La souf­france in­vi­sible

Causette - - POLITIQUE - V. R.

À l’heure où les pays de l’Union eu­ro­péenne se crêpent le chignon pour sa­voir com­ment blo­quer l’ar­ri­vée de mi­grant·es sur leurs sols, alors que cer­tain·es trou­ve­ront la mort en tra­ver­sant la Mé­di­ter­ra­née sur des em­bar­ca­tions de for­tune, que d’autres per­dront un en­fant, un pa­rent, il est urgent de s’in­ter­ro­ger sur la souf­france psy­chique des exi­lé·es. Telle est la de­mande for­mu­lée par Mé­de­cins du monde et par le centre de soins Pri­mo Le­vi qui, fin juin, ont conjoin­te­ment pu­blié un rap­port * sur cette souf­france « in­vi­sible » qui « peut al­té­rer leur ca­pa­ci­té à faire va­loir leurs droits, à ver­ba­li­ser leur par­cours », ex­plique Omar Guer­re­ro, psy­cho­cli­ni­cien. Le texte cite l’exemple de Mme K. Agres­sée par des hommes au Congo, celle-ci fuit son pays avec sa fille de 3 ans. Dé­bou­tée par l’Of­fice fran­çais de pro­tec­tion des ré­fu­giés et apa­trides (Of­pra), elle dé­pose un re­cours au­près de la Cour na­tio­nale du droit d’asile. Lors de l’au­dience, on l’in­ter­roge sur ces agres­sions. La nuit sui­vante, as­saillie de cau­che­mars, per­sua­dée d’être en dan­ger, elle cherche à quit­ter le foyer, pieds nus, sa fille dans les bras. Mme K est alors hos­pi­ta­li­sée en psy­chia­trie et son en­fant est confiée à l’aide so­ciale à l’en­fance. Elle ne la re­ver­ra que six mois plus tard. Pour que ces souf­frances ne de­viennent pas un obs­tacle à leurs dé­marches ad­mi­nis­tra­tives et n’af­fectent pas da­van­tage leur vie, les deux ONG font une sé­rie de pro­po­si­tions, comme la mise en place d’un bi­lan de san­té so­ma­tique et psy­chique qui per­met­trait des exa­mens de dé­pis­tage. Il s’agit ni plus ni moins d’une « ur­gence de san­té pu­blique », car, au­jourd’hui, lorsque ces exi­lé·es ar­rivent en France « ce ne sont pas un ac­cueil et des soins qui leur sont pro­po­sés », pointe le rap­port, « mais un tunnel rem­pli d’obs­tacles. La pré­ca­ri­té et l’hos­ti­li­té re­dou­blant les ef­fets des trau­ma­tismes », quand ils n’en créent pas de nou­veaux.

* « La souf­france psy­chique des exi­lés », rap­port du centre Pri­mo Le­vi et de Mé­de­cins du monde du 20 juin.

Les exi­lé·es (ici, dans le centre d’ac­cueil de Mé­de­cins du monde, à Rouen, en Seine-Ma­ri­time) af­frontent, en France, des obs­tacles qui s’ajoutent et ra­vivent leurs trau­ma­tismes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.