En­tre­tien avec Pierre Ar­di­ti

Propos recueillis par Franck LE­CLERC

Bulles & Millesimes - - SOMMAIRE -

Ren­dez-vous à 11h au bar du Ne­gres­co. Au­tant dire un peu tôt sur l’échelle de temps d’un co­mé­dien qui, la veille, s’est don­né sans comp­ter au Théâtre de Nice. Mais Pierre Ar­di­ti n’est ja­mais à court d’ins­pi­ra­tion ni de verve lors­qu’il s’agit d’évo­quer le cham­pagne -ses cham­pagnes- et, au-de­là, son amour des beaux vins. C’est l’une des grandes pas­sions de cet épicurien éru­dit qui cultive l’art de vivre avec rai­son, sans mo­dé­ra­tion.

Vous sou­ve­nez-vous de votre pre­mière coupe ?

J’ai plu­tôt un sou­ve­nir très pré­cis de mon pre­mier voyage en Cham­pagne. C’était au tout dé­but des an­nées soixante-dix -une paye !- et je jouais à Reims avec mes amis Ni­cole Gar­cia et Pa­trick Ches­nais. Nous avons pris le temps de nous balader, Ni­cole au vo­lant, la­quelle a tou­jours été un dan­ger pu­blic, soit dit en pas­sant, puis­qu’elle re­garde tout, sauf la route... Nous avons fi­ni chez un pe­tit pro­prié­taire où nous avons pu nous of­frir, bien que jeunes et fau­chés, quelques bou­teilles d’un cré­mant as­sez bon mar­ché, mais pas mau­vais du tout. Voi­là ma pre­mière sen­sa­tion ré­per­to­riée, et ce sou­ve­nir est sur­tout at­ta­ché au plai­sir que nous avions d’être en­semble, dans un pay­sage ma­gni­fique, au­tour de quelques bulles par­ta­gées. Sans doute avais-je goû­té au cham­pagne au­pa­ra­vant, mais trop tôt, et ce que j’avais bu ne m’avait pas plu, peut-être trop doux, à moins qu’il ne se soit agi d’un simple mous­seux.

As­so­ciez-vous le cham­pagne à l’idée de la cé­lé­bra­tion ?

Le cham­pagne et la fête ? Je trouve cu­rieux ce be­soin que semblent avoir la plu­part des gens de clas­ser ain­si les mo­ments et les choses. Il en va de la fête comme de la vieillesse : elle est là ou pas là, mais c’est d’abord et sur­tout un état d’es­prit. Comme di­sait Pi­cas­so, il faut beau­coup de temps pour de­ve­nir jeune !

N’est-il pas lié aux soirs de pre­mière ou aux fins de tour­nage ?

Oui, sou­vent. Tou­jours, même. C’est la tra­di­tion, les soirs de gé­né­rale. Peut-être ai-je un peu exa­gé­ré tant il est vrai que l’on n’ima­gine pas une fête sans cham­pagne. Mais, en­core une fois, il se­rait idiot de consi­dé­rer la fête comme obli­ga­toire parce qu’il y au­rait du cham­pagne. Le pro­duit, c’est vrai, émous­tille : on a l’im­pres­sion de boire de l’or qui pé­tille !

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