Es­ca­pade au Por­tu­gal

Des­ti­na­tion si proche et pour­tant si dé­pay­sante, l’Alen­te­jo re­cèle des tré­sors et des lieux en­core in­con­nus où le re­gard du voya­geur se perd et s’émer­veille.

Campagne Décoration - - SOMMAIRE - Texte : Stéphanie Boi­teux Gal­lard – Pho­toS : Bru­no Wa­rion

La découverte du nord de l’Alen­te­jo, à en­vi­ron 2 heures de route de­puis Lis­bonne ou Sé­ville, pro­cure un grand dé­pay­se­ment. Aux confins du Parque Na­tu­ral da Ser­ra de São Ma­mede, chaîne de mon­tagnes gra­ni­tiques, le pay­sage al­terne vil­lages per­chés en haut de la fa­laise – Marvão, Cas­te­lo de Vide –, val­lons, où châ­teaux forts, jar­dins moyen­âgeux et ruelles im­ma­cu­lées com­posent un pa­tri­moine in­éga­lable. Les villes his­to­riques, la na­ture pré­ser­vée qui les en­toure, la qua­li­té de sa gastronomie en font un lieu en de­hors du temps et du tou­risme de masse. La moi­tié nord de l’Alen­te­jo – lit­té­ra­le­ment « au-de­là du Tage » – est un joyau mé­dié­val. Entre le xiie et le xviie siècle, le ter­ri­toire coin­cé entre le Sud mu­sul­man et l’Es­pagne a été fon­da­men­tal pour la construc­tion de l’identité et les frontières du Por­tu­gal. Il suf­fit d’évo­quer l’ordre des Hos­pi­ta­liers, puis l’ordre de Malte, dont Cra­to est le ber­ceau, ou El­vas, la plus grande for­te­resse mi­li­taire à douves sèches au monde, clas­sée en 2012 au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té. De­puis Cra­to, où la créa­trice de Siècle, Ma­ri­sa Oso­rio Fa­ri­na, a amé­na­gé une mai­son d’hôtes en ré­in­ter­pré­tant la dé­co­ra­tion tra­di­tion­nelle des mai­sons sei­gneu­riales por­tu­gaises, il faut rendre vi­site au dol­men de Ta­padão, clas­sé Mo­nu­ment na­tio­nal en 1910, et ad­mi­rer la for­te­resse de Flor da Ro­sa, au­jourd’hui trans­for­mée en hô­tel. À une ving­taine de ki­lo­mètres, la ville de Por­ta­legre, d’une grande ri­chesse ar­chi­tec­tu­rale, où le style ba­roque est do­mi­nant, est aus­si connue comme la ville aux sept cou­vents, le plus im­pres­sion­nant étant ce­lui de São Ber­nar­do. Le mu­sée de la Ta­pis­se­rie où sont ex­po­sées, entre autres, des oeuvres de Jean Lur­çat et Le Cor­bu­sier, est in­con­tour­nable. Plus au nord, la ville de Marvão, cer­née de mu­railles et per­chée sur un ro­cher à 860 mètres d’al­ti­tude, est l’un des bi­joux du Por­tu­gal. Un peu plus loin, Cas­te­lo de Vide, ci­té mé­dié­vale for­ti­fiée au dé­dale d’étroites ruelles abri­tant le plus im­por­tant en­semble de portes ogi­vales des xive et xve siècles du pays, ain­si que le quar­tier juif le mieux pré­ser­vé du Por­tu­gal. Son eau ther­male, connue de­puis l’An­ti­qui­té, jaillit des fon­taines qui ja­lonnent la ville. Riche d’un pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral, le nord de l’Alen­te­jo est aus­si ré­pu­té pour ses nobles pay­sages mé­lan­geant vi­gnobles ré­pu­tés et les plus grandes plan­ta­tions de chênes-lièges du monde. Son cli­mat par­ti­cu­lier fa­vo­rise une flore et une faune va­riées, dont beau­coup d’oi­seaux. Cô­té gastronomie, sa­veurs fortes et au­then­tiques sont ici étroi­te­ment liées à la terre, à ce qu’elle pro­duit. Les porcs noirs à la viande in­com­pa­rable se nour­rissent es­sen­tiel­le­ment de glands, éle­vés au mi­lieu des chênes-lièges et des chênes verts. Beau­coup de cé­pages ont échap­pé à l’ar­ra­chage sys­té­ma­tique du dé­but du xxe siècle et l’al­ti­tude ain­si que l’aci­di­té des sols gra­ni­tiques en font un ter­roir unique par­mi les vins du Por­tu­gal. À voir sans mo­dé­ra­tion !

Splen­deur Per­du dans la cam­pagne, le bar­rage de Po­voa, au nord-ouest de Cas­te­la de Vide, au cou­cher du so­leil.

Vue Plon­geante Cas­te­lo de Vide, de­puis la route de la mon­tagne. La ville a aus­si le quar­tier juif le mieux pré­ser­vé du Por­tu­gal. La Rua das Es­pi­no­zas évoque le cé­lèbre phi­lo­sophe du xviie siècle, fils d’un ha­bi­tant.

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