Entre tra­di­tion et bio­dy­na­mie, Be­noit Mar­guet am­pli­fie les éner­gies po­si­tives

Ins­tal­lé à Am­bon­nay dans la Marne, Be­noit Mar­guet a re­pris l’af­faire fa­mi­liale en 2008 avec la vo­lon­té d’y ap­po­ser son em­preinte. À 40 ans, il ap­par­tient à cette jeune gé­né­ra­tion de vi­gne­rons cham­pe­nois se conver­tis­sant pro­gres­si­ve­ment à la bio­dy­na­mie. Sa

Bulles & Millesimes - - PORTRAIT - Par Jean Ba­tilliet

Il est à l’image de la mai­son qu’il a co-créée. Dis­tin­gué, se­rein et exi­geant. Son ex­ploi­ta­tion de vieilles vignes compte sept hec­tares à Am­bon­nay et un dans la com­mune voi­sine de Bou­zy, avec un en­cé­pa­ge­ment as­sez aty­pique dans ce sec­teur puis­qu’il se com­pose de 42% de vignes plan­tées en char­don­nay sur les sols fins et de 58% de pi­not noir sur les sols plus pro­fonds.

« J’ai un par cours un peu par­ti­cu­lier » , re­con­naît Be­noit Mar­guet, re­pré­sen­tant la cinquième gé­né­ra­tion d’une fa­mille de vi­gne­rons de la côte des Noirs. Après des études se­con­daires au ly­cée Saint-Jo­seph dans la ci­té des sacres, le jeune homme ob­tient un bre­vet de tech­ni­cien agri­cole vi­ti­cul­ture-oe­no­lo­gie au ly­cée vi­ti­cole d’Avize puis un di­plôme uni­ver­si­taire de l’éla­bo­ra­tion, du droit et de l’éco­no­mie des vins de Cham­pagne (Due­dec) à Reims. En 1995, il quitte la France pour l’Etat de Wa­shing­ton, aux États-Unis où il pas­se­ra un an.

« J’ai eu la chanc e de tra­vailler avec Paul Hobbs, qui es t le Mi­chel Rol­land de la Ca­lif or­nie. Le do­maine av ait de hautes exi­gences qua­li­ta­tive et dé­jà quelques pr atiques en cultur e bio. Avec hu­mour, l es Cham­pe­nois me di­saient que j’al­lais leur faire dé­cou­vrir quelques fi­celles ! En fait, j’ai dé­cou­vert un univ ers du vin tr ès c on­cur­ren­tiel et une équipe qui s’in­ter­ro­geait sans c esse. Là-bas, j’ai not am­ment ap­pris la vi­ni­fi­ca­tion en fût dans la perspective de vins de créa­teur. » De re­tour en France pour ac­com­plir ses obli­ga­tions mi­li­taires, Be­noit Mar­guet se re­trouve som­me­lier au mess cen­tral des of­fi­ciers à Pa­ris, place Saint-Au­gus­tin, où sont re­çus les hauts gra­dés du monde en­tier, les mi­nistres de tu­telle et cer­tains chefs d’Etat. « J’en garde de bons sou­ve­nirs et j’ai été mar­qué par l es c odes de bien­séanc e et l es dé­gus ta­tions de vins ex­cep­tion­nels. »

Par la suite, Be­noit Mar­guet pas­se­ra dix ans au sein du Groupe des jeunes du Syn­di­cat gé­né­ral des vi­gne­rons. Dès 1999, il ef­fec­tue des stages en géo­bio­lo­gie, en tech­niques éner­gé­tiques et en bio­dy­na­mie, en par­ti­cu­lier chez Jean-Pierre Fleu­ry, dans l’Aube. Les ren­contres, les échanges ré­gu­liers à tra­vers la France avec des spé­cia­listes de tous les mi­lieux et de tous les ho­ri­zons ai­guisent sa ré­flexion et l’évo­lu­tion de ses choix, au­jourd’hui en­core. « Le bio est avant tout un par­tage vrai et par­ti­ci­pa­tif entre pro­fes­sion­nels, un état d’es­prit. »

« Goods vi­bra­tions »

Fort de cette so­lide ex­pé­rience, Be­noit Mar­guet s’ins­crit

na­tu­rel­le­ment dans une voie d’avant-garde. « De­puis 2009, le vi­gnoble a en­ta­mé sa conver­sion of­fi­cielle et pro­gres­sive à la bio­dy­na­mie avec la cer­ti­fi­ca­tion De­me­ter. » Les che­vaux tra­vaillent les sols sur le do­maine de­puis 2010. Pas seule­ment sur une par­celle mais sur l’en­semble de l’ex­ploi­ta­tion. « Le sol peut r ece­voir la même c on­si­dé­ra­tion que la plante. »

De nou­velles ap­proches en phy­to­thé­ra­pie et aro­ma­thé­ra­pie

par­ti­cipent aus­si à la re­vi­ta­li­sa­tion du ter­roir. « Il f aut com­prendre que t out es t int er­con­nec­té, que t outes l es éner­gies de vie entre la terre et la plante com­mu­niquent entre elles. C’est une no­tion fon­da­men­tale de ter­roir, mais in­vi­sible et sou­vent in­com­prise. » Par exemple, les plantes agissent avec les abeilles pour si­gna­ler la pré­sence de pol­len sur leurs fleurs. Ces si­gnaux élec­tro­ma­gné­tiques sont en­voyés un peu comme du Wi­fi basse fré­quence. Ce­pen­dant, de tels échanges sont in­hi­bés par les désher­bants et autres pro­duits chi­miques qui, par ailleurs, sté­ri­lisent et stan­dar­disent le ter­roir… Be­noit Mar­guet, lui, laisse « sa libre ex­pres­sion au sol qui re­vêt par­fois un as­pect cham­pêtre ». « Tout est har­mo­nie entre le vé­gé­tal, le mi­né­ral et l’ani­mal, as­sure-t-il. Le che­val est un ani­mal té­lé­pa­thique. Il ap­port e beau­coup plus qu’on ne l’ima­gine. »

In­tui­ti­ve­ment, sa dé­marche se pour­suit dans les cel­liers avec des vi­ni­fi­ca­tions na­tu­relles, sans pro­duits oe­no­lo­giques et très

peu - voire pas - de sul­fites. « J’ac­com­pagne les vi­ni­fi­ca­tions sous bois de chaque lieu-dit. Les él evages sont longs. Pour sim­pli­fier, di­sons que la na­tu­ro­pa­thie rem­place l’oe­no­lo­gie. Mais en réa­li­té, je vais bien plus loin que ce­la. » Tan­dis que le mil­lé­sime Am­bo­nia­cus se re­flète en blanc et en ro­sé - une autre spé­cia­li­té du do­maine, les pre­mières cu­vées de lieux-dits sortent dé­jà des caves : Les Crayères, Les Ber­monts… Les cu­vées de crus sui­vront bien­tôt. Et le Sa­pience 2006 de­vien­dra pro­chai­ne­ment la pre­mière cu­vée de pres­tige cer­ti­fiée bio, grâce aux rai­sins ex­cep­tion­nels de proches vi­gne­rons. Be­noit Mar­guet éla­bore cette vé­ri­table nou­veau­té dans les cu­vées d’ex­cep­tion avec son ami Her­vé Jes­tin, oe­no­logue consul­tant. Sa­pience se veut un voyage fait d’émo­tions et un uni­vers à part en­tière. « Une éner­gie sub­tile, une pré­sence qui nous in­ter­roge et re­place le vin au coeur de ses ori­gines, de ses rai­sons d’être. » Le vi­gne­ron es­time que le champ des pos­sibles est im­mense. « On connaît en­core très peu de choses sur l es fonc­tion­ne­ments du vi­vant. C’est fas­ci­nant... »

Le vi­gne­ron d’Am­bon­nay tra­vaille sous bois avec 250 bar­riques et deux foudres.

Pour Be­noit Mar­guet, le che­val est « un ani­mal spi­ri­tuel ». Le vi­gne­ron pos­sède deux ar­den­nais ap­par­te­nant à l’une des plus an­ciennes races de che­vaux de trait.

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