À Es­soyes, du cô­té des Re­noir

L’Aube en fête pour cé­lé­brer le peintre qui sé­jour­na pen­dant près de trente ans à Es­soyes. 10 oeuvres de l’ar­tiste as­so­ciées à 10 cham­pagnes du dé­par­te­ment.

Bulles & Millesimes - - SOMMANAIRE - Par Ro­ger Pour­teau.

Branle-bas de com­bat cultu­rel, ar­tis­tique et tou­ris­tique dans l’Aube où 2017 se­ra « l’an­née Re­noir ». Un hommage jus­ti­fié ren­du au chantre de l’im­pres­sion­nisme qui, pen­dant près de 30 ans, est ve­nu « pay­san­ner » à Es­soyes, un vil­lage pit­to­resque de la Côte des Bar où il pas­sait l’été avec toute sa fa­mille. Le maire de la com­mune vi­ti­cole, Alain Cin­trat, a même re­bap­ti­sé son fief du nom de « Vil­lage des Re­noir » tant ce­lui-ci a été im­pré­gné par la pré­sence du peintre qui a vé­cu en ce lieu « une pé­riode fé­conde de son art » .

C’est à sa femme, Aline Cha­ri­got qu’il épou­sa en 1890, que le Li­mou­geaud Pierre-Au­guste Re­noir doit d’avoir ren­con­tré Es­soyes. Car elle était ori­gi­naire de ce vil­lage bor­dé par la pai­sible ri­vière Ource, dont le peintre di­sait que la lu­mière de ses eaux est « de l’ar­gent en fu­sion » . Six ans après son ma­riage, le couple avait ache­té une an­cienne pe­tite mai­son de vi­gne­rons et c’est au fond du jar­din que l’ar­tiste ins­tal­la son ate­lier. Le ca­rac­tère pai­sible du bourg, la beau­té et le charme des pay­sages lui ont ins­pi­ré quelques-unes des plus belles de ses oeuvres.

Ou­ver­ture de la mai­son du peintre

Dé­cé­dé en 1919, dans sa mai­son de Cagnes-sur-Mer, Re­noir a choi­si de re­po­ser dans le pe­tit ci­me­tière d’Es­soyes plu­tôt qu’à Nice d’où ses cendres furent trans­fé­rées trois ans plus tard se­lon ses sou­haits. Il y re­pose en com­pa­gnie de deux de ses fils, deux cé­lé­bri­tés du grand écran : Jean, le ci­néaste mon­dia­le­ment connu, réa­li­sa­teur entre autres de « Par­tie de cam­pagne » « La grande illu­sion » ou « La règle du jeu », mais aus­si Pierre, l’ac­teur. Le troi­sième fils des Re­noir, Claude, dit « Co­co » a été cé­ra­miste et il re­pose éga­le­ment à Es­soyes, à cô­té de sa mère.

L’un des deux grands évè­ne­ments de l’an­née Re­noir, se­ra l’ou­ver­ture au pu­blic, à par­tir du 3 juin pro­chain, de la mai­son fa­mi­liale. La com­mune, en ef­fet, qui or­ga­ni­sait dé­jà un site cultu­rel et ar­tis­tique au­tour des Re­noir, la­bel­li­sé « Vi­gnobles et Dé­cou­vertes » a ra­che­té et res­tau­ré il y a quatre ans la cé­lèbre mai­son. La fa­mille re­pré­sen­tée par Ma­dame So­phie Re­noir ayant don­né la prio­ri­té au pro­jet des Es­soyens. Cinq pièces, dont la cui­sine, se­ront ou­vertes aux vi­si­teurs et deux oeuvres du maître, prê­tées par les Mu­sées des Beaux-Arts de Bor­deaux et de Rouen se­ront vi­sibles jus­qu’au 24 sep­tembre : « Le Pe­tit Pont » et « Jeune fille au mi­roir ».

50 ta­bleaux ex­po­sés à Troyes

Se­cond évè­ne­ment : une Ex­po­si­tion au Mu­sée d’Art Mo­derne de Troyes (du 17 juin au 17 sep­tembre) qui réuni­ra une cin­quan­taine d’oeuvres, dont « Le dé­jeu­ner des ca­no­tiers », prê­tées par quinze mu­sées. Dont le Mu­sée Pi­cas­so, détenteur de ta­bleaux de Re­noir ayant ap­par­te­nu au peintre-sculp­teur. L’Ex­po­si­tion se­ra thé­ma­tique (cinq sec­tions), le pre­mier vo­let étant consa­cré aux por­traits, en par­ti­cu­lier ceux des femmes. Aline Cha­ri­got son épouse, bien sûr, mais éga­le­ment Ga­brielle Re­nard, née elle aus­si à Es­soyes, nour­rice de Jean Re­noir, mo­dèle pré­fé­ré du peintre (et plus si af­fi­ni­tés !). « Ga­brielle à la rose », c’est elle. L’oeuvre ap­par­tient au Mu­sée d’Or­say mais elle se­ra pré­sente à Troyes.

Une mul­ti­tude d’autres ma­ni­fes­ta­tions (confé­rences, ex­pos en tous genres, vi­sites gui­dées, ci­né­ma, spec­tacles, guin­guettes, pique-niques géants, etc.) fi­gurent au pro­gramme de l’An­née Re­noir. Mais on au­rait garde d’ou­blier que l’Aube est en Cham­pagne et qu’Es­soyes est en­tou­rée d’un vi­gnoble de plus de 400 ha ma­jo­ri­tai­re­ment plan­té en pi­not noir. Au­guste Re­noir, d’ailleurs, ai­mait bien « ce pe­tit vin de pays ». Sans doute s’agis­sait-il alors de ce vin rouge que les grandes marques ache­taient dans la ré­gion pour co­lo­rer leurs cham­pagnes ro­sés. Le peintre a-t-il, lui-même, goû­té au « vin des sacres » ? Rien ne le prouve.

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10 oeuvres d’art pour 10 cham­pagnes

Quoi qu’il en soit, les bulles cham­pe­noises et spé­cia­le­ment celles de l’Aube sont au pro­gramme de la fête à Re­noir sous une forme très ori­gi­nale. A l’ini­tia­tive de la mu­ni­ci­pa­li­té d’Es­soyes, l’un de ses ad­joints, Phi­lippe Tal­bot, qui est aus­si oe­no­logue, a consti­tué un Co­mi­té de dé­gus­ta­tion sous le par­rai­nage de Mme So­phie Re­noir qui s’est réuni dans la mai­son même du peintre. Ob­jec­tif : sé­lec­tion­ner dix cham­pagnes d’ex­cep­tion pour ac­cor­der cha­cun d’entre eux à une oeuvre du peintre.

Ré­sul­tats de ce dé­li­cat exer­cice de style : la Cu­vée Re­noir de Ch­ris­tian Se­nez, à Fon­tette, voit son Brut fin, élé­gant et sé­duc­teur, as­so­cié à « Danse à la ville » (1883) qui réunit un couple vê­tu de blanc et de noir ; « La mai­son de Re­noir vue du jar­din » (1906), elle, co­ha­bite avec la Cu­vée Sainte Ger­maine du cham­pagne De Bar­fon­tarc, à Ba­ro­ville, un mil­lé­si­mé dont la robe jaune or rap­pelle les cou­leurs chaudes du ta­bleau ; le cham­pagne Charles Col­lin, qui tient bou­tique à Es­soyes, hé­rite avec la Belle Cu­vée Ga­brielle d’une al­liance sou­hai­tée avec « Ga­brielle et Jean » (1896), l’oeuvre qui réunit la nour­rice pré­fé­rée du peintre et son fils aî­né ; dans « La ba­lan­çoire » (1876) les ex­perts ont fait un rap­pro­che­ment entre la jeune fille du ta­bleau et la Cu­vée Ma­rion, un pur char­don­nay de Thier­ry Mer­cu­zot, à Es­soyes. Quant au nu « Torse, ef­fet de so­leil » (1875), sa fraî­cheur est as­so­ciée au Brut Ex­cep­tion de Jacques De­france, à Ri­ceys-Bas.

Les ron­deurs de la Grande Sen­drée, la cu­vée de pres­tige des

Drap­pier, à Ur­ville, ne pou­vait pas avoir meilleur par­te­naire que « Danse à la cam­pagne » (1883) qui nous fait dé­cou­vrir Aline, l’épouse de Re­noir ; la Cu­vée So­le­ra, un as­sem­blage de mul­tiples millésimes de R.Du­mont et fils, à Cham­pi­gnol-lez-Mon­de­ville, ba­ti­fole dans le « Che­min mon­tant dans

les hautes herbes » (1876) ; alors que le Rosé tout en dou­ceur de la co­opé­ra­tive Chas­se­nay d’Arce, à Ville-sur-Arce, se re­trouve dans le beau vi­sage de la « Fille aux pâ­que­rettes » (1889) ; quand au cé­lèbre « Dé­jeu­ner des ca­no­tiers » (1880), la mul­ti­tude de ses per­son­nages se re­trouve dans la Cu

vée Louis-Aris­tide de Ré­my Mas­sin et fils, à Ville-sur-Arce puis­qu’elle est is­sue d’une mul­ti­tude de ven­danges de pi­not noir ; en­fin, pour es­cor­ter « Les fraises » (1905), quoi de mieux que le rosé aux arômes de ga­ri­guettes éla­bo­ré par le cham­pagne Ri­char­dot, à Loches-sur-Ource ?

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