LAW­RENCE AVANT L’ARA­BIE

Comment un jeune An­glais fé­ru d’ar­chi­tec­ture mé­dié­vale est de­ve­nu l’or­ga­ni­sa­teur de la ré­volte arabe contre l’ar­mée ot­to­mane.

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L «es An­glais à la sexua­li­té re­fou­lée ont été un des grands mo­teurs de l’his­toire hu­maine», constate, amu­sé, Phi­lip Delves Brough­ton dans The Wall Street Jour­nal. Pour illus­trer son pro­pos, il donne l’exemple de Law­rence d’Ara­bie et de ce que le jour­na­liste bri­tan­nique An­tho­ny Sat­tin nous en ré­vèle dans son livre. Peut-on vrai­ment dire du nou­veau sur un per­son­nage dont la vie semble avoir dé­jà été exa­mi­née sous toutes les cou­tures? Comme le rap­pelle le cri­tique du Wa­shing­ton Post Mi­chael Dir­da, « Wins­ton Chur­chill ex­cep­té, Law­rence d’Ara­bie est peut-être l’An­glais du xxe siècle qui a fait cou­ler le plus d’encre.» Au mo­ment où Sat­tin s’est lan­cé dans son pro­jet, 108 ou­vrages lui avaient dé­jà été consa­crés. Son ori­gi­na­li­té est de s’in­té­res­ser ex­clu­si­ve­ment aux vingt-cinq pre­mières an­nées de Law­rence et de ten­ter d’ex­pli­quer en quoi elles ont «in­flué sur son dé­sir d’unir les tri­bus de la pé­nin­sule Ara­bique contre les Turcs pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale », note Brough­ton. C’est « la pré­his­toire d’un hé­ros, ren­ché­rit Dir­da. On y voit comment un jeune An­glais pas­sion­né de che­va­le­rie en est ve­nu à vivre ses rêves d’en­fant.» Avant d’ex­plo­rer le Moyen-Orient, T.E. Law­rence se contente, plus mo­des­te­ment, de pas­ser ses étés à sillon­ner l’An­gle­terre puis la France à vé­lo (plus de 3800 ki­lo­mètres, tout de même…), pour des­si­ner et prendre les me­sures de châ­teaux et d’églises du Moyen Âge. En 1909, à 20 ans à peine, il ar­rive à Bey­routh, presque par ha­sard. On lui a sug­gé­ré, pour la thèse qu’il pré­pare à Ox­ford, de se rendre en Terre sainte et d’y tran­cher une ques­tion qui agite alors les his­to­riens : les croisés se sont-ils ins­pi­rés des Arabes pour bâ­tir leurs châ­teaux ou bien, à l’in­verse, leur ont-ils trans­mis les se­crets de cette ar­chi­tec­ture ? (Il op­te­ra pour la se­conde hy­po­thèse.) Il ne parle pas arabe, mais, mu­ni de quelques ha­bits, d’un cha­peau, d’un ap­pa­reil pho­to, d’une gourde, d’un car­net et d’un re­vol­ver, il passe d’un châ­teau fort en ruine à l’autre. Se­lon Sat­tin, c’est lors d’une vi­site à la for­te­resse des As­sas­sins, cette secte ter­ro­riste qui sé­vit entre le xie et le xiiie siècle, qu’il au­rait com­men­cé à ima­gi­ner les res­sorts d’une gué­rilla mo­derne (celle qu’il met­tra en oeuvre plus tard). Au cours de son pé­riple, il souffre de la ma­la­ria et de la dys­en­te­rie. Il est aus­si dé­pouillé et lais­sé pour mort par des ban­dits. Mais rien ne vient en­ta­mer sa pas­sion pour l’Orient. En 1910, il y re­tourne, pour quatre ans cette fois. C’est à cette oc­ca­sion qu’il ren­contre Ah­med, un Arabe de 15 ans, qu’il sur­nomme Da­houm et qui, sous les ini­tiales « S.A.», est le dé­di­ca­taire des Sept Pi­liers de la sa­gesse. Con­trai­re­ment à d’autres bio­graphes, Sat­tin es­time que leur re­la­tion fut pu­re­ment pla­to­nique (de son propre aveu, Law­rence res­ta vierge toute sa vie). Mais elle eut une in­fluence pro­fonde sur l’An­glais, qui re­por­ta sur le peuple arabe l’amour qu’il ne pou­vait vivre avec ce gar­çon.

Law­rence d’Ara­bie. La jeu­nesse d’une lé­gende, d’An­tho­ny Sat­tin, tra­duit de l’an­glais par Vir­gi­nie Buhl, Noir sur Blanc, 384 p., 23 €.

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