Il n’y a que 45 li­brai­ries en Al­gé­rie.

FAUTE D’ÉDI­TEURS ET DE LI­BRAIRES DANS LEUR PAYS, LES ÉCRIVAINS ALGÉRIENS DOIVENT CHER­CHER LA RE­CON­NAIS­SANCE EN FRANCE. OU AU LI­BAN.

Books - - SOMMAIRE - — Mo­ha­med Ka­ci­mi est un ro­man­cier et dra­ma­turge al­gé­rien, au­teur no­tam­ment de La Confes­sion d’Abra­ham (Fo­lio, 2012). Il vit à Pa­ris.

En Al­gé­rie, les es­sayistes peuvent se mon­trer vi­ru­lents. Cé­lèbre pour ses chro­niques dans Le Quo­ti­dien d’Oran, Ka­mel Daoud cible aus­si bien un ré­gime étouf­fant que les te­nants de l’is­lam ra­di­cal (voir Mes in­dé­pen­dances, pa­ru chez Bar­zakh en Al­gé­rie et chez Actes Sud en France). Rê­ve­rie noc­turne au mu­sée Pi­cas­so, à Pa­ris, son der­nier livre, Le Peintre dé­vo­rant la femme, ne fait pas ex­cep­tion. De­vant les toiles cu­bistes fi­gu­rant la jeune Ma­rieT­hé­rèse Wal­ter, Daoud songe à la représenta­tion du corps nu et livre un dé­ve­lop­pe­ment peu or­tho­doxe sur la re­li­gion et la cen­sure.

Par­mi les po­lé­mistes, men­tion­nons aus­si Ra­chid Boud­je­dra, connu pour sa plume ven­ge­resse et son athéisme re­ven­di­qué dans un pays où l’is­lam est la re­li­gion d’État. Amin Zaoui in­ter­roge dans son oeuvre la re­la­tion à la sexua­li­té et à la re­li­gion. Leur suc­cès reste pour­tant re­la­tif, et la contes­ta­tion qui se­coue le pays de­puis fé­vrier ne passe guère par le livre. Ces der­nières an­nées, le prix du pa­pier a presque dou­blé et ce­lui des livres est de­ve­nu pro­hi­bi­tif – 1 500 di­nars en moyenne (soit 8 eu­ros, pour un sa­laire moyen men­suel de 190 eu­ros). Au­pa­ra­vant, la plu­part des mai­sons d’édi­tion bé­né­fi­ciaient d’une aide du mi­nis­tère de la Culture, qui ache­tait sys­té­ma­ti­que­ment les pre­miers ti­rages, mais la ré­duc­tion dras­tique de son bud­get a pri­vé les édi­teurs de cette ga­ran­tie, et beau­coup ont dû mettre la clé sous la porte.

Autre han­di­cap, l’ex­trême ra­re­té des li­brai­ries. Dans un pays vaste comme deux fois la France et peu­plé de 40 mil­lions d’ha­bi­tants, on n’en dé­nombre que 45 ! Ré­sul­tat, le ti­rage moyen d’un livre ne dé­passe pas 1 000 exem­plaires. La seule vi­trine pour les édi­teurs reste le Sa­lon in­ter­na­tio­nal du livre d’Al­ger, qui draine chaque an­née plus de 1 mil­lion de vi­si­teurs, par­mi les­quels de nom­breux édi­teurs et au­teurs étran­gers.

Un ap­pel d’air cru­cial. Car si cer­tains édi­teurs, comme Cas­bah ou Chi­hab, ont réus­si à s’im­po­ser sur le mar­ché lo­cal, les au­teurs algériens d’ex­pres­sion fran­çaise conti­nuent à se faire pu­blier par les mai­sons pa­ri­siennes. C’est le cas de Yas­mi­na Kha­dra, édi­té par Jul­liard ou Flam­ma­rion. Cet au­teur, l’un des plus lus en Al­gé­rie, aborde des thèmes chers à la so­cié­té al­gé­rienne – l’in­té­grisme, l’amour – dans un style à la Pau­lo Coel­ho, abor­dable et ef­fi­cace. Et il y a bien sûr Ka­mel Daoud, pu­blié chez Actes Sud et Stock, Ra­chid Boud­je­dra chez Gras­set, ou en­core l’is­la­mo­logue tu­ni­sienne He­la Ouar­di, dont l’en­quête Les Der­niers Jours de Mu­ham­mad, d’abord pa­rue en France chez Al­bin Michel, re­vient sur les cir­cons­tances troubles de la mort du Pro­phète. Quant à la ro­man­cière ara­bo­phone Ah­lam Mos­te­gha­ne­mi, elle se fait édi­ter au Li­ban. La lit­té­ra­ture n’ha­bite pas pour l’ins­tant l’Al­gé­rie – en­core moins la lit­té­ra­ture al­gé­rienne.

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