La Gui­née équa­to­riale : entre ty­ran­nie et pauvreté

Carto - - SOMMAIRE - É. Ja­nin

Mi­cro-État (28 051 ki­lo­mètres car­rés) d’Afrique cen­trale, la Gui­née équa­to­riale connaît l’au­to­ri­ta­risme de Teo­do­ro Obiang Ngue­ma Mba­so­go de­puis 1979. Le pays est à l’image de nombre de ré­gimes cor­rom­pus, entre ty­ran­nie et pauvreté, et le pou­voir in­ter­dit toute dis­si­dence : en fé­vrier 2018, le par­ti d’op­po­si­tion Ci­toyens pour l’in­no­va­tion a été dis­sous.

Dé­cou­verte par les Por­tu­gais dans la se­conde moi­tié du XVe siècle, puis co­lo­nie es­pa­gnole à par­tir de 1778, la Gui­née équa­to­riale ac­cède à l’in­dé­pen­dance en 1968. Bor­dant le golfe de Gui­née, elle se com­pose de deux en­ti­tés géo­gra­phiques : une par­tie conti­nen­tale (le Río Mu­ni), fron­ta­lière du Ca­me­roun et du Ga­bon, où se trouve la ca­pi­tale éco­no­mique du pays, Ba­ta (170 000 ha­bi­tants en 2017, sur un to­tal de 1,26 mil­lion) ; une par­tie in­su­laire com­pre­nant l’île de Bio­ko, qui ac­cueille la ca­pi­tale po­li­tique, Ma­la­bo (156 000 ha­bi­tants), et celles d’An­nobón, pe­tit ro­cher vol­ca­nique, et de Co­ris­co, riche en pé­trole. Le pays dis­pose de trois langues of­fi­cielles : l’es­pa­gnol, le fran­çais et le por­tu­gais. À la dic­ta­ture de Francisco Macías Ngue­ma (1968-1979) a suc­cé­dé la Ré­pu­blique né­po­tique et klep­to­cra­tique de son neveu, Teo­do­ro Obiang Ngue­ma Mba­so­go (né en 1942), ré­élu en 2016 avec 93,53% des voix. Mal­gré une Cons­ti­tu­tion prô­nant le mul­ti­par­tisme, le Par­ti dé­mo­cra­tique de Gui­née équa­to­riale (PDGE) s’est oc­troyé, lors des élec­tions de no­vembre 2017 (avec 300 000 per­sonnes ayant le droit de vote), la to­ta­li­té des mu­ni­ci­pa­li­tés et des sièges de sé­na­teurs ain­si que 99 des 100 man­dats de la Chambre des dé­pu­tés. Cette « dé­mo­cra­ture » afri­caine de­vrait per­du­rer dans les pro­chaines an­nées. Le vice-pré­sident (de­puis 2016), éga­le­ment char­gé de la dé­fense et de la sé­cu­ri­té du pays, n’est autre que le fils de Teo­do­ro Obiang Ngue­ma Mba­so­go, Teo­dorín (né en 1969), « cé­lèbre » pour ses dé­tour­ne­ments de fonds pu­blics et pour avoir été con­dam­né en France en 2017 à trois ans de pri­son avec sur­sis et 30 mil­lions d’eu­ros d’amende (éga­le­ment avec sur­sis) dans l’af­faire des « biens mal ac­quis ». Dans un pays clas­sé au 171e rang (sur 180) des États les plus cor­rom­pus dans le monde en 2017 par Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal, le pou­voir conforte son au­to­ri­té par le biais de ru­meurs constantes d’éven­tuels putschs. Ci­toyens pour l’in­no­va­tion a ain­si été dis­sous fin fé­vrier 2018, ac­cu­sé d’at­teinte à la sé­cu­ri­té de l’État ; 21 de ses membres ont été condam­nés à trente ans de pri­son. Cé­lèbre pour ses « pa­villons de com­plai­sance », l’éco­no­mie équa­to-gui­néenne (PIB de 10,1 mil­liards de dol­lars en 2016) dé­pend éga­le­ment de la rente is­sue des ex­por­ta­tions pé­tro­lières. Sixième pro­duc­teur afri­cain avec 280 000 ba­rils par jour en 2016, la Gui­née équa­to­riale a in­té­gré l’OPEP en mai 2017. Mais elle est un pays riche peu­plé de pauvres. Les fruits de la rente, dé­tour­nés par le ré­gime, ne sont pas re­dis­tri­bués au­près d’une po­pu­la­tion dont le taux de pauvreté était de 43,7% en 2011. Le dé­ve­lop­pe­ment est faible, comme l’at­teste l’IDH de 0,592 en 2015 (135e rang mon­dial sur 188), et ce, mal­gré le PIB par ha­bi­tant le plus éle­vé de l’Afrique conti­nen­tale (11948 dol­lars en 2017, 58e rang mon­dial). Les an­ciennes fi­lières « tra­di­tion­nelles » (ex­ploi­ta­tion du bois d’okou­mé, cultures du ca­fé et du ca­cao) ont été en grande par­tie rui­nées, mais ali­mentent en­core les cir­cuits de contre­bande au pro­fit des ca­ciques du ré­gime.

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