Le mar­ché « bio » at­tise les gros ap­pé­tits

Carto - - SOMMAIRE - J. ca­my

La fi­lière bio­lo­gique dans l’agriculture est en pleine ex­pan­sion dans toute l’Eu­rope. Les fermes dites « bio » se mul­ti­plient, et les terres agri­coles du même genre s’agran­dissent. Sou­cieux de leur san­té, les consom­ma­teurs se tournent de plus en plus vers ce mode de pro­duc­tion at­ten­tif à l’en­vi­ron­ne­ment. Quant aux ac­teurs de la grande dis­tri­bu­tion, ils ont in­ves­ti ce mar­ché pro­fi­table, réa­li­sant des marges plus im­por­tantes.

Dans les 28 membres de l’Union eu­ro­péenne (UE), les sur­faces agri­coles utiles (SAU) des­ti­nées à l’agriculture bio­lo­gique ont aug­men­té de 9,2 % entre 2014 et 2015, at­tei­gnant 11,2 mil­lions d’hec­tares, tan­dis que le nombre de fermes (268 665) a pro­gres­sé de 4,7 %. Les meilleurs élèves ne sont pas for­cé­ment ceux que l’on croit. L’Au­triche est le pays qui consacre la plus grande part de son ter­ri­toire agri­cole à l’ex­ploi­ta­tion bio­lo­gique (21 % en 2015), et l’Es­pagne ce­lui avec la plus grande SAU bio (1,96 mil­lion d’hec­tares). Si la France est dans le pe­lo­ton de tête concer­nant les sur­faces culti­vées bio avec 1,54 mil­lion d’hec­tares et 5,7 % de sa SAU en bio en 2016, elle reste en des­sous de la moyenne eu­ro­péenne (6,2 %).

UN MAR­CHÉ DY­NA­MIQUE, MAIS CIR­CONS­CRIT

Se­lon les pays, l’évo­lu­tion ne se fait pas à la même vi­tesse. L’Es­pagne a mul­ti­plié par 5 sa SAU consa­crée au bio en quinze ans. Le re­cord re­vient aux pays baltes qui, du­rant la même pé­riode, ont mul­ti­plié leurs sur­faces culti­vées bio par 32,4 ! Les pro­gres­sions de l’agriculture bio al­le­mande et sué­doise ont été plus ré­gu­lières. En France, la pro­gres­sion est re­mar­quable de­puis 2010. Quant au Royaume-Uni, sa SAU bio ne connaît pas le suc­cès de ses voi­sins eu­ro­péens, avec une baisse de­puis 2012. Ain­si, mal­gré le contexte éco­no­mique dif­fi­cile, le mar­ché eu­ro­péen du bio est dy­na­mique, mais se cir­cons­crit dans sa ma­jo­ri­té à quelques membres de l’UE. Six re­groupent à eux seuls 62 % des sur­faces agri­coles eu­ro­péennes et 69 % des fermes : l’Ita­lie, l’Es­pagne, l’Al­le­magne, la France, la Po­logne et l’Au­triche. L’Al­le­magne (14 280), la France (9 764) et l’Ita­lie (7 061) re­pré­sentent 64 % des pré­pa­ra­teurs bio eu­ro­péens en 2015, et 70% des pro­duits bio consom­més en 2014 (avec le Royaume-Uni). L’Al­le­magne est de loin le plus gros mar­ché de­vant la France, tan­dis que le sué­dois est le plus dy­na­mique avec une hausse de 38 % en 2014 et 39 % en 2015. En France, le pour­tour mé­di­ter­ra­néen dé­tient la plus grande part de SAU bio avec 19,4 % de sa SAU to­tale, et la ré­gion Oc­ci­ta­nie le plus grand nombre de fermes bio. Au to­tal, 118 000 em­plois di­rects en 2016 sont liés à l’ac­ti­vi­té bio­lo­gique,

en pro­gres­sion de 8,4 % en quatre ans. La pro­duc­tion ani­male bio­lo­gique est aus­si en forte hausse en France, avec 13,7% de hausse entre 2015 et 2016. L’ex­ploi­ta­tion de bre­bis bé­né­fi­cie de la plus forte pro­gres­sion (+23% de bre­bis lai­tières), tan­dis que les abeilles et les poules pon­deuses res­tent les es­pèces les plus bio.

UN MAR­CHÉ FRAN­ÇAIS JU­TEUX

La consom­ma­tion fran­çaise à do­mi­cile de pro­duits bio a aug­men­té entre 2015 et 2016 de 21,7% avec 6,746 mil­liards d’eu­ros, et est pra­ti­quée ma­jo­ri­tai­re­ment dans les grandes et moyennes sur­faces (44,9%) et chez les dis­tri­bu­teurs spé­cia­li­sés (37,1 %). Le cir­cuit court par la vente di­recte re­pré­sente 13,2 % du mar­ché et, s’il est en hausse (15,1 %), la crois­sance est plus forte dans la grande et moyenne dis­tri­bu­tion (22,5 %) et chez les dis­tri­bu­teurs spé­cia­li­sés (23,7 %). L’ex­por­ta­tion des pro­duits bio fran­çais en 2016 a connu une aug­men­ta­tion de 14% avec les vins, qui re­pré­sentent deux tiers des ex­por­ta­tions bio fran­çaises en va­leur. De­vant un tel dy­na­misme, pas éton­nant que ce­la ait ai­gui­sé l’ap­pé­tit de la grande dis­tri­bu­tion. En août 2017, l’as­so­cia­tion UFC-Que Choi­sir a pu­blié une étude qui dé­montre que les grandes et moyennes sur­faces se sont ser­vies des pro­duits bio pour pra­ti­quer des marges plus im­por­tantes sur les fruits et lé­gumes (1). Les en­quê­teurs ont étu­dié pen­dant un an (mai 2016mai 2017) les prix de 24 pro­duits (poi­reaux, me­lons, pommes, to­mates…) dans 150 éta­blis­se­ments. Un pa­nier bio an­nuel coûte en­vi­ron 660 eu­ros, soit presque deux fois plus cher qu’un pa­nier tra­di­tion­nel (368). Ce­la cor­ro­bore l’idée gé­né­ra­li­sée que le bio est cher. Ain­si, par­tant du prin­cipe que la po­pu­la­tion sait que le bio est plus coû­teux, la grande dis­tri­bu­tion en au­rait-elle pro­fi­té pour aug­men­ter ses marges ? C’est ce que semble mettre à jour cette étude. Les grandes et moyennes sur­faces payent les fruits et lé­gumes des pro­duc­teurs bio plus cher (un sur­coût jus­ti­fié par les agri­cul­teurs par la spé­ci­fi­ci­té de cette agriculture), mais l’as­so­cia­tion montre que 46% du sur­coût fi­nal est dû aux marges de la grande dis­tri­bu­tion. Par exemple, un ki­lo­gramme de pommes bio ache­té 1,83 eu­ro (contre 0,89 eu­ro pour la tra­di­tion­nelle) au pro­duc­teur bio se re­ven­dra 3,85 eu­ros (contre 1,66 eu­ro) avec une marge de 110 % contre 86% avec la pomme conven­tion­nelle. Chez la to­mate bio, la marge du dis­tri­bu­teur est de 132 %, contre 81 % pour une to­mate nor­male. Dès lors, même si l’on a pu consta­ter la sta­bi­li­té des prix des fruits (+0,1%) et lé­gumes (+3%) bio en 2017 (2), rem­plir son pa­nier bio conti­nue de coû­ter trop cher et reste une vé­ri­table ga­geure, car, en plus de ce coût éle­vé, l’offre de pro­duits bio est trop faible en grands ma­ga­sins. Pour 43 % des cas, il est im­pos­sible de trou­ver à la fois une to­mate et une pomme bio dans un même ma­ga­sin et, pour 23 %, au­cun des deux.

NOTES

(1) UFC-Que choi­sir, « Fruits et lé­gumes bio : Les sur-marges de la grande dis­tri­bu­tion », 29 août 2017. (2) Fa­milles ru­rales, Ob­ser­va­toire des prix « Fruits et lé­gumes » 2017, 24 août 2017.

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