CHARME SE­CRET

C’est dans le quar­tier Mau­bert, dans ce coin qu’ils qua­li­fient de « pro­vince au coeur de Pa­ris » qu’Ivan Pe­ri­co­li et Be­noît As­tier de Villatte, créa­teurs de la mai­son As­tier de Villatte, ont fa­çon­né un lieu au chic dis­cret et au raf­fi­ne­ment désuet.

Campagne Décoration - - INSPIRÉ - Texte : Lau­rine Abrieu – Pho­tos : Ju­lie An­siau

«Il y a trois lieux dans cet im­meuble », ex­plique Ivan. « Be­noît y a son ap­par­te­ment, j’y ai le mien et, au mi­lieu, nous avons ce lieu en com­mun. » Une chambre, un sa­lon, une cui­sine et une pe­tite salle de bains com­posent l’in­té­rieur. Si, à la base, il s’agit d’un es­pace de tra­vail où ils or­ga­nisent des réunions et des dî­ners, les gar­çons – ama­teurs de belles choses – ont pen­sé le lieu pour y ac­cueillir amis, col­la­bo­ra­teurs ou en­core ar­tistes de pas­sage dans la ca­pi­tale. Une an­nexe de choix qui n’a ce­pen­dant pas tou­jours été pour­vue du charme sur­an­né qu’on lui connaît au­jourd’hui. « Avant, l’ap­par­te­ment était oc­cu­pé par une agence de voyages qui y lo­geait des guides de l’ex­trême à leur re­tour du Pôle Nord ou de l’Ama­zo­nie », ra­conte Be­noît. « L’en­tre­prise avait énor­mé­ment abî­mé les lieux en ins­tal­lant de faux plan­chers, des cloi­sons en verre et des lu­mières af­freuses. Nous avons to­ta­le­ment cu­re­té l’es­pace pour re­trou­ver l’es­prit d’ori­gine de l’ap­par­te­ment. » De fait, des to­mettes an­ciennes du xviie siècle se sont ré­vé­lées sous le sol ver­ni, et der­rière les murs gros­siè­re­ment dou­blés se sont dé­voi­lées des sur­faces en ma­çon­ne­rie de pierre qu’Ivan et Be­noît ont dé­ci­dé de ba­di­geon­ner à la chaux. Quant au faux pla­fond, il dis­si­mu­lait une poutre d’époque que le duo a sor­ti de l’ombre. Cô­té dé­co ? Le goût est sûr. « Nous ne cher­chons pas for­cé­ment à meu­bler ou à dé­co­rer, on met sim­ple­ment les choses que l’on trouve sur le mo­ment », pré­cise Be­noît. « Un jour, nous al­lons rap­por­ter une ban­quette des puces, le len­de­main, ce se­ra autre chose à un autre en­droit. Nous avons ras­sem­blé ici les pièces que nous ai­mons et qui s’ac­cordent par­fai­te­ment dans ce ma­gni­fique es­pace, avec ce beau vo­lume. » À mille lieues des contraintes sty­lis­tiques en­nuyeuses, Be­noît et Ivan pré­fèrent les ob­jets aux his­toires cu­rieuses, un peu re­lé­guées, bor­der­line ou mal­me­nées, qui portent en elles un charme se­cret. C’est ain­si que, po­sée sur des tré­teaux, une porte ré­cu­pé­rée dans les an­ciennes écu­ries de l’ab­baye de Saint-Ger­main-des-Prés fait of­fice de table à man­ger. Aux murs, les ta­bleaux sont si­gnés Ivan Pe­ri­co­li et Be­noît As­tier de Villatte. L’une des toiles a même été peinte par le père de Be­noît. « On nous de­mande sou­vent si c’est un Bal­thus, mais non », s’amuse ce der­nier. Le tout, na­tu­rel­le­ment mis en va­leur par une lu­mière d’ate­lier un peu clas­sique, qui pé­nètre dans l’es­pace par de hautes et grandes fe­nêtres. « Ce sont un peu les fe­nêtres de Ver­meer, am­biance

xviie », si­gni­fie Ivan. Chic, tou­jours.

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