RA­DIO­SCO­PIE

TRANCHES DE NOS­TAL­GIE

Causette - - CULTURE - L. M.

« Je sais écou­ter », di­sait Jacques Chancel. C’est tout ? Oui, presque, mais c’est bien as­sez. Par son gé­nie de l’écoute, sa voix chaude et ras­su­rante, ce jour­na­liste a créé une émis­sion culte. Dif­fu­sée chaque jour à 17 heures sur France In­ter pen­dant près de vingt ans – soit six mille émis­sions ! –, Ra­dio­sco­pie a mar­qué plu­sieurs gé­né­ra­tions d’au­di­teurs et au­di­trices par les voix qui s’y croi­saient et qui jaillissent au­jourd’hui sur les pages du beau livre co­lo­ré édi­té pour le cin­quan­tième an­ni­ver­saire de l’émis­sion. On en­tend, entre les lignes, les doutes, les convic­tions, les phrases en sus­pen­sion de toute une époque. On se sou­vient de celle, en­jouée et fol­le­ment in­tel­li­gente, d­’Isa­belle Ad­ja­ni, qui ex­plique, à 18 ans, qu’avoir confiance en elle est « une ques­tion de vie ou de mort » . De la voix pu­dique de Bras­sens à qui Chancel doit un peu ti­rer les vers du nez. De celle, sé­rieuse et bouf­fonne, de Ray­mond De­vos. De la voix de fu­meur et de « ri­meur à la mode » de Gains­bourg, et celle, ef­fron­tée, de Jane Bir­kin. La pa­role simple et lim­pide de Na­tha­lie Sar­raute ou en­core celle, tendre et ferme, de Fran­çoise Gi­roud qui parlent de leur rap­port à l’âge, à la fé­mi­ni­té, à la créa­tion. Jacques Chancel di­sait lui-même que son mi­cro était une bûche au­tour de la­quelle ses in­vi­té·es se réunis­saient comme au coin du feu. Cin­quante ans plus tard, le ré­con­fort, la cha­leur et l’émo­tion de ce coin de vie res­tent in­tacts.

Ra­dio­sco­pie, de Jacques Chancel. Édi­tions du sous-sol, en col­la­bo­ra­tion avec l’INA et France In­ter, 352 pages, avec CD in­cluant onze heures d’écoute de l’émis­sion, 49 eu­ros.

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