meilleur. « Il faut que ce­la soit clair dans l’es­prit des étu­diants : ils vont tra­vailler pour l’Homme, et l’Homme leur di­ra ce qu’il faut écrire, ce qu’il ne faut pas écrire, et comment écrire sur tel ou tel su­jet. Et l’Homme en a par­fai­te­ment le droit puisque c’est lui qui les ré­mu­nère.»

Cette nou­velle pro­pa­gande ne vise pas à per­sua­der qui que ce soit, mais à ac­cro­cher et à dis­traire le té­lé­spec­ta­teur, à dis­cré­di­ter le dis­cours oc­ci­den­tal plu­tôt qu’à lui op­po­ser un contre-ré­cit. C’est le ter­reau idéal pour les théo­ries du com­plot, qui sont par­tout à la té­lé­vi­sion russe. À pro­pos du crash du vol MH17 de Ma­lay­sia Air­lines au-des­sus de l’est de l’Ukraine en juillet 2014, le Krem­lin et ses mé­dias ap­pa­ren­tés ont évo­qué toutes sortes de thèses ex­tra­va­gantes comme des tirs d’avions de chasse ukrai­niens sur ordre de Wa­shing­ton ou une ten­ta­tive d’at­taque de l’Otan contre le jet pri­vé de Pou­tine. Ils ne cher­chaient pas tant à convaincre les té­lé­spec­ta­teurs de la vé­ra­ci­té de telle ou telle ver­sion des faits qu’à les déso­rien­ter, à les rendre pa­ra­noïaques et pas­sifs – à les im­mer­ger dans une réa­li­té vir­tuelle contrô­lée par le Krem­lin.

La Rus­sie ex­porte à pré­sent son mo­dèle de ré­in­ven­tion de la réa­li­té en consa­crant des cen­taines de mil­lions de dol­lars à des chaînes d’in­for­ma­tion in­ter­na­tio­nales en conti­nu dif­fu­sant dans plu­sieurs langues comme RT (an­cien­ne­ment Rus­sia To­day). En Rus­sie, RT contri­bue à per­sua­der la po­pu­la­tion que leur État est as­sez fort pour concur­ren­cer les CNN du monde en­tier. Aux États-Unis, RT n’est pas prise très au sé­rieux. Mais, en Eu­rope, la pro­pa­gande russe est plus opé­rante, s’ajou­tant à l’in­fluence du Krem­lin sur les mé­dias lo­caux ain­si qu’aux pres­sions éco­no­miques et éner­gé­tiques.

La si­tua­tion est par­ti­cu­liè­re­ment ten­due dans les pays Baltes, dont l’im­por­tante po­pu­la­tion d’ori­gine russe re­çoit des chaînes en langue russe comme PBK, en Let­to­nie, qui achète des pro­grammes du Krem­lin à très bas prix. En Es­to­nie, où un quart de la po­pu­la­tion est d’ori­gine russe, « une grande par­tie des ha­bi­tants vit dans une réa­li­té dis­tincte créée par les mé­dias russes, ex­plique le jour­na­liste et ex­pert en pro­pa­gande es­to­nien Raul Re­bane. Ce­la rend tout consen­sus po­li­tique im­pos­sible ». Ch­ris­to Gro­zev, cher­cheur du think tank Risk Ma­na­ge­ment Lab, ba­sé en Bul­ga­rie, a étu­dié la fa­çon dont les mé­dias bul­gares avaient cou­vert le conflit en Ukraine. Il a consta­té que la ma­jo­ri­té des quo­ti­diens du pays avaient re­pris des sources russes plu­tôt qu’ukrai­niennes sur un évé­ne­ment tel que le crash du vol MH17. « Ce n’est pas juste une ques­tion d’af­fi­ni­té ou de proxi­mi­té lin­guis­tique, juge Gro­zev. Les ar­ticles des mé­dias russes sont plus nom­breux et plus crous­tillants, et c’est ce­la qui est re­pris dans les autres mé­dias.» Des ins­tances comme le site de vé­ri­fi­ca­tion des in­for­ma­tions StopFake.org, ba­sé en Ukraine, s’em­ploient à dé­non­cer la dés­in­for­ma­tion dans les mé­dias russes et étran­gers. Mais, pour chaque « infox » qu’ils dé­busquent, les mé­dias proches du Krem­lin en pro­duisent mille. Ces mé­dias se fichent d’être pris à men­tir. La seule chose qui les in­té­resse, c’est de faire de l’au­dience et du clic.

Comme ses ho­mo­logues na­tio­nales, RT raf­fole des théo­ries du com­plot – de la vé­ri­té sur le 11-Sep­tembre à la main sio­niste qui di­rige la guerre ci­vile en Sy­rie. Ces af­fir­ma­tions font sou­vent ri­go­ler les Oc­ci­den­taux, mais elles trouvent un pu­blic ré­cep­tif. Dans leur ar­ticle «The Cons­pi­ra­to­rial Mind­set in an Age of Tran­si­tion », qui por­tait sur les théo­ries du com­plot en vogue en France, en Hon­grie et en Slo­va­quie, des cher­cheurs de plu­sieurs groupes de ré­flexion eu­ro­péens ont mon­tré que les sym­pa­thi­sants de l’ex­trême droite sont les plus sus­cep­tibles de croire aux com­plots. Et les par­tis na­tio­na­listes de droite, qui sont sou­vent al­liés idéo­lo­gi­que­ment et fi­nan­ciè­re­ment au Krem­lin, sont en plein es­sor. «Les théo­ries du com­plot sus­citent-elles plus d’in­té­rêt parce que les par­tis d’ex­trême droite se mul­ti­plient, ou bien les par­tis d’ex­trême droite se mul­ti­plient-ils parce que l’es­pace de l’in­for­ma­tion est de plus en plus in­fluen­cé par la men­ta­li­té com­plo­tiste ? » de­mande un peu ma­li­cieu­se­ment Gleb Pav­lovs­ky.

Au mo­ment où la cam­pagne de pro­pa­gande in­ter­na­tio­nale du Krem­lin s’in­ten­si­fie, la foi dans l’idée de « vé­ri­té » s’érode dans les pays oc­ci­den­taux [lire aus­si « Si nous y croyons, c’est que c’est vrai », p. 14]. Ce­la cou­vait de­puis long­temps. En 1962, Da­niel Boors­tin écri­vait dans

Le Triomphe de l’image que, avec les

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pro­grès de la pu­bli­ci­té et de la té­lé­vi­sion, « la ques­tion “Est-ce réel ?” passe après “Est-ce de na­ture à in­té­res­ser le pu­blic ?” […] Un nou­veau dan­ger très amé­ri­cain nous guette […], le dan­ger d’ir­réa­li­té ». Dans les an­nées 2000, cette idée est pas­sée du do­maine du com­merce à ce­lui de la haute po­li­tique, comme en té­moignent ces pro­pos dé­sor­mais cé­lèbres d’un col­la­bo­ra­teur ano­nyme de George W. Bush rap­por­tés dans

The New York Times : « Nous sommes un em­pire main­te­nant, et, quand nous agis­sons, nous créons notre propre réa­li­té. Et pen­dant que vous étu­diez cette réa­li­té, ju­di­cieu­se­ment, comme vous le sou­hai­tez, nous agis­sons à nou­veau et nous créons d’autres réa­li­tés nou­velles, que vous pou­vez étu­dier éga­le­ment, et c’est ain­si que les choses se passent. Nous sommes les ac­teurs de l’his­toire […] et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étu­dier ce que nous fai­sons.»

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En fin de compte, beau­coup de gens en Rus­sie et dans le monde en­tier sont conscients que les par­tis po­li­tiques russes sont des co­quilles vides et que les mé­dias russes dé­bitent des in­for­ma­tions ima­gi­naires. Mais, en main­te­nant le men­songe, le Krem­lin ef­fa­rouche le pu­blic en mon­trant que c’est lui qui dé­fi­nit la « réa­li­té ». C’est pour­quoi il est si im­por­tant pour Mos­cou d’en fi­nir avec la vé­ri­té. Si rien n’est vrai, alors tout est pos­sible. Du coup, nous avons l’im­pres­sion de ne pas savoir ce que Pou­tine nous pré­pare, l’im­pres­sion qu’il est im­pré­vi­sible et donc dan­ge­reux. Nous sommes si­dé­rés et dé­con­cer­tés par cette fa­çon qu’a le Krem­lin de trans­for­mer l’ab­sur­di­té et la pseu­do-réa­li­té en armes.

La Rus­sie ex­porte dé­sor­mais son mo­dèle avec des chaînes in­ter­na­tio­nales comme RT.

LE LIVRERien n’est vrai, tout est pos­sible, tra­duit de l’an­glais par Pas­cale-Ma­rie Des­champs, Saint-Si­mon Édi­tions, 2015, 200 p.L’AU­TEURPe­ter Pomerantsev est un spé­cia­liste de la pro­pa­gande et des mé­dias russes.Il est cher­cheur as­so­cié à l’Ins­ti­tut des af­faires in­ter­na­tio­nales de la Lon­don School of Eco­no­mics et écrit ré­gu­liè­re­ment pour plu­sieurs titres de la presse bri­tan­nique et amé­ri­caine, no­tam­ment le Fi­nan­cial Times, la Lon­don Re­view of Books et The At­lan­tic.

Slo­viansk, 2014. Pou­tine a en­vi­sa­gé un temps de re­nom­mer l’est de l’Ukraine « Nou­velle-Rus­sie », en pré­vi­sion d’une pos­sible an­nexion de la ré­gion.

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