Le tour­diusmMoeye:nn-Oo­ruiev­net »a,uDo­le­cuv­mieern­ta­tion du dé­ve­lop­pe­ment afri­cain ?

Carto - - SOMMAIRE - É. Ja­NiN

L’Afrique est le con­tinent de l’émer­gence éco­no­mique. Par­mi les sec­teurs qui portent cette dy­na­mique, le tou­risme in­ter­na­tio­nal consti­tue un vec­teur de crois­sance sus­cep­tible de fa­vo­ri­ser un dé­ve­lop­pe­ment in­clu­sif pour les po­pu­la­tions afri­caines. C’est ce que sou­ligne un rap­port de la Confé­rence des Na­tions unies sur le com­merce et le dé­ve­lop­pe­ment (CNUCED) pa­ru en 2017. (1)

Afrique a ac­cueilli 57,8 mil­lions de tou­ristes in­ter­na­tio­naux en 2016 (4,7 % du to­tal mon­dial), contre 24 mil­lions en moyenne entre 1995 et 1998. Le sec­teur y est donc en plein es­sor. Sur le con­tinent, l’Afrique du Nord de­meure la ré­gion ré­cep­trice la plus at­trac­tive (47 % des ar­ri­vées to­tales), de­vant l’Afrique aus­trale (22 %), l’Afrique de l’Est (20 %), l’Afrique de l’Ouest (7 %) et cen­trale (4 %). Mais quatre pays d’ac­cueil – le Ma­roc (10,2 mil­lions d’en­trées in­ter­na­tio­nales), l’Égypte (9,1 mil­lions), l’Afrique du Sud (8,9 mil­lions) et la Tu­ni­sie (5,4 mil­lions) – consti­tuent 63,6 % des ar­ri­vées tou­ris­tiques in­ter­na­tio­nales. Les foyers émet­teurs se si­tuent en de­hors du con­tinent et four­nissent 60 % de la clien­tèle, et ce sont les pays ré­cep­teurs d’Afrique du Nord qui pro­fitent le plus de la proxi­mi­té des éco­no­mies sol­vables et dé­ve­lop­pées d’Eu­rope. En revanche, en Afrique sub­sa­ha­rienne, les clien­tèles non afri­caines ne re­pré­sentent plus qu’un tiers des flux, le reste étant por­té par des clien­tèles in­tra­con­ti­nen­tales.

DES RES­SOURCES TOU­RIS­TIQUES IM­POR­TANTES

Les re­tom­bées éco­no­miques sont consi­dé­rables. La contri­bu­tion di­recte (hô­tel­le­rie, agences de voyages, com­pa­gnies aé­riennes, trans­ports, res­tau­ra­tion, ac­ti­vi­tés de loi­sirs…) s’est éle­vée en 2015 à 73 mil­liards de dol­lars, la contri­bu­tion to­tale (ef­fets di­rects et in­di­rects) ayant quant à elle re­pré­sen­té 178 mil­liards de dol­lars, soit 8,3 % du PIB con­ti­nen­tal. Pour cer­tains États, le sec­teur du tou­risme contri­bue pour plus de 10% du PIB, no­tam­ment dans les pe­tits pays in­su­laires (Sey­chelles : 62%, Mau­rice : 27%). C’est dans les pays d’Afrique cen­trale (Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, Ga­bon…), où les éco­no­mies na­tio­nales re­posent plus spé­ci­fi­que­ment sur l’ex­trac­tion de ma­tières pre­mières, que cette part est la plus modeste. Cette dy­na­mique est por­tée par une grande di­ver­si­té de pra­tiques tou­ris­tiques. 63 % des ar­ri­vées in­ter­na­tio­nales s’ef­fec­tuent aux mo­tifs de « va­cances, loi­sirs et dé­tente ». Le Ma­roc, la Tu­ni­sie ou l’Égypte sont ré­pu­tés pour leurs plages et leurs com­plexes bal­néaires ; le Ke­nya pour ses sa­fa­ris ; le Rwan­da pour son éco­tou­risme. Le tou­risme cultu­rel n’est pas en reste avec les fes­ti­vals de mu­sique au Sé­né­gal ou de ci­né­ma au Nigeria. Avec 143 sites clas­sés au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té en 2017, l’Afrique peut éga­le­ment se van­ter d’of­frir une grande di­ver­si­té de sites na­tu­rels (val­lée du Grand Rift…) et ar­chi­tec­tu­raux (né­cro­pole de Gi­zeh…) re­mar­quables. Par ailleurs, 14% des tou­ristes in­ter­na­tio­naux sont concer­nés par le tou­risme d’af­faires, l’Afrique du Sud étant la pre­mière des­ti­na­tion dans ce do­maine (108 réunions et congrès in­ter­na­tio­naux en 2015), et 23 % voyagent pour d’autres mo­tifs : tou­risme af­fi­ni­taire, mais sur­tout mé­di­cal (150 000 en­trées en Tu­ni­sie, en 2010).

LES VUL­NÉ­RA­BI­LI­TÉS D’UN SEC­TEUR EN DÉ­VE­LOP­PE­MENT

Le dé­ve­lop­pe­ment tou­ris­tique reste ce­pen­dant fra­gile. Il est d’abord con­di­tion­né par un contexte géo­po­li­tique stable. Or le con­tinent afri­cain reste frap­pé par des conflic­tua­li­tés de haute in­ten­si­té. Les conflits in­ter­éta­tiques (Sou­dan et Sou­dan du Sud), les guerres ci­viles (Libye, Somalie), les vio­lences in­ter­re­li­gieuses (Nigeria), les me­naces ter­ro­ristes (Égypte, Tu­ni­sie…), l’in­sta­bi­li­té po­li­tique (Côte d’Ivoire, Zim­babwe), sans ou­blier la vio­lence et l’in­sé­cu­ri­té ur­baines (Afrique du Sud) sont au­tant de contextes qui re­mettent en cause l’at­trac­ti­vi­té tou­ris­tique. Ce­la in­flue sur l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique, car il faut des in­ves­tis­se­ments. Or, de­puis la crise fi­nan­cière, ces der­niers se sont éta­blis en moyenne, entre 2011 et 2014, à hau­teur de 26 mil­liards de dol­lars par an, soit 1,8 % du PIB du con­tinent, ce qui reste modeste. L’Afrique n’est pas épar­gnée par les crises sa­ni­taires, comme celle du vi­rus Ebo­la en 2014 qui a sé­vè­re­ment tou­ché la Gui­née, le Li­bé­ria et la Sier­ra Leone. Mais sur­tout, ce sont les in­suf­fi­sances en ma­tière de po­li­tique qui consti­tuent les obs­tacles prin­ci­paux. Cer­tains États (Bu­run­di, Ma­li…) n’ont pas de po­li­tique de dé­ve­lop­pe­ment dans ce do­maine. D’autres (Gui­née-Bis­sau, Na­mi­bie, Sé­né­gal) pla­ni­fient quelques me­sures en vue d’at­teindre des ob­jec­tifs dé­fi­nis. Seuls 11 pays, dont le Ke­nya et la Tan­za­nie, font vrai­ment état de plans dé­taillés pour le dé­ve­lop­pe­ment d’équi­pe­ments d’ac­cueil, d’in­fra­struc­tures de trans­port, ou en­core de for­ma­tion du per­son­nel. Car, comme le rap­pelle l’ONU, « le tou­risme peut être le mo­teur d’une crois­sance in­clu­sive et d’un dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique du­rable ». Les liens in­ter­sec­to­riels avec l’agri­cul­ture, l’in­dus­trie et l’ar­ti­sa­nat sont in­dis­pen­sables, tout comme la li­bé­ra­li­sa­tion du trans­port aé­rien, la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes entre États afri­cains ou la conver­ti­bi­li­té des mon­naies. Ce­la pour­rait per­mettre aux po­pu­la­tions les plus vul­né­rables de sor­tir de la pau­vre­té, du chô­mage ou de la sphère in­for­melle. C’est un sec­teur sus­cep­tible d’of­frir du tra­vail, no­tam­ment aux femmes et aux jeunes, sur un con­tinent qui se­ra confron­té au dou­ble­ment de sa po­pu­la­tion dans les trente pro­chaines an­nées. Ain­si, entre 2011 et 2014, 7,1 % des em­plois créés en Afrique l’ont été di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment dans la fi­lière tou­ris­tique.

NOTE

(1) CNUCED, Le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique en Afrique. Rap­port 2017. Le tou­risme au ser­vice d’une crois­sance trans­for­ma­trice et in­clu­sive, 2017.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.