Amé­rique la­tine : une re­prise en trompe-l’oeil ?

Carto - - SOMMAIRE - T. ChabRe

Amé­rique la­tine a une bonne nou­velle : en 2017, elle a re­noué avec la crois­sance. Une si­tua­tion bien­ve­nue après deux an­nées de ré­ces­sion, dont le con­tinent avait été épar­gné de­puis les an­nées 1980. Tirée par les deux géants lo­caux, l’Ar­gen­tine et le Bré­sil, la crois­sance, es­ti­mée à entre 1,5 % et 2 %, reste fra­gile, alors que l’éco­no­mie est mar­quée par une consom­ma­tion pous­sive et des taux d’em­prunts hauts. Et elle est in­fé­rieure à la crois­sance mon­diale, pré­vue par le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI), de 3,6 %. Com­ment ex­pli­quer que la ré­gion reste à la marge de la re­prise mon­diale ? Pour cer­tains ob­ser­va­teurs, des dé­faillances struc­tu­relles com­munes sont à mettre en cause. L’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique (OCDE) met en garde contre la mar­gi­na­li­sa­tion des jeunes ; les 15-29 ans, qui ras­semblent un quart des 633 mil­lions d’ha­bi­tants de la zone, sont la classe d’âge la plus éloi­gnée du monde du tra­vail : un tiers d’entre eux sont sans ac­ti­vi­té et un quart n’a ja­mais com­plé­té d’études se­con­daires. Ils sont 64 % à vivre dans la pau­vre­té et souffrent trois fois plus du chô­mage que la moyenne (cf. do­cu­ment). Un pa­ra­doxe, alors que les com­pa­gnies lo­cales ont du mal à trou­ver des pro­fils adap­tés sur place. Ce main­tien à l’écart contri­bue à ébran­ler la confiance qu’ils portent aux ins­ti­tu­tions, confiance d’au­tant plus fra­gi­li­sée que de nom­breux scan­dales ont écla­té. Au Bré­sil, la crise qui se­coue le pays de­puis l’ar­ri­vée au pou­voir du pré­sident Mi­chel Te­mer en 2016, sur fond d’ac­cu­sa­tion de cor­rup­tion tou­chant l’en­semble de la classe po­li­tique, est l’il­lus­tra­tion la plus par­lante de la rup­ture crois­sante entre les États sud-amé­ri­cains et leur jeu­nesse.

L’IN­TÉ­GRA­TION RÉ­GIO­NALE EN QUES­TION

D’autres causes sont mises en avant, no­tam­ment une in­té­gra­tion ré­gio­nale qui ne per­met pas de s’éman­ci­per des fluc­tua­tions du mar­ché mon­dial et une dé­pen­dance trop forte à l’ex­por­ta­tion des ma­tières pre­mières. La Banque in­ter­amé­ri­caine de dé­ve­lop­pe­ment ap­pelle à pour­suivre l’har­mo­ni­sa­tion des normes tech­niques et bu­reau­cra­tiques entre les pôles ré­gio­naux dé­jà mis en place, comme le Mer­co­sur et l’Al­liance du Pa­ci­fique. Les plai­doyers pour plus d’in­té­gra­tion ne de­vraient tou­te­fois pas faire ou­blier les dis­pa­ri­tés éco­no­miques qui tra­versent cet es­pace, du cap Horn au Río Grande en pas­sant par les Ca­raïbes. Il convient d’abord de dif­fé­ren­cier les pays pro­duc­teurs de ma­tières pre­mières des autres. La chute des cours à par­tir de 2010, liée no­tam­ment au ra­len­tis­se­ment de la crois­sance chi­noise, et la sur­pro­duc­tion pé­tro­lière dès 2014, avait alors pré­ci­pi­té les éco­no­mies des ex­por­ta­teurs. Fin 2017, le prix du brut reste en­core en de­çà de ce­lui de 2014, et la ré­ces­sion touche de plein fouet les deux plus gros pro­duc­teurs (Équateur et Ve­ne­zue­la). D’autres pays ont eu à su­bir des ca­tas­trophes na­tu­relles, à l’ins­tar du Pé­rou, tou­ché en mars 2017 par El Niño (près de 100 morts, plus de 120 000 sans-abri). L’har­mo­ni­sa­tion pour­rait se construire au­tour de par­te­naires ex­té­rieurs : si les États-Unis de Do­nald Trump (de­puis jan­vier 2017) ferment leurs fron­tières, met­tant le voi­sin mexi­cain en pé­ril, l’Union eu­ro­péenne et sur­tout la Chine consti­tue­raient des ho­ri­zons com­mer­ciaux com­muns pour les pays la­ti­no-amé­ri­cains.

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