Cham­pagne Thier­ce­lin : l’âme soeurs

Anne-Sophie et Bé­ran­gère Thier­ce­lin di­rigent une belle ex­ploi­ta­tion fon­dée en 1893 à Mous­sy. As­sise sur des fon­de­ments so­lides, la mai­son bé­né­fi­cie de la com­plé­men­ta­ri­té et de la com­pli­ci­té de ce duo de charme qui fait fruc­ti­fier les fruits du tra­vail de

Bulles & Millesimes - - PORTRAITS - Par Jean Ba­tilliet

Leur com­pli­ci­té saute aux yeux. Leur com­plé­men­ta­ri­té aus­si. Anne-Sophie se plaît dans l’ac­cueil et la com­mu­ni­ca­tion. Bé­ran­gère confesse une vraie pas­sion pour la terre et la vi­ni­fi­ca­tion. Un duo de charme pour la mai­son Thier­ce­lin à Mous­sy, fon­dée en 1893 par Louis Thier­ce­lin et son épouse, née Clémence Brassart, tous deux ori­gi­naires de cette pe­tite com­mune des co­teaux sud d’Éper­nay. Anne-Sophie et Bé­ran­gère ont de qui te­nir. Elles ap­par­tiennent à la cinquième gé­né­ra­tion d’une fa­mille de vi­gne­rons qui ont su trans­mettre des va­leurs fortes, un sa­voir-faire et une exi­gence constante de qua­li­té. Anne-Sophie et Bé­ran­gère parlent d’une même voix, avec émo­tion et sen­si­bi­li­té, de leur im­pli­ca­tion dans cette af­faire fa­mi­liale qu’elles di­rigent dé­sor­mais en duo. Les deux soeurs ex­ploitent 18 hec­tares plan­tés avec les trois cé­pages cham­pe­nois, dont 50 % se trouvent à Mous­sy et sur la com­mune voi­sine de Vi­nay, 20 % à Saint-Mar­tin d’Ablois et 30 % à Cour­ville, dans la val­lée de l’Ardre. « Ces der­nièr es par­celles se si­tuent à c ôté des f ameuses c ar­rières de pierr es qui ont ser­vi à la c ons­truc­tion de la c athé­drale de Reims et c on­ti­nuent d’être uti­li­sées pour sa r es­tau­ra­tion » , pré­cise Bé­ran­gère. La pierre de Cour­ville a la par­ti­cu­la­ri­té d’ab­sor­ber la lu­mière d’une fa­çon ex­cep­tion­nelle et de don­ner na­tu­rel­le­ment des cou­leurs chan­geantes, au fil des jour­nées et des sai­sons, au pres­ti­gieux édi­fice re­li­gieux de la Ci­té des Sacres. L’his­toire de la fa­mille est donc étroi­te­ment liée à celle de Mous­sy, vil­lage si­tué à une di­zaine de ki­lo­mètres d’Éper­nay en di­rec­tion de Sé­zanne. Le grand-père d’Anne-Sophie et Bé­ran­gère, Jean Thier­ce­lin, y exer­ça plu­sieurs man­dats de maire. Il fut aus­si un

ar­ti­san du développement de la mai­son et de la marque en in­ves­tis­sant dans la mo­der­ni­sa­tion de l’ou­til de tra­vail. « Il est à l’ori­gine de la créa­tion

de la cu­ve­rie et du chan­tier de dé­gor­ge­ment » , sou­ligne Anne-Sophie. Re­joint par son fils Jean-Louis et son épouse Ghis­laine, is­sue d’une fa­mille de 12 en­fants, Jean Thier­ce­lin a trans­mis une belle en­tre­prise que s’at­tachent à faire pros­pé­rer ses pe­tites filles -Anne-Sophie, l’aî­née et Bé­ran­gère, la ben­ja­mine. Celles-ci mettent un point d’hon­neur à ap­por­ter leur sin­gu­la­ri­té, leur style, leurs goûts dans le développement de l’ex­ploi­ta­tion. Par pe­tites touches, en as­so­ciant fé­mi­ni­té et in­no­va­tion, dans le res­pect des tra­di­tions cham­pe­noises. « Nous avons ap­pris notre mé­tier en ob­serv ant notre grand-père et no­tr e père. Ils v eillaient au grain avec dou­ceur, sans for­cé­ment te­nir de grands dis­cours. Par­fois, un conseil ou un re­gard suf­fi­saient. C’était de la pé­da­go­gie fon­dée sur la confian­ceet l’in­tel­li­gence » , se sou­vient Anne-Sophie. Quand les fon­da­tions sont so­lides, il est plus ai­sé d’avan­cer sans prendre des risques ex­ces­sifs. Ce­la, Anne-Sophie et Bé­ran­gère savent le faire. Elles ont fait évo­luer la gamme, créé des ro­sés d’as­sem­blages, des blancs de blancs, tout en pre­nant soin de lais­ser vieillir les vieux mil­lé­simes en mag­nums. « Nous goût ons tou­jours avec un im­mense bon­heur ces fla­cons qui dé­passent, pour cer­tains, les vingt ans d’âge » .

L’or des sa­veurs

Les deux soeurs se sont no­tam­ment rap­pro­chées de la mai­son… Jean Thier­ce­lin, un spé­cia­liste du sa­fran à Pa­ris. « C’est une pure ho­mo­ny­mie

mais une vr aie ou­ver­ture com­mer­ciale » , re­lève Anne-Sophie. Fon­dée en 1809, la mai­son Thier­ce­lin a ou­vert en 1995 sa pre­mière bou­tique de dé­tail dans la ca­pi­tale, rue de la Mi­cho­dière. Elle tra­vaille au­jourd’hui avec de grands noms de la res­tau­ra­tion qui uti­lisent cette épice des cinq sens culti­vée dans le Kho­ra­san ira­nien, pro­vince du poète Omar Khayyam. « Le sa­fran, comme le cham­pagne, ren­voie à l’his­toire d’hommes et de femmes dé­voués à sa culture et qui ont consa­cré d’im­menses ef­forts afin que cette dé­li­cate fleur ne dis­pa­raisse pas et conti­nue de nous of­frir une le­çon d’har­mo­nie gus­ta­tive et de sa­gesse ». S’il par­ti­cipe à l’or de la cui­sine, le sa­fran Jean Thier­ce­lin offre aus­si de bien jo­lies cor­res­pon­dances avec le cham­pagne épo­nyme. Car la gamme des vins peut s’as­so­cier avec beau­coup de plats dont ceux du chef Oli­vier Sco­la, au­teur d’un ou­vrage re­mar­quable sur le sa­fran et qui vient d’ou­vrir son res­tau­rant, Ze Bis­trot, à Aix-en-Pro­vence. « Nous al­lons lan­cer de nom­breuses nou­veau­tés, com­mente Bé­ran­gère. Une de­mi-bou­teille blancs de noir s, qui c or­res­pond à une de­mande crois­sante, de­vrait ain­si être com­mer­cia­li­sée en 2015 ». L’ha­billage des fla­cons a éga­le­ment été mo­di­fié, en par­ti­cu­lier ce­lui des mil­lé­simes. En outre, le site In­ter­net vient de su­bir un sé­rieux lif­ting et un nou­vel es­pace d’ac­cueil doit voir le jour à Mous­sy. « Le c ou­rant est bien pas sé avec l’agence de com­mu­ni­ca­tion pa­ri­sienne avec la­quelle nous pré­pa­rons des opé­ra­tions au­tour du pa­cka­ging » , ajoute Anne-Sophie. En­fin, les deux soeurs jouent la carte de leur com­pli­ci­té par l’image. Dont la pho­to. « Nous ne sommes pas t ou­jours d’ac­cord sur tout. Mais n o us par­ve­nons tou­jours à nous en­tendre sur l’es­sen­tiel » , as­surent en choeur les jeunes femmes sym­boles de la gé­né­ra­tion mon­tante, dis­tin­guée et dé­con­trac­tée de la Cham­pagne vi­ti­cole.

Cham­pagne Thier­ce­lin, 50-54, rue du 11 No­vembre. 51530 Mous­sy. Tél. 03.26.55.02.46. www.cham­pagne-thier­ce­lin.fr

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