Le Mans n'est plus une ville pai­sible

Causeur - - Sommaire N° 29 – Novembre 2015 - Pierre Jo­va

Ar­ché­type de la ville pai­sible du grand Ouest, Le Mans dé­couvre de­puis quelques an­nées la li­ta­nie de l'in­sé­cu­ri­té.tra­fic de drogue, vols à l'ar­ra­ché, agres­sions en plein jour dans le centre-ville. Les ha­bi­tants s'en­ferment chez eux et le maire so­cia­liste, dans le dé­ni. Re­por­tage.

DE LEUR BAL­CON, LES HA­BI­TANTS DU CENTRE-VILLE SONT TÉ­MOINS DE FRÉ­QUENTES AGRES­SIONS. DANS LES RUES AD­JA­CENTES, ILS VOIENT DES SA­CHETS DE DROGUE PAS­SER DE MAIN EN MAIN.

Tout un sym­bole. Le Le­gend Ca­fé du Mans, bien connu pour sa dé­co­ra­tion dé­diée au cé­lèbre cir­cuit des 24 Heures et pour sa mu­sique élec­tro, est pla­cé en re­dres­se­ment ju­di­ciaire. Des en­nuis fi­nan­ciers, qui tiennent en par­tie à une baisse dras­tique de sa fré­quen­ta­tion, sont à l'ori­gine de cette sor­tie de course. C'est que le Le­gend Ca­fé se trouve rue du Port, en plein centre-ville, où l'in­sé­cu­ri­té a ex­plo­sé. « C'est une hor­reur ! s'ex­clame avec force son gé­rant, Cy­ril Hu­tin. La dé­lin­quance est quo­ti­dienne. La re­pré­sen­tante d'un four­nis­seur s'est même fait agres­ser en plein jour ! Mes sa­la­riés et mes clients ne sentent plus en sécurité. » Voi­là qui a de quoi sur­prendre. Le Mans n'a ja­mais été connu pour son in­sé­cu­ri­té, bien au contraire. La ca­pi­tale de la Sarthe, aux portes de la Bre­tagne et du grand Ouest, était au­réo­lée d'une ré­pu­ta­tion de tranquilli­té ab­so­lue. À l'image de la ca­thé­drale Saint-ju­lien, aus­si mé­con­nue que belle, et de son quar­tier his­to­rique qui a ser­vi de dé­cor pour Le Bos­su et Cy­ra­no de Ber­ge­rac, Le Mans sem­blait fi­gé dans le temps. Seul le cir­cuit au­to­mo­bile, cher à Paul New­man et à Fran­çois Fillon, in­suf­flait un peu de ner­vo­si­té à l'une des grandes villes les plus calmes de France. La seule, avec Brest, à ne pas avoir de po­lice mu­ni­ci­pale, jus­qu'à au­jourd'hui.

Et voi­là que, même ici, le cli­mat est en train de chan­ger. De­puis quelques an­nées, les agres­sions sont de­ve­nues mon­naie cou­rante – « presque tous les week-ends », se­lon un po­li­cier. Pas dans les quar­tiers pé­ri­phé­riques et dif­fi­ciles, in­siste-t-il, mais bien au coeur de la ville. Le soir de mon ar­ri­vée, le 17 oc­tobre der­nier, trois jeunes filles ont été bru­ta­le­ment agres­sées par une bande. Le même soir, une com­mer­çante a été at­ta­quée en sor­tant du res­tau­rant : « Des jeunes ont vou­lu ar­ra­cher la mal­lette d'un ami, c'était très violent », ra­conte-t-elle, en­core se­couée. La place de la Ré­pu­blique, im­mense zone pié­tonne bor­dée par le vieux couvent de la Vi­si­ta­tion, ain­si que par Mcdo et Mo­nop', est de­ve­nue le centre de l'in­sé­cu­ri­té. Des bandes de jeunes désoeu­vrés y traînent de la fin de l'après-mi­di jus­qu'au pe­tit ma­tin. « Le tra­fic de drogue, avec les agres­sions et les ba­garres, sont concen­trés dans ce qu'on ap­pelle le “Tri­angle d'or'', for­mé entre la place de la Ré­pu­blique, la rue du Doc­teur Le­roy et la rue du Port », ex­plique le po­li­cier. Il ne s'agit pas non plus d'exa­gé­rer. Jean-mi­chel et Ma­rie-jo­sée

ha­bitent dans le quar­tier de­puis cin­quante ans : « On ne se sent plus à notre aise, mais nous n'avons pas peur ! », ra­content ces re­trai­tés avec une vi­va­ci­té de jeunes gens. Le syn­dic de leur im­meuble a ré­cem­ment ins­tal­lé des grilles à l'en­trée : « On n'avait ja­mais ima­gi­né en mettre ! Le Mans était très sûr, c'est fi­ni main­te­nant », dé­plore Ma­rie-jo­sée. De leur bal­con, ils sont té­moins de fré­quentes agres­sions. Dans les rues ad­ja­centes, ils voient des sa­chets de drogue pas­ser de main en main.

La drogue, c'est aus­si la pré­oc­cu­pa­tion de Jean-mi­chel Ba­tailler : « On a lais­sé le tra­fic s'ins­tal­ler, en pleine jour­née, et à la vue de tous, no­tam­ment à cause de l'in­suf­fi­sance des ef­fec­tifs de po­lice. » La cin­quan­taine éner­gique, ce res­tau­ra­teur, conseiller mu­ni­ci­pal d'op­po­si­tion élu sur une liste UMP, siège à la com­mis­sion de la sécurité de la ville. Avec une pointe d'ac­cent du Sud-ouest, dont il est ori­gi­naire, il brosse un ta­bleau sombre de la si­tua­tion : « Il n'y a que six agents de nuit, pour une ville de 142 000 ha­bi­tants ! Dès qu'un ré­seau est dé­man­te­lé, deux autres se créent. Et la plu­part des tra­fi­quants n'ont que 16 ou 17 ans. » D'où vient la drogue ? De Guyane, par­fois : en mars der­nier, la po­lice a sai­si un co­lis conte­nant 4,2 ki­los de co­caïne, en­voyé tout sim­ple­ment par la poste à l'un des nom­breux ha­bi­tants d'ori­gine guya­naise vi­vant au Mans. De Pa­ris et de ses ban­lieues, le plus sou­vent : la ville n'est qu'à une heure en TGV de la ca­pi­tale, et un mil­lier de Man­ceaux font le tra­jet chaque jour. Cer­tains pensent à un phé­no­mène iden­tique à ce­lui des Halles à Pa­ris, où le RER char­rie les bandes ve­nues de ban­lieue. Le TGV et sur­tout le tram­way du Mans, inau­gu­ré en 2007, pour re­lier les pé­ri­phé­ries au centre-ville, sont-ils res­pon­sables du dé­pla­ce­ment de l'in­sé­cu­ri­té ? « Le tra­fic exis­tait dé­jà bien avant le tram­way », juge Jean-mi­chel Ba­tailler. « Les bandes vivent en centre-ville, dans les HLM de l'ave­nue Jean Jau­rès, ou ave­nue de la Gare », ren­ché­rit une com­mer­çante. Antonin Fla­ment, di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet de la Sarthe, Co­rinne Or­ze­chows­ki, est éga­le­ment convain­cu que « les trans­ports en com­mun ne sont pas le fac­teur prin­ci­pal de la dé­lin­quance ».

Le re­pré­sen­tant de la pré­fec­ture ne nie pas pour au­tant la si­tua­tion : « Ce n'est pas une illu­sion, l'in­sé­cu­ri­té est bien réelle », af­firme-t-il. En re­vanche, la mai­rie en semble beau­coup moins cer­taine. « Ce n'est pas dans la phi­lo­so­phie de la mu­ni­ci­pa­li­té », ré­sume so­bre­ment un po­li­cier. Qu'est-ce qui n'est pas dans la phi­lo­so­phie de la mu­ni­ci­pa­li­té, le réel ?

Le Mans n'est pas une ville bour­geoise. Les usines au­to­mo­biles, qui ont at­ti­ré nombre de ru­raux, en ont fait un bas­tion com­mu­niste de 1977 à 2001, sous le règne de Ro­bert Jar­ry. Son suc­ces­seur, le sé­na­teur-maire so­cia­liste Jean-claude Bou­lard, a long­temps nié tout pro­blème de dé­lin­quance. Les com­mer­çants et res­tau­ra­teurs ne veulent pas d'en­nui avec la mai­rie, et té­moignent tous sous cou­vert d'ano­ny­mat. Seul Cy­ril Hu­tin, le gé­rant du Le­gend Ca­fé, ne s'em­bar­rasse pas de pré­cau­tions : « Il y a une omer­ta to­tale du pou­voir en place sur le su­jet. Je n'ai pas peur de le dire, je suis un simple au­ber­giste, sans éti­quette. »

La vague de l'in­sé­cu­ri­té a ce­pen­dant fi­ni par at­teindre l'hô­tel de ville. Mal­gré ses di­vi­sions, et un ter­reau his­to­ri­que­ment dé­fa­vo­rable, la droite s'est em­pa­rée du su­jet, et a bien failli ren­ver­ser le maire sor­tant. « On a lou­pé →

la mai­rie de 1500 voix », en­rage en­core Jean-mi­chel Ba­tailler. Avec 11 % des suf­frages, son meilleur score au Mans, le Front na­tio­nal était pré­sent au se­cond tour. Cette nou­velle donne a convain­cu Jean-claude Bou­lard de créer une po­lice mu­ni­ci­pale. Au con­seil mu­ni­ci­pal, on a lon­gue­ment dé­bat­tu pour sa­voir si les fu­turs agents se­raient ar­més. Ver­dict : seule­ment une ma­traque. « Mais ils au­ront des gi­lets pa­re­balles, ce­la montre qu'il y a un pro­blème », dé­plore l'élu des Ré­pu­bli­cains, qui rap­porte que des fu­sils à pompe et des ma­chettes ont été aper­çus dans cer­taines ba­garres. De son cô­té, le maire-ad­joint « à la Vie des quar­tiers et à la Tranquilli­té pu­blique » Ch­ris­tophe Cou­nil tient en­core à dis­tin­guer le « sen­ti­ment d'in­sé­cu­ri­té » de l'in­sé­cu­ri­té réelle : « Les chiffres sont res­tés stables en ville », as­sure-t-il. Le do­cu­ment re­la­tif à la stra­té­gie ter­ri­to­riale de sécurité à l'ho­ri­zon 2020, ren­du pu­blic par la mai­rie en oc­tobre der­nier, note même une diminution de 3 % des at­teintes aux biens de­puis 2011. Le maire-ad­joint se fé­li­cite de la créa­tion de la po­lice mu­ni­ci­pale : « Elle va per­mettre de li­bé­rer la po­lice na­tio­nale, qui pour­ra se consa­crer en­tiè­re­ment au tra­fic de drogue. » La mai­rie a éga­le­ment fait ins­tal­ler des ca­mé­ras de « vi­déo­pro­tec­tion » (la ter­mi­no­lo­gie of­fi­cielle pour la vi­déo­sur­veillance) dans cer­taines rues. Autre as­pect du dis­po­si­tif, les sanc­tions ju­di­ciaires pé­nales, qui sont ré­pu­tées être plus sé­vères qu'ailleurs : « Au Mans, la pri­son ferme ar­rive très vite, ce­la dis­suade vrai­ment dans le mi­lieu de la dé­lin­quance », as­sure un po­li­cier.

Pour la plu­part des ha­bi­tants, il n'y a au­cun doute : cette pro­gres­sion de la dé­lin­quance a quelque chose à voir avec une im­mi­gra­tion qu'on sait de moins en moins in­té­grer. Autre chan­son : si un consen­sus sur l'exis­tence de la dé­lin­quance au Mans émerge pé­ni­ble­ment, ses ca­rac­té­ris­tiques com­mu­nau­taires res­tent ta­boues. Le maire-ad­joint Ch­ris­tophe Cou­nil a une ré­ponse toute faite : « Comme dans toute la France, Le Mans a une po­pu­la­tion qui change, mais il ne faut pas tom­ber dans l'amal­game ! » Antonin Fla­ment, dir­cab du pré­fet, l'avoue car­ré­ment : « Vous ne me fe­rez pas par­ler de l'as­pect com­mu­nau­taire de la dé­lin­quance, même s'il y en avait un. » Les ha­bi­tants pro­té­gés par l'ano­ny­mat n'ont pas ces pu­deurs. Non loin de la ca­thé­drale, un res­tau­ra­teur lâche : « Je ne veux pas être ra­ciste, mais ce ne sont que des Blacks ! » Le gé­rant du Le­gend Ca­fé abonde : « On est tou­jours obli­gés de se jus­ti­fier du soup­çon de ra­cisme, à pré­sent, mais ce­la ne m'em­pêche pas de consta­ter. » Ce qui est cer­tain, c'est que Le Mans compte dé­sor­mais une forte po­pu­la­tion d'ori­gine étran­gère. Aux Guya­nais pré­sents de longue date, se sont ajou­tés les Con­go­lais et la deuxième plus im­por­tante com­mu­nau­té tchét­chène de France, après Lyon. Une lé­gende ur­baine pré­tend que la mai­rie a fa­vo­ri­sé l'ac­cueil de ces mi­grants contre des sub­sides de l'état. « Mais nous n'avons au­cune preuve », pré­cise un com­mer­çant, dé­pi­té. Ce qui est cer­tain, c'est que Le Mans, à une heure de Pa­ris, avec ses loyers mo­dé­rés, re­pré­sente une

LE MANS N'EST PAS MAR­SEILLE. HIER PRÉ­SER­VÉE, LA VILLE NE FAIT QUE RE­JOINDRE LA MOYENNE NA­TIO­NALE EN MA­TIÈRE DE DÉ­LIN­QUANCE.

au­baine pour les nou­veaux ve­nus. La po­lice évoque la ma­fia tchét­chène, ar­ri­vée avec cer­tains ré­fu­giés du Cau­case. Un groupe cri­mi­nel si­len­cieux, mais ac­tif. « Pour l'ins­tant, les rè­gle­ments de compte, par­fois meur­triers, ont lieu entre eux. Mais quand ils se­ront bien ins­tal­lés, ça va être dif­fi­cile de lut­ter contre cette ma­fia », pré­vient un po­li­cier.

À cô­té des dis­crets Tchét­chènes, la com­mu­nau­té congo­laise est plus vi­sible. On la ren­contre dans les rues du cen­tre­ville, avec ces groupes de jeunes, que l'ont dit pour beau­coup dé­sco­la­ri­sés ou sans tra­vail, et ces mères de famille, en ha­bits tra­di­tion­nels afri­cains. Une am­biance qui ne dé­payse pas Lio­nel Mi­nard, pas­teur de l'église pro­tes­tante bap­tiste du Mans, qui fut mis­sion­naire au Ca­me­roun pen­dant treize ans. Nous le re­trou­vons dans une salle d'études bi­bliques. La carte des chré­tiens per­sé­cu­tés dans le monde est ac­cro­chée au mur. La com­mu­nau­té congo­laise est ma­jo­ri­tai­re­ment évan­gé­lique, et le pas­teur compte quelques fa­milles dans sa pa­roisse. Mais la plu­part gra­vitent au­tour d'églises eth­ni­que­ment ho­mo­gènes, qu'on es­time à une pe­tite di­zaine pour la seule ville du Mans. « Ils res­tent entre eux, on ne sait pas très bien ce qu'ils prêchent, re­grette le pas­teur, qui pré­fère en rire : La pré­fec­ture les connaît mieux que nous ! »

Quant à la po­pu­la­tion d'ori­gine magh­ré­bine, elle est ins­tal­lée au Mans de­puis une tren­taine d'an­nées et ré­side pour une grande part dans le quar­tier des Sablons, au su­douest de la ville. Dans cette ban­lieue de­ve­nue mu­sul­mane, l'évêque ca­tho­lique du Mans a confié la pa­roisse lo­cale à un prêtre ara­bi­sant. An­cienne en­sei­gnante dans le pri­vé, Fran­çoise té­moigne de son ex­pé­rience dans un éta­blis­se­ment proche des Sablons : « Les mu­sul­mans ins­crivent leurs en­fants dans les écoles ca­tho­liques, parce qu'ils re­cherchent des va­leurs qu'il n'y a plus dans l'école pu­blique. » Ce­la n'a ce­pen­dant pas im­mu­ni­sé son école contre cer­tains in­ci­dents : « J'ai vou­lu mettre un frein au com­mu­nau­ta­risme, en pros­cri­vant les vê­te­ments re­li­gieux. Mais j'ai dû ba­tailler au quo­ti­dien, ra­conte Fran­çoise. Le pire, ce sont les conver­tis », ajoute-t-elle, en rap­por­tant l'anec­dote d'une mère de famille qui se plai­gnait qu'il n'y ait pas de cours de Co­ran : « Ça vien­dra un jour ! », au­rait-elle lan­cée aux en­sei­gnants. Le len­de­main de l'at­ten­tat contre Char­lie Heb­do, le 8 jan­vier, une gre­nade a été lan­cée sur la mos­quée des Sablons. L'au­teur, une per­sonne âgée ayant agi seule, a ra­pi­de­ment été ar­rê­té. « Mais dans la même se­maine, des ga­mins ont dé­gra­dé des ar­rêts de bus, en re­pré­sailles », se sou­vient le pas­teur Lio­nel Mi­nard. Il tient ce­pen­dant à re­la­ti­vi­ser ces ten­sions com­mu­nau­taires : « Un cran est mon­té, mais sur une échelle de 50, on est en­core à 3 », es­time-t-il, en s'ap­puyant sur des élé­ments de com­pa­rai­son. Avant de vivre au Mans, il fut pas­teur d'une Église évan­gé­lique à Chau­ny, ville de l'aisne si­nis­trée par les fer­me­tures d'usines. « Là-bas, les ba­garres quo­ti­diennes entre skin­heads et Magh­ré­bins étaient très vio­lentes. Il y avait des gen­darmes à tous les ar­rêts de bus. »

Le Mans n'est pas Chau­ny. Le Mans n'est pas non plus Mar­seille. Hier pré­ser­vé, Le Mans ne fait que re­joindre la moyenne na­tio­nale en ma­tière de dé­lin­quance et d'in­sé­cu­ri­té cultu­relle. « Ce­la choque, car c'est ve­nu bru­ta­le­ment », es­time Fran­çoise. De nom­breux ha­bi­tants, qui avaient tou­jours vé­cu dans le calme, par­tagent un sen­ti­ment de dé­pos­ses­sion. « Je ne re­con­nais plus ma ville, ce gros bourg pai­sible », mur­mure l'un. « On ne se sent plus chez nous », ren­ché­rit une autre. « Nous sommes tout sim­ple­ment re­joints par des phé­no­mènes de so­cié­té na­tio­naux », constate un po­li­cier, qui s'em­presse de don­ner son opi­nion sur le tra­fic de can­na­bis : « Dé­pé­na­li­ser se­rait une conne­rie ! » Même l'ins­tau­ra­tion d'une po­lice mu­ni­ci­pale semble suivre une ten­dance de fond à l'échelle du pays : l'état, pour faire des éco­no­mies, cherche de plus en plus à dé­lé­guer aux com­munes la mis­sion de sé­cu­ri­ser les villes, qui re­lève pour­tant du de­voir de la po­lice na­tio­nale. Les baisses d'ef­fec­tifs dé­cré­tées par le gou­ver­ne­ment ont été cruel­le­ment res­sen­ties au sein des po­li­ciers du Mans. Cy­ril Hu­tin ne veut pas re­trou­ver ici la si­tua­tion qu'il a quit­tée en ban­lieue pa­ri­sienne. « On a be­soin d'une plus forte pré­sence po­li­cière, si­non, ce se­ra comme dans les ci­tés : si vous n'avez pas les gens qui sym­bo­lisent l'ordre, et qui le font res­pec­ter, vous aban­don­nez le ter­rain aux me­neurs », ar­gu­mente le gé­rant du Le­gend Ca­fé. Place de la Ré­pu­blique, nous ren­con­trons Cé­dric, l'un des jeunes qui fré­quentent le quar­tier. Ar­ri­vé en France il y a à peine quatre ans, Cé­dric vient du Con­go-kin­sha­sa, comme beau­coup de nou­veaux ha­bi­tants du Mans : « Il y a beau­coup trop de Con­go­lais, ici ! » ri­gole-t-il. Hé­ri­tage de la co­lo­ni­sa­tion belge, il dit « no­nante », et non « qua­tre­vingt dix » : « Quand je de­vais don­ner ma date de nais­sance à la po­lice, ils croyaient que je me fi­chais d'eux ! » Cé­dric ne cache pas son pas­sé tu­mul­tueux. « J'avais du mal à l'école, j'ai fait beau­coup de conne­ries. J'ai traî­né avec les mau­vaises per­sonnes, avoue-t-il pu­di­que­ment. Mais je lutte contre ça à pré­sent, j'ai en­vie de chan­ger de vie », as­su­ret-il, en af­fir­mant que sa foi évan­gé­lique l'en­cou­rage à « se ran­ger ». Cé­dric suit dé­sor­mais une for­ma­tion d'ap­pren­ti­car­re­leur, à Tours, qui l'en­thou­siasme : « On a be­soin d'ar­ti­sans hon­nêtes et tra­vailleurs, comme de bons jour­na­listes aus­si ! »

Nous de­vi­sons jus­qu'à la gare, où les bandes at­ta­blées aux ke­babs voi­sins nous dé­vi­sagent avec in­sis­tance. Ce n'est pas ce que nous nous di­sons qui les dé­range, ils sont trop loin pour nous en­tendre. Ils sont sim­ple­ment éton­nés de voir un Noir dis­cu­ter à bâ­tons rom­pus avec un Blanc… le mul­ti­cul­tu­ra­lisme, c'est cha­cun chez soi, non ? •

Le Mans, Place de la Ré­pu­blique, sa­me­di 24 oc­tobre 2015.

Le Mans Lé­gend Ca­fé.

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