Les sor­ties cinéma

Causette - - SOMMAIRE - PRO­POS RECUEILLIS PAR ARIANE AL­LARD

Guy, le se­cond long-mé­trage d’Alex Lutz, est une réus­site to­tale. À la fois drôle, tendre et mé­lan­co­lique, ce portrait d’un vieux chan­teur un peu rin­gard, mais ja­mais dupe, évoque de fa­çon très fine le temps qui passe et la pa­ter­ni­té. Ren­contre avec son au­teur-ac­teur-en­chan­teur…

CAU­SETTE : Guy Ja­met, le hé­ros de votre film, a 74 ans. Vous aviez dé­jà créé un per­son­nage âgé sur scène. Se­rait-ce qu’à tout juste 40 ans la peur de vieillir vous ti­tille ?

C’est moins le vieillis­se­ment qui me ti­tille que le temps

ALEX LUTZ : qui passe. Ça me tra­vaille de­puis long­temps, donc ça se tra­duit dans mes créa­tions. Ça re­vient aus­si beau­coup dans mes émo­tions de spec­ta­teur. Je pense au film de Claude Le­louch, Les Mi­sé­rables, quand An­nie Gi­rar­dot dit : « Ça va pas­ser très vite… » Rien qu’en vous en par­lant, j’ai la gorge qui se serre. Qu’on aime ou pas la vie, ça reste un bail dont on ne connaît pas la fin. At­ten­tion, ça n’im­plique pas for­cé­ment du cha­grin ! Mon film n’est pas triste ! Mais il s’agit du portrait d’un homme de 74 ans, j’ai donc vou­lu qu’on y trouve aus­si une forme de mé­lan­co­lie poé­tique.

Votre in­ter­pré­ta­tion de Guy comme votre mé­ta­mor­phose phy­sique sont bluf­fantes. Pour au­tant, on n’est pas dans la per­for­mance. C’est plus sub­til…

On a trou­vé Guy pe­tit à pe­tit. Je vou­lais qu’il ait un cô­té

A. L. : un peu vieux beau, avec du pa­nache, mais une pe­tite brioche. Dans son corps, dans son rythme, dans ses gestes, il est au bord du nau­frage, en­fin, juste avant ! Et puis le chef coif­feur a eu cette bonne idée des che­veux blancs. Ça donne du cha­risme à Guy, mais on sent qu’il ne faut pas trop l’em­mer­der. Quant au ma­quillage, fran­che­ment, Lae­ti­tia Quille­ry et Geof­froy Fel­ley ont fait mieux que les Amé­ri­cains ! [Rires.] En­fin, les cos­tumes d’Aman­dine Cros sont gé­niaux. C’est une amie, elle tra­vaille aus­si sur Ca­the­rine et Li­liane [pro­gramme hu­mo­ris­tique sur Ca­nal +, ndlr]. On est une bonne pe­tite trou­passe, en fait !

C’est un hasard si on vous re­trouve sou­vent dans des rôles de com­po­si­tion, comme ceux de Guy ou de Ca­the­rine, jus­te­ment ?

Non, ça veut juste dire que je me sens bien dans mon mé­tier

A. L. : d’ac­teur. Je suis pa­ré d’un masque der­rière le­quel je peux être le plus libre pos­sible. Un pa­ra­doxe que je ne peux pas ex­pli­quer. Ce que je peux vous dire, en re­vanche, c’est que je mets toute ma sin­cé­ri­té dans Ca­the­rine, tout ce que ma part fé­mi­nine peut ex­pri­mer. Et puis, après, il y a le plai­sir pur. Jouer Ca­the­rine, jouer Guy, c’est un kif !

Et jouer un chan­teur po­pu­laire, c’est aus­si un kif per­son­nel ou ça va au-de­là ? Pré­ci­sons que ce Guy Ja­met n’a… ja­mais existé !

J’ai vou­lu que Guy soit chan­teur pour mon­trer le

A. L. : ­lien ­phy­sique, très fort, qui existe entre un ar­tiste de va­rié­tés et son pu­blic. Mon film est un hom­mage aux ar­tistes de mu­si­chall, avec tout ce que ce­la char­rie de fas­ci­na­tion et de déses­poir. Car il est rare d’avoir la carte Gold pen­dant cin­quante ans de car­rière !

La pa­ter­ni­té est l’autre belle thé­ma­tique du film…

Guy ra­conte l’his­toire d’un fils illé­gi­time, Gau­thier, qui

A. L. : trouve le moyen de par­ler à son père, Guy, en le fil­mant. C’est donc une ode à la fi­lia­tion… et à la vie ! Je vou­lais ra­con­ter ça avec deux bons­hommes, car, étant le fils d’un père, ayant moi­même un fils, et ayant des potes qui, eux-mêmes, ont des fils, c’est une re­la­tion que je connais bien. Il y a ces siècles d’his­toire ma­chiste qui ont im­po­sé une cer­taine image de l’homme. Guy char­rie cette image, c’était donc chouette d’en par­ler à tra­vers lui. Et même mar­rant. Car, bi­zar­re­ment, même moi qui suis to­ta­le­ment fé­mi­niste, je sais qu’il y a des en­droits où je peux ne pas me sen­tir si loin de lui.

Guy, d’Alex Lutz. Sor­tie le 29 août.

Alex Lutz mé­ta­mor­pho­sé en vieux beau au bord du nau­frage.

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