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Causette - - SOMMAIRE - LAU­REN MALKA

« Seuls les amants ré­gu­liers peuvent com­prendre que l’in­ten­si­té naît de la len­teur, eux seuls peuvent dé­cou­vrir le pa­roxysme de la sexua­li­té. » Seule une plume aus­si libre, sen­sible et aver­tie que celle d’Anaïs Nin peut at­teindre de tels de­grés d’émo­tion dans l’écri­ture du plai­sir sexuel. At­ten­dues de­puis 1985 et la ré­vé­la­tion de leur exis­tence lors d’une vente aux en­chères, ces deux nou­velles – Mar­cel et La Vie à Pro­vin­ce­town – sont ici tra­duites pour la pre­mière fois en fran­çais. Sont-elles si scan­da­leuses que ce­la ? Bien sûr que oui. Son édi­teur avait pré­ve­nu, en ré­ponse à une cen­sure d’Ama­zon en 2016, qu’Auletris bri­sait tous les ta­bous. On y croise des hé­roïnes qui im­posent leurs fan­tasmes avec vio­lence, des scènes d’hu­mi­lia­tions, d’in­ceste ou d’étran­gle­ment. Qu’im­porte le scan­dale, pour­vu qu’existe une telle langue. Ja­mais vul­gaire, Anaïs Nin de­meure au plus près des sen­sa­tions, des tour­mentes et des dé­si­rs, par­fois in­avouables, de ses per­son­nages. « Pros­ti­tu­tion lit­té­raire », c’est ain­si qu’elle ré­sume l’ur­gence de cette écri­ture qui lui per­met de rem­bour­ser les dettes de son com­pa­gnon Hen­ry Mil­ler. C’est aus­si ce qui l’au­to­rise à ne tran­si­ger avec au­cune mo­rale, à dé­crire les corps, leurs poils, leurs odeurs, sans re­cou­rir aux « jo­lis pro­fils ». Mer­ci à la « ma­que­relle » de la lit­té­ra­ture éro­tique de nous en­sei­gner, à nous qui pre­nons sou­vent nos an­ciens de haut, les mer­veilles de la trans­gres­sion et du plai­sir.

Auletris, d’Anaïs Nin, tra­duit de l’amé­ri­cain par Marie Du­pin. Edi­tions Fi­ni­tude, 128 pages, 15 eu­ros.

Deux nou­velles d’Anaïs Nin pu­bliées à titre post­hume. Scan­da­leu­se­ment dé­li­cieuses.

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