Les grandes ba­tailles

Carto - - SOMMAIRE - Par Hé­lène Har­ter

Avril 1917-no­vembre 1918 : les États-unis dans la Grande Guerre

Si la Pre­mière Guerre mon­diale est res­tée dans les mé­moires comme un conflit de tran­chées sur le conti­nent eu­ro­péen (cf. carte 1), elle reste à ca­rac­tère in­ter­na­tio­nal. Se sen­tant me­na­cés par le Reich, les États-Unis dé­cident fi­na­le­ment de com­battre à par­tir du prin­temps 1917, et l’océan At­lan­tique de­vient une zone de guerre (cf. carte 2). Tar­dive, cette contri­bu­tion se­ra néan­moins dé­ter­mi­nante pour la victoire des Al­liés.

Le 6 avril 1917, les États-Unis dé­clarent la guerre à l’Em­pire al­le­mand. Les me­naces que fait pe­ser l’Al­le­magne sur leur sé­cu­ri­té, no­tam­ment la re­prise de la guerre sous-ma­rine à ou­trance, les conduisent à aban­don­ner leur neu­tra­li­té. Les Al­liés es­pèrent beau­coup des Amé­ri­cains : des prêts pour fi­nan­cer une guerre d’une am­pleur sans pré­cé­dent qui met à mal les fi­nances pu­bliques, mais aus­si l’en­voi d’un corps ex­pé­di­tion­naire pour faire face aux ar­mées des em­pires cen­traux me­na­çant de les sub­mer­ger. La contri­bu­tion éco­no­mique des Amé­ri­cains se ma­té­ria­lise ra­pi­de­ment et de ma­nière dé­ter­mi­nante. Son vo­let mi­li­taire met, lui, plus de temps à faire sen­tir ses ef­fets.

DE JEUNES CONSCRITS INEXPÉRIMENTÉS

En 1917, l’ar­mée de terre amé­ri­caine ne compte que 127588 sol­dats. Pour es­pé­rer faire la dif­fé­rence sur le champ de ba­taille, le pré­sident Woo­drow Wil­son (1913-1921) dé­cide de rompre avec les tra­di­tions mi­li­taires et de re­cou­rir mas­si­ve­ment à la conscription. En quelques mois, les ef­fec­tifs de l’ar­mée sont por­tés à quatre mil­lions d’hommes, la moi­tié d’entre eux étant en­voyés en France (cf. carte 3). De longues se­maines sont né­ces­saires pour mo­bi­li­ser, équi­per, for­mer puis dé­ployer le corps ex­pé­di­tion­naire com­man­dé par le gé­né­ral John Per­shing

(1860-1948). Il faut aus­si ré­gler la ques­tion de son sta­tut. Les Al­liés sou­haitent l’amal­game de ces troupes in­ex­pé­ri­men­tées sous leurs ordres, les Amé­ri­cains ré­clament un com­man­de­ment in­dé­pen­dant. L’ar­mée amé­ri­caine com­mence à être opé­ra­tion­nelle sur le front au dé­but de l’an­née 1918. C’est un sou­la­ge­ment pour les Al­liés qui re­doutent une of­fen­sive mas­sive des Al­le­mands au prin­temps, le re­trait des Russes de la guerre per­met­tant de ra­pa­trier de nom­breux sol­dats al­le­mands sur le front ouest. Les sol­dats de la pre­mière division amé­ri­caine (DIUS) sont les pre­miers à être ex­po­sés au feu. Ils sont dé­ployés en Mo­selle sous le com­man­de­ment du VIIe corps d’ar­mée fran­çais. Les opé­ra­tions se li­mitent dans les pre­miers temps à des es­car­mouches. La si­tua­tion change ra­di­ca­le­ment le 21 mars 1918 lorsque le gé­né­ral Erich Lu­den­dorff (1865-1937) dé­clenche une of­fen­sive ma­jeure qui marque le re­tour de la guerre de mou­ve­ment (cf. CARTE 4). La si­tua­tion est si cri­tique que les Al­liés doivent re­dé­ployer des sol­dats amé­ri­cains dans la Somme pour conte­nir le front qui a été en­fon­cé. Le 9 avril, ils doivent faire face à une deuxième of­fen­sive dans les Flandres. Il faut ac­cé­lé­rer le dé­ploie­ment des Amé­ri­cains pour es­pé­rer conte­nir l’of­fen­sive al­le­mande. On attend des sol­dats amé­ri­cains qu’ils com­pensent par leur nombre leur manque d’ex­pé­rience. Les Amé­ri­cains s’y em­ploient : 60 000 hommes sup­plé­men­taires ar­rivent en mars 1918, 120000 en avril, 214000 en mai, 246500 en juillet 1918. John Per­shing avait 87000 hommes sous ses ordres en no­vembre 1917. Ils sont 700 000 au mi­lieu du mois de juin 1918.

RE­POUS­SER LES AL­LE­MANDS

L’ar­ri­vée de ces troupes re­donne l’es­poir aux Al­liés, et ce d’au­tant plus que les Amé­ri­cains peuvent se tar­guer de pre­miers suc­cès mi­li­taires, même si leur am­pleur est li­mi­tée. Le 28 mai 1918, en plein coeur de la troi­sième of­fen­sive al­le­mande, ils réus­sissent à neu­tra­li­ser l’ar­tille­rie en­ne­mie qui me­nace le saillant de Can­ti­gny, dans la Somme. Au dé­but du mois de juin, les ma­rines se dis­tinguent à Bois Bel­leau. Ils contri­buent à blo­quer sur la Marne l’avan­cée des Al­le­mands qui n’étaient plus qu’à 70 ki­lo­mètres de Paris. Le concours mi­li­taire des Amé­ri­cains com­mence à por­ter ses fruits. Ce­la de­vient en­core plus ma­ni­feste à par­tir de la mi-juillet. La qua­trième of­fen­sive al­le­mande est un échec ; dé­sor­mais, ce sont les Al­liés qui passent à la contre-of­fen­sive dans la Marne. Les Fran­çais mènent les opé­ra­tions à la tête de 16 di­vi­sions, dont pas moins de 130 000 sol­dats amé­ri­cains. Dé­but août 1918, ils réus­sissent à faire re­cu­ler le front de plu­sieurs ki­lo­mètres sur une ligne qui s’étend de Sois­sons à Reims. Cette se­conde victoire de la Marne marque le tour­nant de la guerre sur le front oc­ci­den­tal. Les Amé­ri­cains, eux, dé­montrent qu’ils ont la ca­pa­ci­té de faire la dif­fé­rence. Le gé­né­ral Per­shing dis­pose de troupes fraîches toujours plus nom­breuses quand Lu­den­dorff a épui­sé ses meilleurs hommes dans les of­fen­sives du prin­temps et a peu de ré­serves. Grâce à l’ar­ri­vée des Amé­ri­cains, le rap­port de force numérique s’in­verse en fa­veur des Al­liés au mois de juillet. Leur corps ex­pé­di­tion­naire mo­bi­lise 890 000 hommes, dont 648 000 com­bat­tants.

Cette nou­velle si­tua­tion conduit les Al­liés à au­to­ri­ser les Amé­ri­cains à for­mer une force ar­mée in­dé­pen­dante. Elle a dé­sor­mais en charge son propre sec­teur du front. Il est si­tué à l’est, entre l’Ar­gonne et la Mo­selle, aux li­mites de la Cham­pagne et de la Lor­raine. Il couvre un cin­quième du front oc­ci­den­tal.

UN AP­PORT MI­LI­TAIRE DÉ­CI­SIF

La pre­mière mis­sion de l’ar­mée amé­ri­caine consiste à ré­duire le saillant de Saint-Mi­hiel qui per­met aux Al­le­mands de contrô­ler la val­lée de la Meuse et de cou­per la route entre Paris et Nan­cy. L’at­taque est lan­cée le 12 sep­tembre. En deux jours, les Al­le­mands sont vain­cus. Même si leur ré­sis­tance a été mo­dé­rée, l’of­fen­sive gé­né­rale se pré­pare (cf. carte 5). Le 26 sep­tembre 1918, les Al­liés la lancent en quatre points du front. Les Amé­ri­cains, sou­te­nus par les Fran­çais, at­taquent entre la Meuse et l’Ar­gonne. Ils ont pour mis­sion d’en­fon­cer la ligne Hin­den­burg. Les Al­le­mands ré­sistent pied à pied face à des sol­dats amé­ri­cains peu ex­pé­ri­men­tés et af­fai­blis par l’épi­dé­mie de grippe es­pa­gnole. Le gé­né­ral Per­shing perd 45 000 hommes dans les quatre pre­miers jours de l’of­fen­sive. Les Amé­ri­cains jettent fi­na­le­ment un mil­lion d’hommes dans la ba­taille. Les Al­le­mands fi­nissent par re­cu­ler, comme ils le font sur le reste du front, et par de­man­der l’ar­mis­tice sur fond de crise po­li­tique à Ber­lin. La pers­pec­tive de l’ar­ri­vée d’un mil­lion de sol­dats amé­ri­cains sup­plé­men­taires d’ici le prin­temps 1919 ac­cé­lère leur dé­ci­sion. La force mi­li­taire amé­ri­caine fait sen­tir ses ef­fets tar­di­ve­ment, mais elle est dé­ter­mi­nante. Elle sauve les Al­liés de la dé­faite sur le front oc­ci­den­tal, puis ap­porte une contri­bu­tion si­gni­fi­ca­tive dans l’of­fen­sive fi­nale. Au mo­ment de l’ar­mis­tice du 11 no­vembre 1918, les sol­dats amé­ri­cains re­pré­sentent 31 % des forces al­liées, der­rière les Fran­çais (41 %), mais de­vant les Bri­tan­niques (28%). Ils jouent plei­ne­ment leur rôle de ré­ser­voir de troupes, mais se dis­tinguent aus­si par des ca­pa­ci­tés opé­ra­tion­nelles qui s’amé­liorent au fil des com­bats, grâce no­tam­ment à l’adap­ta­tion aux nou­velles tech­niques de la guerre (l’avia­tion, les chars, le re­cours mas­sif à l’ar­tille­rie) qui leur étaient in­con­nues jusque-là. Avec la Pre­mière Guerre mon­diale, l’ar­mée amé­ri­caine entre dans le XXe siècle.

Océan At­lan­tique Mer du Nord Mer Mé­di­ter­ra­née Mer Bal­tique 1 L’Eu­rope, ter­rain de la guerre (1914-1918) Mer Noire 500 km Source : Com­pi­la­tion de don­nées de Hé­lène Har­ter Car­to­gra­phie de Lé­gendes Car­to­gra­phie © Tal­lan­dier

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