LE GRAND ART LES CONFES­SIONS

Causette - - CULTURE - LAU­REN MALKA

Dans un style épa­tant de d­rô­le­rie et de pro­fon­deur, ce livre nous plonge dans le « jour­nal [in­time] d’une ac­trice » et nous happe sur près de 400 pages. Le plus crous­tillant, c’est qu’il s’agit du pre­mier ro­man in­édit, écrit en 1901, de l’ex­plo­ra­trice Alexan­dra Da­vid-Néel, mo­nu­ment du voyage, cé­lèbre, no­tam­ment, pour avoir pé­né­tré la ci­té in­ter­dite de Lhas­sa, au Ti­bet, en 1924. À l’époque où elle écrit ce livre, elle est chan­teuse d’opé­ra, se pas­sionne dé­jà pour l’Orient, le boud­dhisme et rêve de voya­ger. « Pos­sé­dée » par la joie, in­tré­pide et ly­rique, fé­mi­niste et mu­tine, elle crée une hé­roïne qui lui res­semble : Cé­cile Ray­naud, co­mé­dienne sans le sou, fu­rieu­se­ment at­ta­chante. En at­ten­dant de mettre son oeuvre au monde et sur­tout le monde à ses pieds, Cé­cile se contente de cou­cher avec les di­rec­teurs de ca­ba­ret pour jouer dans leurs salles. Cou­verte de fleurs, de gâ­te­ries et d’in­jures, la nar­ra­trice n’est ja­mais dupe du sys­tème qu’elle dé­crit. Ins­pi­ré de sa vie, ce ro­man ré­vèle avec quelle ar­deur Alexan­dra Da­vid-Néel sou­hai­tait s’éman­ci­per comme créa­trice, non comme « ob­jet de dé­sir ». Il ré­vèle sur­tout le ta­lent ro­ma­nesque mé­con­nu de cette in­sou­mise d’avant-garde qui – dans la li­gnée de Char­lotte Sa­lo­mon et de Go­liar­da Sa­pien­za, aus­si ex­hu­mées par les édi­tions Le Tripode – a sa­cri­fié sa vie pour son oeuvre.

Le Grand Art. Jour­nal d’une ac­trice, d’Alexan­dra Da­vid-Néel.

Éd. Le Tripode, 380 pages, 23 eu­ros.

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