Mé­no­pause pré­coce : y a pas de règles

La mé­no­pause n’est pas sou­vent ac­cueillie avec al­lé­gresse. Alors, quand elle tombe bien plus tôt que pré­vu, c’est car­ré­ment violent. Le tra­vail d’ac­cep­ta­tion est, dans ces condi­tions, d’au­tant plus né­ces­saire.

Causette - - SOMMAIRE - PAR AN­NA CUXAC

« Vieille avant l’heure. » Voi­là com­ment Vir­gi­nie, 41 ans au­jourd’hui, s’est consi­dé­rée à 38 ans quand elle a fait le lien entre ses règles de plus en plus es­pa­cées, ses bouf­fées de cha­leur noc­turnes et la pé­ri­mé­no­pause * qu’elle tra­ver­sait. Mêmes symp­tômes, mêmes ef­fets qu’une mé­no­pause clas­sique, si­tuée entre 45 et 55 ans. Mais la mé­no­pause pré­coce, qui touche 10 % des femmes avant 45 ans et 1 % avant 40 ans, pro­voque chez les femmes qui en sont at­teintes un sen­ti­ment ver­ti­gi­neux de mal­chance et de fa­ta­li­té.

Pour Ca­ro­line, 38 ans, « l’ap­prendre a été d’une grande vio­lence » . Elle a dé­cou­vert son état d’ « in­suf­fi­sance ova­rienne pré­coce » à 30 ans, au mo­ment où elle avait ar­rê­té sa pi­lule pour avoir un en­fant. Au fi­nal, alors qu’elle avait fait le deuil de con­ce­voir avec ses propres ovo­cytes et en­clen­ché une pro­cé­dure de pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée (PMA) avec don en Es­pagne, elle tombe « mi­ra­cu­leu­se­ment » en­ceinte na­tu­rel­le­ment à 32 ans de ju­meaux. Cé­cile, elle, avait dé­jà un en­fant quand elle a cru qu’elle était à nou­veau en­ceinte à 35 ans. Mais ses in­tenses dou­leurs aux seins et l’ab­sence de règles étaient en fait un signe de pé­ri­mé­no­pause. « Je ne l’ai pas vé­cu comme un drame, car je n’avais pas for­cé­ment en­vie d’un deuxième en­fant. Par contre, j’ai sou­dain com­pris pour­quoi je pro­ve­nais d’une li­gnée d’en­fants uniques du cô­té de ma mère. Je lui ai po­sé la ques­tion et elle m’a ex­pli­qué que ma grand-mère et elle avaient été aus­si mé­no­pau­sées avant 40 ans. »

Un im­mense ta­bou

« Le fac­teur gé­né­tique est im­por­tant, mais ce n’est pas parce que votre mère a été dans cette si­tua­tion que ce se­ra votre cas éga­le­ment, puisque nous hé­ri­tons des gènes de deux pa­rents, ex­plique Alain Tam­bo­ri­ni, gy­né­co­logue spé­cia­liste de la ques­tion. Nous sa­vons que les fu­meuses se­ront mé­no­pau­sées quelques an­nées plus tôt que pré­vu, mais il existe aus­si des cas in­ex­pli­qués de mé­no­pause pré­coce. » Cé­cile re­grette que sa mère ne l’ait pas aver­tie plus tôt. Elle au­rait pu mieux an­ti­ci­per. « Je l’ai confron­tée et elle m’a dit qu’elle ne vou­lait pas être alar­miste… Et puis que c’était des choses dont on ne par­lait pas ! » La mé­no­pause re­le­vant en­core pour beau­coup du se­cret d’al­côve, celle qui ar­rive trop tôt est d’au­tant plus ta­boue… Pour­tant, elle n’est pas né­ces­sai­re­ment une mau­vaise nou­velle, comme elle ne s’ac­com­pagne pas tou­jours de consé­quences né­fastes. « Le tra­vail d’ac­cep­ta­tion de cette nou­velle étape peut être l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir une nou­velle sexua­li­té, plus riche et épa­nouie car dé­bar­ras­sée de la ques­tion de l’en­fan­te­ment », ana­lyse la gy­né­co­logue et au­teure Da­nièle Flau­men­baum. « Au dé­but, mon com­pa­gnon était un peu éton­né, dit en sou­riant Cé­cile. Il était per­sua­dé qu’une femme mé­no­pau­sée, ça n’avait plus de li­bi­do et que ça s’éner­vait pour rien. Mais pas du tout pour ma part ! »

Ce qui ta­raude Cé­cile, qui a vu sa mère et sa grand-mère « de­ve­nir énormes », et les autres, c’est plu­tôt la trans­for­ma­tion de leur corps : « Pour une grande spor­tive comme moi, la prise de poids et les dou­leurs ar­ti­cu­laires ont été com­pli­quées à vivre, sou­pire Vir­gi­nie. J’ai bon es­poir que le trai­te­ment hor­mo­nal que m’a pres­crit, il y a quelques mois, ma gy­né­co va cal­mer les choses. Mais j’ai quand même réus­si la course à pied pour la­quelle je m’étais en­traî­née mal­gré les symp­tômes. » Da­nièle Flau­men­baum le mar­tèle : « La mé­no­pause, d’au­tant plus au­jourd’hui, n’an­nonce pas la fin de la vie, mais l’en­trée dans une nou­velle vie. La mé­de­cine chi­noise la conçoit d’ailleurs comme un deuxième prin­temps. » Sans règles et donc plus

libres, peut-on dire. * La pé­ri­mé­no­pause ou pré­mé­no­pause est une pé­riode in­ter­mé­diaire de la mé­no­pause qui dure en moyenne trois à quatre ans. Ses signes an­non­cia­teurs : l’ir­ré­gu­la­ri­té mens­truelle et l’ap­pa­ri­tion de bouf­fées de cha­leur.

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