Golfe Per­sique : bataille na­vale entre l’Ara­bie saou­dite et l’Iran

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Si la « guerre froide » entre l’Ara­bie saou­dite et l’Iran s’est es­sen­tiel­le­ment dé­ployée par pro­cu­ra­tion, à tra­vers des conflits in­di­rects au Moyen-Orient (Li­ban, Sy­rie, Irak, Yé­men), elle se dé­cline aus­si en une com­pé­ti­tion ma­ri­time qui s’étend du golfe d’Aden au dé­troit d’Or­muz. Cette ex­ten­sion ma­ri­time des ri­va­li­tés ira­no-saou­diennes est la consé­quence des af­fron­te­ments en cours au Yé­men de­puis mars 2015.

Les in­ci­dents dans le Golfe sont de­ve­nus cou­rants, ré­vé­lant la ner­vo­si­té entre les deux grandes puis­sances de la ré­gion (cf. carte 1). En juin 2017, la ma­rine saou­dienne a ar­rê­té trois Ira­niens à bord d’un ba­teau na­vi­guant trop près d’une plate-forme pé­tro­lière au large des côtes du royaume. Pour Riyad, ces hommes étaient des Gar­diens de la ré­vo­lu­tion (pas­da­ran) fo­men­tant un at­ten­tat ; pour Té­hé­ran, il s’agis­sait de pê­cheurs. Pour l’Ara­bie saou­dite, la pro­tec­tion du lit­to­ral est une mis­sion com­plexe : sa ligne cô­tière me­sure en­vi­ron 2 640 ki­lo­mètres (1 840 sur le flanc oc­ci­den­tal, 800 sur sa fa­çade orien­tale). De plus, les deux pays consi­dèrent les vastes éten­dues de l’océan In­dien comme des zones d’in­fluence qui peuvent af­fec­ter leurs in­té­rêts na­tio­naux, ce qui les conduit à pro­je­ter leurs vais­seaux dans cet es­pace et à tis­ser des liens avec des pays lit­to­raux, en par­ti­cu­lier l’Inde.

DES CA­PA­CI­TÉS NA­VALES MO­DESTES

En Ara­bie saou­dite, la ma­rine royale a long­temps été le pa­rent pauvre des forces saou­diennes (13 500 hommes en 2016) par rap­port à la Garde na­tio­nale et aux armées de terre et de l’air (cf. carte 3 p. 52). Des ef­forts ont été en­tre­pris pour re­nou­ve­ler la flotte de fré­gates (quatre en 2016) et de des­troyers (trois). Ce­pen­dant, les res­sources al­louées au com­man­de­ment orien­tal (pa­trouilleurs, cor­vettes) n’ont pas per­mis une mo­der­ni­sa­tion es­sen­tielle, no­tam­ment à l’aune de la guerre au Yé­men. Dans les an­nées 1980, un pro­gramme de ren­for­ce­ment na­val saou­dien avait conduit à une vaste po­li­tique d’ac­qui­si­tion de ma­té­riels oc­ci­den­taux. De­puis, peu d’in­ves­tis­se­ments ont été consen­tis dans le do­maine na­val – le royaume ne pos­sède par exemple au­cun sous-ma­rin. Quant aux moyens ira­niens, on doit dis­tin­guer la ma­rine na­tio­nale de la com­po­sante na­vale des

Gar­diens de la ré­vo­lu­tion. La pre­mière tire ses ori­gines de la ma­rine im­pé­riale fon­dée en 1932. La se­conde émerge dans les an­nées 1980, avec l’ar­ri­vée des

pas­da­ran dans l’ap­pa­reil de sé­cu­ri­té de la Ré­pu­blique is­la­mique. Jus­qu’à la ré­forme de 2007, les deux or­ga­ni­sa­tions se sont concur­ren­cées pour l’al­lo­ca­tion de res­sources et la dé­ter­mi­na­tion de leurs pré­ro­ga­tives po­li­ti­co-mi­li­taires. En théo­rie, elles ré­pondent au chef d’état­ma­jor des armées, le gé­né­ral Mo­ham­mad Ba­ghe­ri, sans qu’une co­or­di­na­tion des opé­ra­tions soit re­quise. Les sanc­tions in­ter­na­tio­nales tou­chant le pays ont ren­du le pro­ces­sus d’ac­qui­si­tion de ma­té­riels de guerre com­pli­qué, voire im­pos­sible. Té­hé­ran a re­cours à l’achat de tech­no­lo­gies duales qui sont en­suite mo­di­fiées. L’in­dus­trie na­vale ira­nienne se ré­vèle plus au­to­nome en ma­tière de sa­voir-faire que son équi­valent saou­dien, mais elle est mi­née par des re­tards de pro­duc­tion chro­niques et une faible qua­li­té de concep­tion. Sur le plan hu­main, la ma­rine na­tio­nale com­prend 18 000 hommes en 2016, tan­dis qu’on en compte plus de 20 000 pour la com­po­sante na­vale des pas­da­ran. La ma­rine dis­pose de grandes plates-formes sou­vent mises en ser­vice à l’époque du shah Mo­ham­mad Re­za Pah­la­vi (19411979) : les sept cor­vettes datent des an­nées 1960 et 1970. De­puis 2003, Té­hé­ran s’est lan­cé dans un pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux na­vires

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