SO­CIÉ­TÉ Ba­by-blues dans la Drôme

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À la ma­ter­ni­té de Die, re­ten­ti­ra le cri d’un der­nier nou­veau-né. Le 31 dé­cembre, l’éta­blis­se­ment, qui est la plus pe­tite ma­ter­ni­té de France, doit fer­mer ses portes. Rien n’y au­ra fait : ni les ma­ni­fes­ta­tions, les pé­ti­tions, les re­cours ju­ri­diques, ni les ac­tions sym­bo­liques telles qu’une fausse aire d’ac­cou­che­ment ins­tal­lée, en dé­cembre, en bord de route par des femmes en­ceintes, si­gni­fiant ain­si leur an­goisse de ne pas ar­ri­ver à temps à l’hô­pi­tal. Le com­bat pour sau­ve­gar­der cette pe­tite ma­ter­ni­té d’un ter­ri­toire ru­ral de la Drôme au­ra du­ré trente ans !

De­puis 1987, en ef­fet, les au­to­ri­tés n’ont eu de cesse d’an­non­cer la mort de cette struc­ture, au mo­tif de sa pe­tite taille. Seuls 97 bé­bés y sont nés en 2017. On est bien loin du seuil de 300 ac­cou­che­ments par an, en de­çà du­quel une ma­ter­ni­té doit être fer­mée pour cause de manque de pra­tique du per­son­nel. Maintes fois me­na­cée, elle ne fut jusque-là sau­vée que grâce à une dé­ro­ga­tion pré­voyant le main­tien d’une ma­ter­ni­té si sa fer­me­ture im­pose à la mère sur le point d’ac­cou­cher « un temps de tra­jet ex­ces­sif » . Il ne doit pas dé­pas­ser, se­lon des ex­perts, 45 mi­nutes. Or dans le Diois, cer­tains villages sont à plus de 90 mi­nutes de route des hô­pi­taux les plus proches, à Va­lence ou Gap. Mais le risque sa­ni­taire semble dé­sor­mais trop grand. C’est le point de vue de l’Agence ré­gio­nale de san­té et de la Haute Au­to­ri­té de san­té, qui ont cha­cune poin­té des dé­faillances et des « pro­blé­ma­tiques graves de sécurité des soins » au sein de l’éta­blis­se­ment. Les ef­fec­tifs, sur­tout, se­raient in­suf­fi­sants pour as­su­rer « une prise en charge sé­cu­ri­sée de la mère et du nou­veau-né » : ab­sence de pé­diatre en per­ma­nence, de pra­ti­cien pour ré­ani­mer le nou­veau-né, de gy­né­co­logue obs­té­tri­cien ti­tu­laire.

« Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage », ré­torque Bas­sem Nak­four, le gy­né­co­logue obs­té­tri­cien et an­cien chef de ser­vice. Jo­seph Le­nor­mand, anes­thé­siste de­puis huit ans à l’hô­pi­tal de Die, tou­jours en CDD, dé­nonce lui aus­si une « si­tua­tion d’in­sé­cu­ri­té » créée à des­sein. La ma­ter­ni­té vi­vote dans l’in­cer­ti­tude ­per­ma­nente, au gré des sur­sis ac­cor­dés. « Tout a été fait pour ne pas don­ner des condi­tions at­trac­tives pour re­cru­ter des méde­cins », té­moignent des sages-femmes. Se­lon le Col­lec­tif de dé­fense de l’hô­pi­tal de Die, des gy­né­co­logues et un chi­rur­gien étaient prêts à can­di­da­ter, à condi­tion qu’on leur ga­ran­tisse un main­tien de l’ac­ti­vi­té pen­dant cinq ans. Un dé­lai qu’ils n’au­ront ja­mais ob­te­nu.

Si l’his­toire de la ma­ter­ni­té de Die a tout du sym­bole, elle n’est pas un cas iso­lé. De­puis le dé­but des an­nées 1970, se­lon un rap­port de la Cour des comptes, les deux tiers des ma­ter­ni­tés fran­çaises ont été fer­mées. Cette vague de re­struc­tu­ra­tion a sur­tout em­por­té les plus pe­tites, alors que les centres hos­pi­ta­liers as­su­rant plus de 3 000 ac­cou­che­ments ont tri­plé en dix ans, se­lon la même source.

À Die, ce ser­vice re­pré­sen­tait en outre une op­tion dif­fé­rente pour les femmes sou­hai­tant un ac­cou­che­ment moins mé­di­ca­li­sé, dans une ma­ter­ni­té à taille hu­maine, loin des « usines à bé­bés ». Comme Ta­tia­na, agri­cul­trice, qui y a mis au monde sa fille Mi­ra­belle en sep­tembre : « Ici, j’ai eu un ac­cou­che­ment le plus na­tu­rel pos­sible, sans pé­ri­du­rale, ils·elles m’ont sou­te­nue jus­qu’au bout. J’avais une sage-femme à 100 % avec moi le jour J. » Pour d’autres, cette fer­me­ture met fin au pro­jet d’ac­cou­che­ment à do­mi­cile, im­pli­quant la pré­sence d’une ma­ter­ni­té à proxi­mi­té. Face à cet éven­tail d’op­tions qui se ré­tré­cit, Sy­bille Ber­re­sheim-Man­gou, sage-femme li­bé­rale, s’in­quiète : « Des Dioises re­fu­se­ront de faire le tra­jet ou d’ac­cou­cher dans une grosse struc­ture. Cer­taines vont ac­cou­cher seules chez elles. Je crains le pire. »

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