La palme de la mau­vaise foi

Causette - - ON NOUS PREND POUR DES QUICHES ! -

C’est l’his­toire d’une pe­tite fille qui en a marre, parce qu’un orang-ou­tan s’est in­crus­té dans sa chambre et sac­cage tout ce qu’elle contient. « Rang- tan » lui ex­plique qu’il a trou­vé re­fuge chez elle car son ha­bi­tat à lui n’existe plus : des hommes ont dé­truit sa fo­rêt d’Asie du Sud-Est à coups de bull­do­zers pour y plan­ter des pal­miers, tuant ses pa­rents et l’obli­geant à fuir. La fillette lui pro­met alors de l’ai­der pour que les hu­mains cessent de ra­va­ger sa mai­son et son es­pèce avec leur fi­chue culture d’huile de palme.

Ce jo­li conte de Noël à vous ti­rer les larmes est un court des­sin ani­mé réa­li­sé par Green­peace, il y a quelques mois. Il a été re­pé­ré par la chaîne d’ali­men­ta­tion bri­tan­nique Ice­land, qui sou­haite, « d’ici à la fin de l’an­née 2018 » , que les pro­duits ven­dus sous sa marque soient dé­bar­ras­sés de l’huile de palme. L’en­seigne a donc vou­lu le dif­fu­ser à son compte, dé­pouillé du lo­go Green­peace, en guise de spot pu­bli­ci­taire de Noël sur les chaînes du Royaume-Uni. Sauf que Clear­cast, l’ins­tance char­gée de rendre les ré­clames com­pa­tibles avec la loi, a émis un avis dé­fa­vo­rable. La rai­son ? Depuis 2003, il est in­ter­dit de dif­fu­ser toute pu­bli­ci­té « dans la­quelle est in­tro­duit, par ou au nom d’une or­ga­ni­sa­tion, un su­jet de na­ture po­li­tique » .

Sau­tant sur l’oc­ca­sion de faire mon­ter la mayon­naise (cer­ti­fiée sans huile de palme) et de s’of­frir une pu­bli­ci­té pour pas cher, Ice­land a joué au mar­tyr dans un com­mu­ni­qué to­ni­truant, ex­pli­quant avoir été « cen­su­ré par le ré­gu­la­teur de la pu­bli­ci­té » . No­tons que Clear­cast n’a pas de pou­voir de cen­sure et n’est pas non plus ré­gu­la­teur. S’il a émis un avis dé­fa­vo­rable, c’est parce que, se dé­fend-il, « même sans le lo­go Green­peace, la pu­bli­ci­té pro­vient de chez eux et l’ONG doit ap­por­ter la preuve qu’elle ne fait pas de la po­li­tique » . As­sez dé­ce­vant pour une ins­tance qui clai­ronne sur son site que « la pu­bli­ci­té ne vend pas seule­ment un pro­duit ou un ser­vice. Elle di­ver­tit. Elle éduque. Et donne à pen­ser » . Au fi­nal, ce sont les orangs-ou­tans qui sont les ­din­dons de la farce…

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