L'UMPS, c'est l'ave­nir !

Causeur - - SOMMAIRE N° 30 – DÉCEMBRE 2015 - Her­vé Al­ga­lar­ron­do

Pour avoir sug­gé­ré un front ré­pu­bli­cain de type UMPS au se­cond tour des ré­gio­nales là où le FN peut l'em­por­ter, Ma­nuel Valls a fait l'una­ni­mi­té contre lui, y com­pris dans son propre camp. Pour­tant, pour Her­vé Al­ga­lar­ron­do, qui pré­pare un livre sur le su­jet en col­la­bo­ra­tion avec Da­niel Cohn-ben­dit, la grande coa­li­tion est la seule is­sue po­li­tique au ma­rasme ac­tuel.

Ypen­ser tou­jours, n'en par­ler ja­mais : c'est pour avoir en­freint cette règle élé­men­taire du sa­voir­vivre, plus en­core du sa­voir-vivre po­li­tique, que Ma­nuel Valls s'est fait étriller par la droite comme par la gauche, avant les at­ten­tats de Pa­ris. La faute du Pre­mier mi­nistre ? Avoir dé­cla­ré pu­bli­que­ment qu'il n'était pas ques­tion, d'après lui, de lais­ser le FN em­por­ter une ré­gion lors du pro­chain scru­tin de dé­cembre. Et d'avoir en­vi­sa­gé, en consé­quence, la pos­si­bi­li­té d'une alliance gauche-droite entre les deux tours, une alliance PS-LES Ré­pu­bli­cains, pour faire bar­rage à la for­ma­tion fron­tiste là où elle pour­rait être en si­tua­tion de ga­gner : dans le Nord-pi­car­die, avec Ma­rine Le Pen, en Pro­vence, avec sa nièce Ma­rion, voire dans le Grand Est avec son pre­mier lieu­te­nant, Florian Philippot.

Non au re­tour du re­fou­lé ! Pour la droite, la pers­pec­tive de re­nouer avec la stra­té­gie dite de front ré­pu­bli­cain est d'au­tant plus in­ac­cep­table qu'elle l'a aban­don­née du­rant le quin­quen­nat de Ni­co­las Sar­ko­zy au pro­fit d'un « ni-ni », ni FN ni PS. Il s'agis­sait alors de ti­rer la consé­quence de ce que nombre d'ana­lystes pré­sentent comme « la droi­ti­sa­tion » de la so­cié­té fran­çaise : la droite ne pou­vait plus don­ner de signes de conni­vence avec la gauche sous peine de voir de nou­veaux pans de son élec­to­rat bas­cu­ler vers le FN. Re­non­cer au ni-ni au temps de l'af­flux de mi­grants et du ter­ro­risme is­la­mique consti­tue­rait un contre­sens.

Pour la gauche, la faute de Valls est d'un autre ordre : pa­rier sur la dé­faite avant que la ba­taille n'ait été li­vrée ! Dans les trois ré­gions concer­nées, les son­dages donnent en ef­fet les can­di­dats des Ré­pu­bli­cains as­sez net­te­ment de­vant les can­di­dats so­cia­listes. Pour beau­coup, à gauche, le Pre­mier mi­nistre an­ti­cipe une dé­bâcle en de­man­dant au PS d'être prêt à se ran­ger, pi­teu­se­ment, der­rière la droite. Or, pour les so­cia­listes du Nord, par exemple, la messe n'est pas dite : ils ne déses­pèrent pas de conser­ver la ré­gion, à la fa­veur d'une tri­an­gu­laire.

Mais pour la droite comme pour la gauche, la vraie faute de Valls est ailleurs : don­ner de la consis­tance à L'UMPS, ce fan­tôme de la vie po­li­tique fran­çaise que Ma­rine Le Pen dé­nonce sur tous les tons de­puis plu­sieurs an­nées. C'est no­tam­ment pour éloi­gner ce fan­tôme que Ni­co­las Sar­ko­zy a re­bap­ti­sé L'UMP pour en faire Les Ré­pu­bli­cains. À droite comme à gauche, beau­coup en sont per­sua­dés : dans la pers­pec­tive de la pré­si­den­tielle de 2017, ce se­rait faire un for­mi­dable ca­deau à la pré­si­dente du FN que de va­li­der son ana­lyse sur la gé­mel­li­té des par­tis dits de gou­ver­ne­ment. Ce se­rait d'au­tant plus ir­res­pon­sable qu'un éven­tuel front ré­pu­bli­cain dans le Nord ou en Pro­vence n'em­pê­che­rait pas

MA­RINE LE PEN PRÉ­SENTE AVEC CONSTANCE L'UMPS COMME UN REPOUSSOIR. POUR­QUOI NE PAS EN FAIRE UN PRO­JET AT­TRAC­TIF ?

né­ces­sai­re­ment une vic­toire du FN : la France d'en bas se sou­cie dé­sor­mais comme d'une guigne des consignes des états-ma­jors.

Et pour­tant, n'en dé­plaise à ma di­rec­trice pré­fé­rée, je suis convain­cu que Valls a rai­son : L'UMPS, c'est l'ave­nir ! Si gou­ver­ner, c'est pré­voir, y com­pris en ma­tière élec­to­rale, com­ment écar­ter la pos­si­bi­li­té que le FN soit en pole po­si­tion dans une ou plu­sieurs ré­gions au soir du pre­mier tour ? Rien n'est sûr, évi­dem­ment, mais le cli­mat am­biant au­tour de l'im­mi­gra­tion et du ter­ro­risme pa­raît plu­tôt de na­ture à booster le par­ti de Ma­rine Le Pen qu'à le frei­ner. Et com­ment la droite comme la gauche pour­raient-elles consi­dé­rer une éven­tuelle vic­toire ré­gio­nale du FN comme un… dé­tail ? Le monde en­tier y ver­ra le signe que la France est dé­fi­ni­ti­ve­ment le pays ma­lade de l'eu­rope.

Il y a des mo­ments où, même en po­li­tique, on ne peut plus tri­cher. On ne peut plus tri­cher avec le réel. Le temps où la vie po­li­tique se ré­su­mait à un duel droite-gauche est ré­vo­lu. La droite comme la gauche de gou­ver­ne­ment ne re­pré­sentent plus qu'un quart de l'élec­to­rat. Un peu plus pour les Ré­pu­bli­cains, grâce à leur alliance avec le centre, un peu moins pour le PS, à cause du re­jet de Fran­çois Hol­lande. Le reste, c'est un FN qui re­pré­sente aus­si un quart de l'élec­to­rat, et que sa « ma­ri­ni­sa­tion » em­pêche do­ré­na­vant de clas­ser mé­ca­ni­que­ment dans un camp : son dis­cours éco­no­mique s'ap­pa­rente à ce­lui de la CGT. Dans ces condi­tions, l'union des droites re­lève du fan­tasme. Le reste, c'est aus­si une gauche ra­di­cale, net­te­ment moins forte que le FN, mais qui a ju­ré la perte du PS. Dans ces condi­tions, l'union de la gauche re­lève du mi­rage.

De­vant cet écla­te­ment de la re­pré­sen­ta­tion po­li­tique, com­ment dé­ga­ger une ma­jo­ri­té co­hé­rente, sus­cep­tible de gou­ver­ner vrai­ment, pas seule­ment d'ac­cu­mu­ler des ré­for­mettes, comme c'est le cas de­puis quinze ans ? Au­jourd'hui, il n'y en a qu'une : L'UMPS ! En po­li­tique comme au ju­do, il n'est pas in­ter­dit de re­tour­ner les ar­gu­ments de ses ad­ver­saires contre eux. Ma­rine Le Pen pré­sente avec constance L'UMPS comme un repoussoir. Pour­quoi ne pas en faire un pro­jet at­trac­tif ? Im­pos­sible ? Im­pos­sible de consi­dé­rer une mix­ture amère comme un philtre d'amour ? Per­sonne n'est obli­gé de tom­ber en pâ­moi­son, mais re­gar­dons nos voi­sins : il y a une dé­cen­nie, le pays ma­lade de l'eu­rope s'ap­pe­lait l'al­le­magne. Com­ment s'est-il – spec­ta­cu­lai­re­ment – ré­ta­bli ? Grâce à L'UMPS, à la mode ger­ma­nique. C'est une grande coa­li­tion di­ri­gée par un so­cial-dé­mo­crate, Ge­rhard Schrö­der, qui a ren­du l'éco­no­mie al­le­mande à nou­veau per­for­mante. Et c'est une grande coa­li­tion di­ri­gée par une chré­tien­ne­dé­mo­crate, An­ge­la Mer­kel, qui a cor­ri­gé les ex­cès de cette cure li­bé­rale, avec la créa­tion d'un Smic. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des pays, outre-rhin, mais la France est au­jourd'hui condam­née au sui­visme du grand frère al­le­mand à cause de l'ané­mie de son éco­no­mie et de son in­ca­pa­ci­té à re­fon­der son mo­dèle ré­pu­bli­cain.

Ma­rine Le Pen a rai­son : L'UMPS existe. Sur la plu­part des dos­siers, la dis­tance est beau­coup moins grande entre Hol­lande et Sar­ko­zy qu'entre Valls et Mé­len­chon. La gauche et la droite de gou­ver­ne­ment échappent à la pho­bie an­ti­li­bé­rale qui règne aus­si bien au Front na­tio­nal qu'au Front de gauche : les deux fronts consti­tuent ob­jec­ti­ve­ment l'autre bloc ho­mo­gène, mais qui ne peut se coa­li­ser à cause de la ques­tion de l'im­mi­gra­tion, cen­trale pour l'un, mar­gi­nale pour l'autre.

La France a ren­dez-vous avec L'UMPS. Pas for­cé­ment à l'oc­ca­sion des élec­tions ré­gio­nales, le cli­mat d'union na­tio­nale qui a ré­gné après les at­ten­tats s'étant vite dis­si­pé. Les Ré­pu­bli­cains et le PS es­pèrent échap­per à une fu­sion de leurs listes par­tout en France : Sar­ko­zy table sur un re­trait pur et simple des can­di­dats PS dans les ré­gions où il y au­ra un dan­ger FN. Le vrai ren­dez-vous, c'est l'élec­tion pré­si­den­tielle de 2017. La qua­li­fi­ca­tion de Ma­rine Le Pen pour le se­cond tour n'est pas ac­quise, mais elle est pro­bable. L'élu de 2017, qu'il s'ap­pelle Sar­ko­zy, Hol­lande, Jup­pé ou X, se­ra donc se­lon toute vrai­sem­blance un élu UMPS. Comme Chi­rac en 2002. Il y avait alors eu un consen­sus gauche-droite pour lais­ser L'UMP aux ma­nettes. Il fau­dra en 2017 un consen­sus in­verse pour que la droite et la gauche as­sument leurs res­pon­sa­bi­li­tés, au-de­là de leurs dif­fé­rences. C'est la seule voie pour que la France cesse de faire du sur­place où elle « ma­rine » de­puis 2002. •

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