Hol­lande, mau­vais ga­gnant ?

Causeur - - Sommaire N° 31 – Janvier 2016 - Jean-paul Li­lien­feld

Est-il bien rai­son­nable de lais­ser un ci­néaste dé­rai­son­nable com­men­ter chaque mois l'ac­tua­li­té en toute li­ber­té ? As­su­ré­ment non. Cau­seur a donc dé­ci­dé de le faire.

Quand j’étais pe­tit, j’étais pre­mier. Et je vou­lais être le pre­mier des pre­miers. Je vou­lais être pré­sident.

Main­te­nant que je suis grand, je suis pré­sident !

Et main­te­nant que je suis pré­sident, je veux être re-pré­sident.

Je veux être deuxième. Au pre­mier tour.

Comme ça, je se­rai pre­mier. Au se­cond tour.

Quand j’étais pe­tit, il y avait un deuxième très cé­lèbre : Ray­mond Pou­li­dor. Les Fran­çais l’ado­raient. C’était Jacques An­que­til qui ga­gnait toutes les courses cy­clistes, mais c’était Pou­li­dor qui était po­pu­laire.

Et ben moi, je se­rai le se­cond que tout le monde aime et Ma­rine, elle se­ra sû­re­ment la pre­mière mais à la fin, c’est moi qui se­rai tou­jours vi­vant. Elle est im­bat­table ! Contrô­lée plu­sieurs fois po­si­tive à l’im­mi­gra­tion, pi­quou­sée au chô­mage, char­gée à la sécurité, trans­fu­sée aux at­ten­tats.

C’est de la triche, mais il n’y a au­cune mo­rale dans le cy­clisme !

Pas fa­cile de tra­vailler à être deuxième quand on a été for­mé à être pre­mier.

Je pour­rais tom­ber dans le piège gros­sier qui consis­te­rait à ten­ter de ré­pondre aux at­tentes des Fran­çais. Mais je sais très bien que je n’y ar­ri­ve­rai pas puisque de­puis que je suis pré­sident, je fais rien qu’à pas y ar­ri­ver. Et du coup je ris­que­rais de ne pas être se­cond.

Sur­tout que pour le mo­ment, si on se fie à mes per­for­mances je suis mé­daille de bronze.

Et je suis au max. Je n’amé­lio­re­rai donc pas mes temps.

La po­li­tique est un sport où il n’y a que deux places sur le po­dium : le ga­gnant et l’autre.

Alors pour être re-pré­sident, il me reste une et une seule so­lu­tion : cas­ser les pattes de la mé­daille d’ar­gent. Ce n’est pas moi qui vais faire des meilleurs temps. C’est lui qui va en faire des moins bons.

Quand c’était Mit­ter­rand le coach, j’ai vu com­ment il fai­sait. J’avais beau être tou­jours rem­pla­çant, j’en per­dais pas une miette. Et c’est pour ça que je se­rai re-pré­sident. Je vais faire comme lui. Tout pa­reil. Je vais leur mettre un de ces bor­dels !

Notre maître à tous nous a fa­bri­qué le Front na­tio­nal. Mon Go­lem à moi, ce se­ra le pacte ré­pu­bli­cain.

Pour contrer les « FN » dans l’as­cen­sion du pre­mier tour, il faut que les « PS » tra­vaillent avec les « LR ». Je laisse faire mes équi­piers. Je les laisse m’ame­ner au som­met. Je les laisse re­cru­ter quelques grim­peurs, quelques des­cen­deurs dans l’équipe d’en face…

Ils vont faire l’union na­tio­nale sur n’im­porte quel su­jet que ni eux ni nous n’avons ja­mais réus­si à trai­ter. Le chô­mage par exemple. C’est un bon truc ça. Six mil­lions de chô­meurs, si on ra­joute leurs fa­milles, ça fait au bas mot vingt mil­lions de sup­por­ters po­ten­tiels. Vingt mil­lions de bobs jaunes pour me crier « Vas-y Fan­fan ! » dans la mon­tée, me fi­ler des bi­dons d’eau, me pous­ser sur quelques mètres…

D’ac­cord, on n’est pas de la même équipe, mais on a des va­leurs com­munes. Et c’est pour ça qu’on peut tra­vailler en­semble.

On est propres, nous ! On n’est pas do­pés, nous !

Le temps des marques est dé­pas­sé ! Qui n’a pas com­pris ça est dé­jà per­dant ! On ne court plus pour une équipe. On court tous pour la même chose : ar­ri­ver au som­met.

Ce que je veux, c’est être re-maillot jaune.

Qu’est-ce qu’on s’en fout de faire ga­gner la marque ?

Fran­che­ment, An­que­til et Pou­li­dor, y a en­core quel­qu’un qui sait pour qui ils cou­raient à l’époque ?

Ce qu’on re­tient, c’est leur nom. Pas ce­lui de ceux qui payaient.

Moi ce se­ra pa­reil. L’his­toire re­tien­dra mon nom.

Et per­sonne ne se sou­vien­dra que ce sont les Fran­çais qui étaient mes spon­sors.

Nous les PS, on ne va dé­bau­cher au­cun équi­pier de l’équipe ad­verse. Pas de traîtres à pré­voir. Ça a dé­jà été fait, ça n’a pas de sens. Un traître de­vient im­mé­dia­te­ment un équi­pier de l’autre camp. Nous, on va faire tra­vailler nos équi­piers en­semble. Of­fi­ciel­le­ment.

C’est pas leur équipe qu’on va faire écla­ter. C’est leur lea­der qu’on va faire dou­ter. Dé­jà qu’à la der­nière étape il n’est pas res­sor­ti gros ga­gnant, là, ça va l’ache­ver. Il suf­fit qu’il peine un peu dans la mon­tée et le men­tal s’écrou­le­ra.

Et croyez-moi, il va pei­ner… On a en­core de quoi lui as­su­rer quelques belles cre­vai­sons s’il faut. Quelques poi­gnées de clous en ré­serve…

Je ne suis peut-être pas le meilleur cou­reur, mais j’ai la ba­ra­ka et en plus, comme tac­ti­cien, je ne suis pas dé­gueu. Re­gar­dez com­ment j’ai fait avec les maillots verts ! J’ai joué Pla­cé ga­gnant alors que Du­flot tente en­core de se pla­cer.

Au re­voir Cé­cile…

Et avec les maillots rouges… Le bol que j’ai eu ! Mar­tine Au­bry a failli être le chef des fron­deurs mais pouf, elle a per­du le Nord. Aux dé­par­te­men­tales. Elle n’a pas non plus vou­lu lé­guer son corps aux ré­gio­nales en Nord-pas-deca­lais-pi­car­die.

Bref les fron­deurs ont à leur tête le très très cé­lèbre Ch­ris­tian Paul et moi… Ben moi, ça va. Tran­quille.

Mar­tine est une sorte de ré­fé­rence mo­rale et comme je le di­sais, il n’y a pas de mo­rale dans le cy­clisme.

C’est pour toutes ces rai­sons que je se­rai re-pré­sident. Car comme le dit l’évan­gile se­lon Mat­thieu au cha­pitre XX : « Les pre­miers se­ront les der­niers et les der­niers se­ront les pre­miers. » D’ailleurs le même évan­gile ne dit-il pas au cha­pitre XXII : « Car il y a beau­coup d'ap­pe­lés, mais peu d'élus. »

C’est sûr. Y au­ra que moi comme élu. Je vous le dis en vé­ri­té.

Et ne croyez sur­tout pas que ce soient des his­toires à l’eau de rose… •

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