Les plaids de Rø­ros Tweed

À Rø­ros, ville « de bout du monde » ni­chée dans un val­lon de l’est de la Nor­vège, sur­vit une longue tra­di­tion tex­tile au­tour du tra­vail de la laine. Rø­ros Tweed est l’une des der­nières fi­la­tures d’Eu­rope. Un pa­tri­moine aus­si pré­cieux que raf­fi­né.

Campagne Décoration - - SOMMAIRE - Texte : Do­mi­nique Homs — Pho­tos : Bas­tide images ro­rost­weed.com in­no­va­tion­nor­way.no

Ins­crite au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té de­puis 1980, Rø­ros n’est pas une ville comme les autres. Au xviie siècle, toute la vie s’y ar­ti­cule au­tour des mines de cuivre. Les hommes y tra­vaillent et y meurent, les femmes, elles, res­tent aux pâ­tu­rages avec les trou­peaux. Les qua­tre­vingts mai­sons de bois, construites en 1679 (après la des­truc­tion to­tale de la ville par les troupes sué­doises), gardent en elles l’his­toire de cette so­cié­té, où la pau­vre­té fait loi. Tou­ché par la mi­sère des po­pu­la­tions, Pe­der Hiort, di­rec­teur de l’usine lo­cale, lègue toute sa for­tune pour en amé­lio­rer la qua­li­té de vie. Une fon­da­tion, des­ti­née à l’ap­pren­tis­sage des mé­tiers du tex­tile, voit le jour, po­sant les bases de ce qui de­vien­dra, plu­sieurs siècles plus tard, la fa­brique Rø­ros Tweed. Celle-ci ouvre ses portes en 1939 comme ma­nu­fac­ture de vê­te­ments fa­bri­qués à la main. En 1977, le va-et-vient des mi­neurs en quête du pré­cieux mi­ne­rai s’ar­rête dé­fi­ni­ti­ve­ment. Les mines ferment, une page se tourne. Rø­ros Tweed s’ouvre peu à peu à la fa­bri­ca­tion de cou­ver­tures en laine. Dans les an­nées 1950 à 70, la Nor­vège et l’in­dus­trie tex­tile ne font qu’un, mais avec l’ar­ri­vée des mar­chan­dises chi­noises, les ma­nu­fac­tures ferment les unes après les autres. Rø­ros Tweed se re­struc­ture, axant son sa­voir-faire sur les tech­no­lo­gies ac­tuelles. Las­sée de la mau­vaise qua­li­té chi­noise, la clien­tèle ne veut plus de la mé­dio­cri­té et n’hé­site plus à in­ves­tir dans le beau et le du­rable. Rø­ros Tweed joue la carte de son dé­ve­lop­pe­ment dans le pro­duit de luxe et le haut de gamme. La laine pro­vient d’agneaux nor­vé­giens sé­lec­tion­nés par la mai­son. Elle est choi­sie en trois qua­li­tés (il en existe six) pour la grande lon­gueur de ses fibres, in­dis­pen­sable à la fa­bri­ca­tion des cou­ver­tures, afin de leur don­ner le vo­lume né­ces­saire à une ex­cel­lence ther­mique. En Nor­vège, il ne fait pas chaud l’hi­ver ! Pa­ri tech­nique réus­si. Il ne man­quait plus que l’en­trée en scène de de­si­gners pour don­ner à la mai­son un nou­vel es­sor au-de­là des fron­tières. Pa­ri créa­tif réus­si. L’agence Snø­het­ta d’Os­lo (ar­chi­tecte du nou­veau siège du jour­nal Le Monde à Pa­ris), les Nor­vé­giens Kris­tine Five Melvær et Elle Melle, le grou­pe­ment Scan­di­na­vian Sur­face, la Fran­çaise In­ga Sem­pé ou en­core l’agence de de­si­gn An­ders­sen & Voll signent des col­lec­tions qui as­so­cient sa­voir-faire et créa­ti­vi­té contem­po­raine dans une os­mose par­faite. Si les grands clas­siques tra­di­tion­nels font tou­jours re­cette, les co­lo­ris et les gra­phismes plus re­cher­chés des ar­tistes s’as­so­cient à tous les in­té­rieurs et s’ex­portent ai­sé­ment. Avec ses pro­duits « 100% Nor­way » d’une qua­li­té ex­cep­tion­nelle, Rø­ros Tweed nour­rit l’es­poir de ve­nir pro­chai­ne­ment s’ex­po­ser au sa­lon Mai­son et Ob­jet. En at­ten­dant, on trouve quelques-unes de ses créa­tions au deuxième étage du Bon Mar­ché, à Pa­ris.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.