Pal­myre au Ko­so­vo

Causeur - - Sommaire N° 29 – Novembre 2015 - Pierre Jo­va

De­puis la prise du pou­voir par les sé­pa­ra­tistes mu­sul­mans de L'UCK en 1999, 200 lieux de cultes or­tho­doxes ont été dé­truits au Ko­so­vo. Fortes de ce bi­lan ex­cep­tion­nel, les au­to­ri­tés lo­cales viennent de de­man­der leur ad­mis­sion à l'unes­co.

La culture est la conti­nua­tion de la guerre par d'autres moyens. Ain­si les Pa­les­ti­niens ont-ils ré­cem­ment ten­té, avec le plus grand sé­rieux, de faire ins­crire au pa­tri­moine mon­dial de l'unes­co le Mur des la­men­ta­tions de Jérusalem comme lieu saint is­la­mique. Pour être hon­nête, ils avaient un mo­tif : le der­nier ves­tige du se­cond Temple, ap­pe­lé « Mur oc­ci­den­tal » dans la tra­di­tion juive, est aus­si, se­lon la tra­di­tion mu­sul­mane, le lieu où Ma­ho­met a at­ta­ché sa mon­ture, al-bu­raq la bour­rique, avant de mon­ter aux cieux. Les Pa­les­ti­niens vou­laient rou­vrir un dos­sier sur le­quel les Bri­tan­niques, qui oc­cu­paient la Pa­les­tine, s'étaient dé­jà pen­chés en 1930. Dans un ha­bile com­pro­mis, la com­mis­sion de Sa Ma­jes­té avait dé­cré­té que l'en­droit ap­par­te­nait aux mu­sul­mans, mais que les juifs pou­vaient y prier sans leur per­mis­sion. Les Jor­da­niens qui ont pris Jérusalem-est en 1948 se sont bien gar­dés d'ap­pli­quer cet ac­cord pour les juifs, et, en re­pre­nant Jérusalem-est en 1967, l'état hé­breu a tran­ché la ques­tion.

L'autre conflit qui s'im­porte à l'unes­co est à pré­sent ce­lui qui op­pose la Ser­bie à sa pro­vince sé­ces­sion­niste du Ko­so­vo, qui a dé­cla­ré son in­dé­pen­dance en 2008 avec le sou­tien de L'OTAN. Le Ko­so­vo a en ef­fet dé­po­sé sa can­di­da­ture pour re­joindre les dé­fen­seurs du pa­tri­moine de l'hu­ma­ni­té. C'est au moins aus­si gon­flé que les Pa­les­ti­niens avec le Mur oc­ci­den­tal, mais en­core plus mal­hon­nête. Car les au­to­ri­tés ko­so­vares sont is­sues de l'an­cienne Ar­mée de libération du Ko­so­vo (UCK), une or­ga­ni­sa­tion qui a ar­ra­ché le dé­part des Serbes de cette pro­vince ma­jo­ri­tai­re­ment al­ba­naise en 1999, avec le sou­tien mi­li­taire de l'oc­ci­dent. Une fois au pou­voir, L'UCK s'est em­pres­sée de s'en prendre au ri­chis­sime pa­tri­moine or­tho­doxe du Ko­so­vo : d'in­nom­brables mo­nas­tères et églises, da­tant du Moyen Âge, qui té­moignent de l'his­toire de la Ser­bie. C'est au Ko­so­vo qu'est née au dé­but du xiiie siècle l'église or­tho­doxe serbe, qui a fait corps avec l'iden­ti­té na­tio­nale. Ce ber­ceau his­to­rique de la Ser­bie est sac­ca­gé par ses nou­veaux maîtres : près de 200 lieux de culte or­tho­doxes ont été dé­truits de­puis 1999. Une tren­taine l'ont été pour la seule an­née 2004, date à la­quelle des émeutes al­ba­naises ont pré­ci­pi­té la fuite des der­niers Serbes. Sur les 50 000 qui vi­vaient avant la guerre à Pris­ti­na, la ca­pi­tale de la pro­vince, il n'en reste plus qu'une cin­quan­taine. La ca­thé­drale or­tho­doxe du Ch­rist-sauveur y est uti­li­sée comme dé­charge et comme toi­lettes pu­bliques. À l'an­nonce de la can­di­da­ture ko­so­vare pour en­trer à l'unes­co, la Ser­bie a pro­tes­té : peut-on ac­cep­ter du ré­gime al­ba­nais les des­truc­tions d'églises que l'on dé­plore en Syrie et en Irak lors­qu'il s'agit de Daech ? Mais la di­plo­ma­tie in­ter­na­tio­nale est telle qu'elle per­met à l'ara­bie saou­dite de pré­si­der un co­mi­té des droits de l'homme de L'ONU. Elle n'est plus à un pa­ra­doxe près, sur­tout lors­qu'il s'agit des vain­queurs. •

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