Mailly Grand Cru, dans l’es­prit des do­maines bor­de­lais

Mailly Grand Cru bé­né­fi­cie d’un ter­roir d’ex­cep­tion pour éla­bo­rer une gamme haute cou­ture à par­tir de vi­ni­fi­ca­tions par­cel­laires. Cette so­cié­té de pro­duc­teurs, gé­rée comme un do­maine bor­de­lais, se pré­pare à mettre sur le mar­ché sa « Mag­num Col­lec­tion » po

Bulles & Millesimes - - SOMMAIRE - Par Jean Ba­tilliet

La so­cié­té fête cette an­née ses 85 ans. Elle s’est dé­ve­lop­pée au­tour de va­leurs fortes : celles de l’exi­gence et de la ré­gu­la­ri­té vou­lues par ses fon­da­teurs, sans cé­der à la fa­ci­li­té ni aux modes. Pas de tape-à-l’oeil in­utile, pas de paillettes su­per­flues ni d’es­broufe dans ce do­maine agro­no­mi­que­ment bé­ni des dieux. Le sol, l’ex­po­si­tion, le sa­voir-faire des hommes par­ti­cipent, presque na­tu­rel­le­ment, à la sin­gu­la­ri­té de Mailly Grand Cru, si­tué dans un ter­roir d’ex­cep­tion, clas­sé Grand Cru de la mon­tagne de Reims de­puis 1920. « Notre force est d’être im­plan­tés en un seul lieu de culture et de pro­duc­tion, dans le pé­ri­mètre unique de la com­mune de Mailly-Cham­pagne » , re­lève Jean-Fran­çois Préau, di­rec­teur gé­né­ral de la mai­son. Les vi­gne­rons y cultivent les 480 par­celles du do­maine avec un soin at­ten­tif, sou­cieux de don­ner à cha­cune d’elles toute sa ri­chesse et son ex­pres­sion. Leur tra­vail contri­bue à pro­po­ser des vi­ni­fi­ca­tions très sé­lec­tives qui per­mettent d’éla­bo­rer une gamme « en po­ly­chro­mie » très si­gni­fi­ca­tive de la spé­ci­fi­ci­té du ter­roir, plan­té de trois-quarts de pi­nots noirs et d’un quart de char­don­nays. Par­ti­cu­la­ri­tés de Mailly Grand Cru : une lo­ca­li­sa­tion orien­tée ma­jo­ri­tai­re­ment au nord, des vignes de 35 ans de moyenne d’âge et des ren­de­ments maî­tri­sés qui offrent toute sa fi­nesse au vin. « Nous sommes si­tués dans une ré­gion par­mi les plus ex­po­sées aux ge­lées de prin­temps. Mais der­niè­re­ment nous n’avons pas connu de ca­tas­trophes. Le cycle de ma­tu­ri­té des rai­sins est plus long de quelques jours et nous bé­né­fi­cions d’un sous-sol cal­caire qui donne beauc oup de mi­né­ra­li­té et de fr aî­cheur aux pi­nots noir s » , ex­plique Jean-Fran­çois Préau.

Des ca­rac­té­ris­tiques dont Mailly Grand Cru sait ti­rer la quin­tes­sence. Le do­maine éla­bore des cham­pagnes d’une grande fi­nesse, plu­tôt à ser­vir à l’apé­ri­tif mais qui peuvent s’ac­cor­der aus­si avec des mets très sub­tils.

« Nous ne f ai­sons pas des vins bo­dy-buil­dés » , lance le di­rec­teur du do­maine, qui joue sur une ges­tion so­phis­ti­quée des vins de ré­serve et bien sûr des char­don­nays, plus gras que ceux de la côte des Blancs, pour pro­po­ser une gamme de neuf cu­vées ci­se­lées au cor­deau et aux nuances

sub­tiles. « Nous tr availlons avec deux cé­pages, 480 par­celles, dix an­nées de vins de r éserve, et avec des ou­tils comme des cuves de pe­tite taille en in­ox, en ci­ment, quatre foudres et une cen­taine de bar­riques qui nous per­mettent d’éla­bo­rer des cham­pagnes très dif­fé­rents. Le brut sans an­née re­pré­sente seule­ment deux tiers de nos v entes. C’est notre carte de vi­site. »

Un nou­veau chef de cave

La pré­ci­sion, la créa­ti­vi­té, l’élé­gance, la so­brié­té : telles sont les ver­tus car­di­nales de Mailly Grand Cru qui a investi trois mil­lions d’eu­ros dans un nou­vel ou­til de pro­duc­tion. Le do­maine com­mer­cia­lise 500 000 bou­teilles par an, dont près de la moi­tié à l’ex­port, prin­ci­pa­le­ment en Eu­rope et sur les mar­chés loin­tains où l’on re­trouve la gamme sur les cartes d’éta­blis­se­ments pres­ti­gieux. Elles sont plu­tôt bien ven­dues, seul le Brut Ré­serve étant en­core pro­po­sé à moins de 30 € au consom­ma­teur. Le do­maine, qui fait vivre 80 adhé­rents (25 fa­milles de vi­gne­rons), a construit sa no­to­rié­té au­tour de cu­vées d’ex­cep­tion comme Les Échan­sons, créés dans les an­nées 60, le nec plus ul­tra de la gamme qui re­pré­sente un ti­rage de 10 000 bou­teilles par an. « C’est un vin de huit à

dix ans d’âge » , as­sure Jean-Fran­çois Préau. Il joue sur la puis­sance et la fraî­cheur, deux qua­li­tés qui ne sont pas an­ti­no­miques, s’agis­sant d’une cu­vée faite pour don­ner du plai­sir à des clients « qui aiment la vi­no­si­té

élé­gante du cham­pagne » . Pour la pe­tite his­toire, l’échan­son était le nom at­tri­bué au som­me­lier du roi, qui avait le grade d’of­fi­cier. L’In­tem­po­relle, en blanc ou ro­sé, s’ins­crit aus­si dans cette sé­rie de cham­pagnes haute cou­ture qui com­plète une offre dans la­quelle les mil­lé­simes s’adressent aux connais­seurs. L’ac­tua­li­té du do­maine est la sor­tie, en sep­tembre, d’une sé­rie li­mi­tée

« Mag­num Col­lec­tion » , des­ti­née à des ama­teurs de cham­pagnes d’un cer­tain âge, même s’il n’est pas ca­no­nique. En l’oc­cur­rence, de belles an­nées vieillies en mag­num (1996, 1997, 1998 et 1999) et éla­bo­rées dans l’es­prit des mil­lé­simes avec trois-quarts de pi­not noir et un quart de char­don­nay. Il re­vien­dra au nou­veau chef de cave de Mailly Grand Cru, Sé­bas­tien Mon­cuit, fils de vi­gne­ron de Ber­gères-les-Ver­tus, dans la côte des Blancs, de com­mu­ni­quer sur cette nou­veau­té même s’il n’en est pas, évi­dem­ment, l’éla­bo­ra­teur. Ti­tu­laire d’un di­plôme d’oe­no­logue ob­te­nu à Reims en 1996 sous la fé­rule du pro­fes­seur Mau­jean, il a été res­pon­sable de pro­duc­tion d’une mai­son de né­goce d’Éper­nay avant de créer son la­bo­ra­toire d’ana­lyses oe­no­lo­giques au­près de « vi­gne­rons stars ». Il a rem­pla­cé en juin 2013 Her­vé Dan­tan, qui a re­joint la mai­son Lan­son. « Les pre­mières cu­vées éla­bo­rées par Sé­bas­tien ne se­ront pas sur le mar­ché avant quelques an­nées car nous avons de la ré­serve. Ce qui lui lais se temps de prendre ses marques et de s’im­pré­gner de l’es­prit du do­maine » , constate Jean-Fran­çois Préau. « J’es­père ap­por­ter un re­gard nou­veau dans les vi­ni­fi­ca­tions. Dans mon ex­pé­rience de conseil, le pi­not noir m’a t ou­jours pas­sion­né car c’est un cé­page dif­fi­cile à tr availler. Le lien dir ect avec le vi­gne­ron a été aus si pour moi une mo­ti­va­tion im­por­tante dans mon sou­hait de re­joindre Mailly

Grand Cru » , sou­ligne le chef de cave de 41 ans.

Jean-Fran­çois Préau

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