Le thon rouge : une si­tua­tion cri­tique

Carto - - SOMMAIRE - N. Rouiaï

En jan­vier 2017, un thon rouge de 212 ki­lo­grammes de la criée du mar­ché de Tsu­ki­ji (To­kyo) a été ad­ju­gé à 74,20 mil­lions de yens (plus de 600 000 eu­ros). Le Ja­pon est le plus gros consom­ma­teur au monde de cette es­pèce. Alors que les res­sources se ta­rissent, les quo­tas de pêche ne sont pas res­pec­tés et les cap­tures sans au­to­ri­sa­tion se mul­ti­plient.

l existe cinq prin­ci­pales fa­milles de thon. En 2016, sur les 4,9 mil­lions de tonnes pê­chées, le lis­tao do­mi­nait le stock (57 %), sui­vi par l’al­ba­core (30 %), le thon obèse (8 %), le ger­mon (4 %) et le thon rouge (1 %). Si ce der­nier est, avec 49 000 tonnes en moyenne par an, le moins pê­ché, il est aus­si le plus en dan­ger. En mars 2010, Mo­na­co avait de­man­dé de l’ins­crire à l’an­nexe I de la Convention sur le commerce in­ter­na­tio­nal des es­pèces de faune et de flore sau­vages me­na­cées d’ex­tinc­tion ; un tel clas­se­ment au­rait conduit à l’in­ter­dic­tion de son commerce. Sous la pres­sion nip­pone, cette pro­po­si­tion a été re­je­tée avec 68 voix contre, 20 fa­vo­rables et 30 abs­ten­tions. Le Ja­pon re­pré­sente à lui seul 80 % de la consom­ma­tion mon­diale de thon rouge. Vic­time d’une sur­pêche in­ten­sive, la po­pu­la­tion de ce pois­son dans l’océan Pa­ci­fique a di­mi­nué de 96,4 % entre 1960 et 2016. Si de­puis 2010 les chiffres sont stables, la bio­masse du stock re­pro­duc­teur de thons rouges dans le Pa­ci­fique, c’est-à-dire le taux d’in­di­vi­dus ca­pables de se re­pro­duire, se si­tue à 2,6 % en 2017, là où le seuil de 20 % est né­ces­saire pour main­te­nir ou res­tau­rer l’es­pèce. Des quo­tas ont été mis en place pour ten­ter de pré­ser­ver le thon rouge du Pa­ci­fique, mais ils ne sont pas res­pec­tés. Le 27 avril 2017, les pê­cheurs ja­po­nais avaient dé­jà cap­tu­ré 4 008 tonnes, alors que leur li­mite an­nuelle est de 4 007. Cette même an­née, le gou­ver­ne­ment nip­pon aug­men­tait le quo­ta de 122,2 tonnes sup­plé­men­taires pour le thon rouge du Pa­ci­fique de moins de 30 ki­lo­grammes dans 14 pré­fec­tures. Pour contrer la di­mi­nu­tion im­po­sée des stocks pê­chés dans le Pa­ci­fique, le Ja­pon im­porte d’im­por­tantes quan­ti­tés de thon rouge en pro­ve­nance de la Mé­di­ter­ra­née et de l’At­lan­tique est, où leur nombre a aug­men­té. Alors que le stock de re­pro­duc­teurs de thon rouge de Mé­di­ter­ra­née était tom­bé à 150 000 tonnes en 2008, il était de 585000 tonnes cinq ans plus tard. Cette hausse est due à une baisse de 70% du nombre de thons rouges pê­chés entre 2007 et 2015 du fait de li­mi­ta­tions et de con­trôles stricts ain­si que d’un pro­gramme de re­peu­ple­ment lan­cé en 2006. En 2016, l’aug­men­ta­tion de la bio­masse a néan­moins en­traî­né un boom de 24% du stock pê­ché par rap­port à 2015. Et sur les 20 100 tonnes de thons rouges alors pê­chés, 80 à 90 % sont par­tis au Ja­pon. Le risque est que la re­cons­ti­tu­tion du stock en­traîne une hausse du quo­ta et à nou­veau un ap­pau­vris­se­ment de l’es­pèce. Fixé à 13 500 tonnes par an avant 2014, ce nombre a été re­le­vé de 20 % par an pen­dant trois ans en Mé­di­ter­ra­née par la Com­mis­sion in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion des tho­ni­dés de l’At­lan­tique. En 2017, l’or­ga­nisme a ap­prou­vé une nou­velle hausse pour 2020, date à la­quelle 36 000 tonnes de thon rouge pour­ront être pê­chées an­nuel­le­ment. Alors qu’en 2016, la consom­ma­tion mon­diale de pro­duits de la mer a dé­pas­sé les 20 ki­lo­grammes par ha­bi­tant, dé­jà en 2013, 31,4 % des stocks de pois­sons étaient sur­ex­ploi­tés, 58,1% étaient ex­ploi­tés à leur maxi­mum, 40 % des océans étaient en­dom­ma­gés.

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