Ta pa­tiente, tu res­pec­te­ras

Alors que le Haut Conseil à l’éga­li­té planche sur les vio­lences obs­té­tri­cales, nous nous sommes de­man­dé si les gy­né­co­logues-obs­té­tri­ciens 1 et les sages-femmes étaient suf­fi­sam­ment for­més à nous… res­pec­ter ?

Causette - - À VOTRE SANTE - Par Sophie Bout­boul 1. Cau­sette s’est in­té­res­sée plus spé­ci­fi­que­ment à la for­ma­tion des gy­né­co­lo­gue­sobs­té­tri­ciens et non à celle des gy­né­co­logues mé­di­caux, car ces der­niers ne pra­tiquent ni cé­sa­riennes, ni ac­cou­che­ments, ni actes chi­rur­gi­caux. 2. Le pré­no

En 2016, on comp­tait 6 000 gy­né­co­logues- obs­té­tri­ciens et 22 000 sages-femmes en ac­ti­vi­té en France. Tous suivent la même pre­mière an­née com­mune aux études de san­té, avec des cours sur la com­mu­ni­ca­tion avec le pa­tient, puis leur che­min se sé­pare.

Du cô­té des gy­né­co­logues-obs­té­tri­ciens, l’in­ter­nat s’ouvre par le choix du di­plôme d’études spé­cia­li­sées (DES). Chaque uni­ver­si­té est au­to­nome sur son conte­nu, du coup, si cer­tains étu­diants sont sen­si­bi­li­sés à la ques­tion des vio­lences obs­té­tri­cales, d’autres le sont beau­coup moins. À Bor­deaux (Gi­ronde), Ni­co­las No­cart, gy­né­co-obs­té­tri­cien en der­nier mois de DES et pré­sident de l’As­so­cia­tion des gy­né­co­logues-obs­té­tri­ciens en for­ma­tion (Agof), dé­plore un sé­rieux manque : « On nous ap­prend peu à ac­cueillir le pa­tient. Dans le pro­gramme, c’est une pe­tite par­tie du cours ma­gis­tral. Je n’ai pas eu de mise en si­tua­tion sous formes théâ­trales, comme il en existe au Ca­na­da. J’ai plus ap­pris en ob­ser­vant mes pairs. »

Pour pal­lier ce manque, des ini­tia­tives émergent. De­puis quatre ans, les in­ternes en gy­né­co­lo­gie-obs­té­trique d’Île-deF­rance suivent un mo­dule « sa­voir-être » de six heures en pre­mière an­née. « Ce n’est pas un cours ma­gis­tral, les étu­diants ne sont pas no­tés, ex­plique la res­pon­sable, Dr Ca­mille Le Ray. On in­ter­agit sur des té­moi­gnages de pa­tientes trau­ma­ti­sées. » Grâce au Col­lec­tif in­ter­as­so­cia­tif au­tour de la nais­sance (Ciane), sol­li­ci­té par l’équipe pé­da­go­gique pour por­ter la pa­role des usa­gers, les étu­diants ré­flé­chissent à par­tir de cas vé­cus : une femme igno­rée du­rant sa cé­sa­rienne, une épi­sio­to­mie réa­li­sée sans ex­pli­ca­tions… Par des jeux de rôle, ils tra­vaillent aus­si le re­la­tion­nel lors d’un ac­cou­che­ment ou d’une gros­sesse ex­tra-uté­rine. Autre ini­tia­tive, à l’hô­pi­tal uni­ver­si­taire de Stras­bourg (Bas-Rhin) : de­puis quatre ans, Is­raël Ni­sand, pré­sident du Col­lège na­tio­nal des gy­né­co­logues et obs­té­tri­ciens fran­çais (CNGOF), or­ga­nise un sé­mi­naire d’une jour­née avec in­ternes et sages-femmes sur la « juste dis­tance » . « Je me suis aper­çu que cer­tains pro­non­çaient des phrases par­fois lourdes de consé­quences, comme dire après une fausse couche : “C’est pas grave, vous êtes jeune, vous en fe­rez un autre”, re­late le Dr Ni­sand. L’en­sei­gne­ment n’est pas nor­mé. »

Du cô­té des sages-femmes, on ren­contre le même pro­blème. La qua­li­té de l’en­sei­gne­ment dé­pend de ceux qui en dé­cident et va­rie donc d’une école à l’autre : « Les en­sei­gne­ments de psy­cho­lo­gie sont mi­no­ri­taires et dis­pa­rates », note Laura Ap­per­tet, pré­si­dente de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des étu­diants sages-femmes (ANESF), en qua­trième an­née à Gre­noble (Isère). Aman­dine di­plô­mée en 2016 d’une école pa­ri­sienne, ac­quiesce : « J’ai été très peu for­mée au res­pect de la pu­deur, au contact avec les pa­tientes. Nos cours por­taient plu­tôt sur l’as­pect mé­di­cal. » La di­rec­trice de l’école de Nantes (Loire-At­lan­tique), conseillère à l’Ordre na­tio­nal des sages-femmes, a pris de son cô­té le tau­reau par les cornes : Isa­belle Der­ren­din­ger anime un mo­dule de trois heures sur les droits du pa­tient, dès le dé­but des quatre an­nées de spé­cia­li­sa­tion. « On a aus­si un en­sei­gne­ment de sciences hu­maines et so­ciales de 170 heures, dans le cadre du pro­gramme na­tio­nal, qui aborde les no­tions de bien­veillance, d’éthique », dit-elle. Bi­lan, lors des éva­lua­tions, les étu­diants sont sanc­tion­nés s’ils ne prennent pas soin de désha­biller en deux temps la pa­tiente, ce qui n’est pas tou­jours le cas dans d’autres écoles. Il fau­drait que ce type d’en­sei­gne­ment, comme ce­lui que dis­pense le Ciane sur le re­la­tion­nel dans une di­zaine des trente-cinq écoles de sages-femmes du ter­ri­toire, soit gé­né­ra­li­sé, et c’est toute la ques­tion. De­puis août, le Haut Conseil à l’éga­li­té entre les femmes et les hommes (HCE) ex­per­tise « les be­soins de for­ma­tion des pro­fes­sion­nels en termes de sui­vi gy­né­co­lo­gique et d’ac­com­pa­gne­ment de la gros­sesse ». Au-de­là du constat, on en es­père des pro­po­si­tions.

Simulation d’un ac­cou­che­ment sur man­ne­quin à la fa­cul­té de mé­de­cine Pa­ris-Des­cartes.

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