ON ACHÈVE BIEN LES VAM­PIRES

Books - - LITTÉRALISME - — Books * « The Real Vam­pire », Na­tu­ral His­to­ry, oc­tobre 1990.

Au dé­but du xviiie siècle, une flo­rai­son de pu­bli­ca­tions dé­cri­vit d’étranges pra­tiques ob­ser­vées en Eu­rope slave. On sor­tait des ca­davres de leur cer­cueil et on les «tuait» à nou­veau, pour les em­pê­cher de ve­nir rô­der la nuit et s’abreu­ver du sang des hu­mains, en leur en­fon­çant un pieu dans le coeur. Avant cette se­conde mort, le ca­davre du vam­pire se re­con­nais­sait à des signes in­faillibles: il n’était pas en dé­com­po­si­tion, même si la mort re­mon­tait à long­temps; du sang sor­tait de sa bouche et en­va­his­sait par­fois le cer­cueil ; les ongles étaient tom­bés et de nou­veaux ongles avaient pous­sé ; la peau par­tait en lam­beaux.

Le cher­cheur amé­ri­cain Paul Bar­ber a ex­hu­mé un rap­port de mé­de­cins mi­li­taires au­tri­chiens en Ser­bie du dé­but des an­nées 1730, qui rap­porte en dé­tail le ré­sul­tat de la dis­sec­tion des ca­davres de sup­po­sées vic­times d’un vam­pire, ain­si que le ré­cit des ha­bi­tants d’un vil­lage. Ces der­niers leur avaient ra­con­té que, lorsque le pieu avait été en­fon­cé dans le coeur d’un cer­tain Ar­nold Paole, mort qua­rante jours plus tôt, il avait pous­sé un gro­gne­ment.

En réa­li­té, au­cune de ces ob­ser­va­tions n’est à pro­pre­ment par­ler anor­male; cer­taines sont sim­ple­ment un peu exa­gé­rées. Même le gro­gne­ment pous­sé par Ar­nold Paole se conçoit, écrit Paul Bar­ber, la glotte vi­brant au pas­sage de l’air ex­pul­sé par la com­pres­sion de la cage tho­ra­cique. Pour com­prendre le mythe, il faut se re­pla­cer dans les condi­tions de l’époque, af­firme-t-il. Avant la mé­de­cine mo­derne, la mort rô­dait en per­ma­nence ; même des jeunes dans la force de l’âge étaient sou­dain em­por­tés par une épi­dé­mie, la­quelle se pro­pa­geait de mai­son en mai­son. Dans cette ré­gion d’Eu­rope où l’Église or­tho­doxe avait lais­sé sub­sis­ter des tra­di­tions païennes, on croyait cou­ram­ment que les mé­chants de ce monde, sorciers et autres pé­cheurs, re­ve­naient han­ter les vi­vants après leur mort *.

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