Na­wak : une « pé­dale in­toxi­quée par les mé­dias »

Ce type d’in­sultes, il en a re­çu à la pelle sur les ré­seaux so­ciaux. En cinq ans de des­sins de presse, Na­wak s’était fait à l’idée de dé­chaî­ner la haine ho­mo­phobe à l’ex­trême droite – dont il com­bat ou­ver­te­ment les idées. Mais cette fois, les coups sont p

Causette - - SOMMAIRE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR VIR­GI­NIE ROELS

CAU­SETTE : Dans la soi­rée du 17 oc­tobre, alors que les in­sou­mis sont en pleine tem­pête ju­di­ciaire, que Jean-Luc Mé­len­chon a pos­té une vi­déo pour com­men­ter les per­qui­si­tions, vous pu­bliez un des­sin qui montre le lea­der de ce mou­ve­ment dans un théâtre de gui­gnol en train de me­na­cer un po­li­cier…

Il n’y a que les ré­seaux so­ciaux

NA­WAK : qui me per­mettent d’être connu. Ce­lui-là a bien fonc­tion­né, avec plus de quatre mille par­tages. C’est là que j’ai com­men­cé à voir ap­pa­raître, sur ma page, des com­men­taires que, pour la pre­mière fois de ma car­rière, j’ai cen­su­rés. Mais aus­si des mes­sages pri­vés via ma mes­sa­ge­rie Fa­ce­book : « Al­lez bien vous en­cu­ler bandes de ven­dus… on va s’oc­cu­per de vous aus­si, vous in­quié­tez pas » ; « Fout ton as­pi­ra­teur de merde dans le cul et lâche la FI » ; « Pé­dale in­toxi­quée par les mé­dias » ; « Je quitte ta page, sale fa­cho » … J’ai eu aus­si des cen­taines de mes­sages com­plo­tistes, ho­mo­phobes, me trai­tant de traître. Avant, ce genre de com­men­taires ve­naient du FN, des fillon­nistes. Là, les coups les plus vio­lents sont ve­nus de mi­li­tants de gauche, pre­nant la dé­fense de La France in­sou­mise. Moi, j’avais cru aux in­sou­mis, j’avais cru au pro­gramme. Et ce jour-là, pour la pre­mière fois, j’ai cen­su­ré des mes­sages ve­nant de gens de mon propre camp. Je suis en­suite al­lé dans un com­mis­sa­riat pour en­vi­sa­ger de por­ter plainte.

Par peur ?

Oui, il y a eu des me­naces. J’ai NA­WAK : peur, car ce­la com­mence par des mots, mais peut-être qu’un jour ce­la fi­ni­ra par des actes, par de la vio­lence phy­sique. Et comme je ne fais que 1,70 m et que je n’ai pas en­vie de me battre… À force d’ex­ploi­ter la co­lère des gens, Jean-Luc Mé­len­chon a fait ve­nir à La France in­sou­mise des mi­li­tants ex­trêmes. Cette co­lère, il la flatte, il l’at­tise, il la pro­voque. Même s’il n’a pas le même pro­gramme que le FN, pour moi, les mé­thodes sont les mêmes. J’ai même pré­ve­nu mon édi­teur que les séances de dé­di­caces de ma nou­velle BD pour­raient mal tour­ner.

D’où votre mes­sage pos­té le 24 oc­tobre en ma­ti­née, an­non­çant que vous al­liez faire une pause dans le des­sin d’ac­tua­li­té ?

C’est ma san­té men­tale que je NA­WAK : pré­serve en ar­rê­tant le des­sin po­li­tique. Moi, cette tem­pête de merde, je n’en veux pas. J’ai dé­ci­dé d’ar­rê­ter à la suite du der­nier mail que j’ai re­çu. Je me suis ren­du compte que cer­tains mi­li­tants de FI avec qui je dis­cute depuis pour­tant long­temps ont chan­gé de dis­cours, ont vrillé com­plo­tistes. On re­trouve dans leurs pro­pos ces dis­cours du type : « Les mé­dias mentent », « La jus­tice est aux ordres », et tous ceux qui ne rentrent pas dans ce sché­ma sont des traîtres à la cause. Il n’y a plus de place pour la nuance ni la bien­veillance. Je lève le pied.

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