CORSE FACE AU FRONT ANTIRÉPUBL­ICAIN

Causeur - - 2016 La France Se Rebieffe! - Par Gilles Ca­sa­no­va

Les nou­veaux res­pon­sables de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse exigent si­mul­ta­né­ment l'in­dé­pen­dance to­tale d'une part et le fi­nan­ce­ment ab­so­lu par le conti­nent.

La Corse est-elle une ré­gion mé­tro­po­li­taine comme une autre ?

À l’évi­dence, non. D’abord c’est une île, si­tuée au mi­lieu de l’ita­lie – mon vil­lage, par exemple, est plus près de Vienne ou de Tri­po­li que de Pa­ris. En­suite, son his­toire ne se confond to­ta­le­ment avec celle de la France que de­puis le jour de 1790 où elle a li­bre­ment et mas­si­ve­ment dé­ci­dé d’adhé­rer à la na­tion fran­çaise qui chan­geait de forme.

Ce qui veut dire que si la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion de cette île ar­ri­vait à la conclu­sion de sé­pa­rer son des­tin de ce­lui de la France, il fau­drait prendre plei­ne­ment en compte cette de­mande, tant la Ré­pu­blique est, di­sait Re­nan, « un plé­bis­cite de tous les jours ».

Il fau­drait alors à cette nou­velle en­ti­té trou­ver sa via­bi­li­té. En­trer au nombre des pays les plus pauvres, comme les ter­ri­toires an­tillais aux­quels Royaume-uni et Pays-bas ont don­né l’in­dé­pen­dance il y a une tren­taine d’an­nées, ou choi­sir la voie de Cu­ba dans le dé­but des an­nées 1950, semblent les deux op­tions les plus réa­listes. Ce qui ex­plique que lar­ge­ment plus des trois quarts de la po­pu­la­tion soient par­fai­te­ment hos­tiles à cette in­dé­pen­dance.

Mais à quoi as­sis­tons-nous au­jourd’hui ?

Dans une élec­tion qua­dran­gu­laire pour l’as­sem­blée de Corse, avec des pou­voirs tout à fait pré­cis et en­ca­drés dans le cadre de la Ré­pu­blique fran­çaise, une liste – Pè a Cor­si­ca –, a été élue avec une ma­jo­ri­té re­la­tive sur un pro­gramme tout autre que l’in­dé­pen­dance. Et on vou­drait main­te­nant nous faire croire que « la Corse veut son in­dé­pen­dance » ! Il y a tout de même deux tiers des élec­teurs qui ont vo­té pour des par­tis et des pro­grammes po­li­tiques qui se pla­çaient to­ta­le­ment dans le cadre consti­tu­tion­nel fran­çais. Sur­tout, si cette liste avait an­non­cé qu’elle s’en­ga­geait dans l’in­dé­pen­dance et l’af­fron­te­ment avec la Consti­tu­tion, elle n’au­rait pas ob­te­nu cette ma­jo­ri­té re­la­tive.

Nous ver­rons com­ment les choses évo­luent pour cette as­sem­blée qui a deux ans de­vant elle. En ré­su­mé, tout ce qui peut se pas­ser dans le cadre consti­tu­tion­nel et ré­pu­bli­cain des at­tri­bu­tions de cette as­sem­blée est par­fai­te­ment fon­dé à exis­ter, cette liste a ef­fec­ti­ve­ment été ma­jo­ri­taire, se­lon les règles du scru­tin par­ti­cu­lier qui est en vi­gueur dans cette ré­gion fran­çaise mé­tro­po­li­taine. Mais tout ce qui pour­rait sor­tir de ce cadre est nul et non ave­nu, et ne pour­ra en au­cun cas être consi­dé­ré comme « la po­si­tion de la Corse » ou « des Corses ». Il n’y a au­cune ma­tière à ou­vrir des né­go­cia­tions d’in­dé­pen­dance avec une liste aux élec­tions ré­gio­nales.

Il faut ajou­ter aus­si que le reste de la France ne pour­rait alors plus fi­nan­cer comme il le fait mas­si­ve­ment et en per­ma­nence l’exis­tence de la Corse au ni­veau so­cial qui est le sien au­jourd’hui. Cette so­li­da­ri­té so­ciale et fi­nan­cière, tout à fait na­tu­relle dans le cadre de la na­tion, ne le se­rait plus du tout pour un pays étran­ger.

Or, les nou­veaux res­pon­sables de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse exigent si­mul­ta­né­ment l’in­dé­pen­dance to­tale d’une part et le fi­nan­ce­ment ab­so­lu par le conti­nent. Cette po­si­tion n’est pas rai­son­nable. Si l’on veut in­ter­dire aux Fran­çais qui ne sont pas « corses de souche » d’exer­cer une par­tie de leurs droits de ci­toyens en Corse, on ne peut pas leur de­man­der de fi­nan­cer la vie quo­ti­dienne de l’île en re­tour. C’est pour­tant ce que pré­tend faire cette as­sem­blée.

Au bout du compte, s’il y avait un doute, un ré­fé­ren­dum sur l’ap­par­te­nance de la Corse à la na­tion fran­çaise pour­rait être or­ga­ni­sé. Il de­vrait avoir lieu bien sûr dans toute la na­tion fran­çaise et nous sa­vons, par les nom­breux son­dages or­ga­ni­sés, que dans ce cas, 70 % sur le conti­nent vo­te­raient pour la sé­pa­ra­tion d’avec la Corse. Il n’est pas cer­tain qu’une ma­jo­ri­té des Corses sou­haite un tel ré­fé­ren­dum. •

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