Pierre Ba­rillet, co­mé­die à la fran­çaise

CO­MÉ­DIE À LA FRAN­ÇAISE

Causeur - - Sommaire N° 28 – Octobre 2015 - Pro­pos recueillis par Pa­trick Man­don

Avec son al­ter ego Jean-pierre Gré­dy, Ba­rillet a écrit les plus grands suc­cès du théâtre de di­ver­tis­se­ment des Trente Glo­rieuses. Ses pièces ont sé­duit Ara­gon et triom­phé à Broad­way. L'au­teur de Po­tiche et Fleur de cac­tus se sou­vient et ra­conte.

Le Don d’adèle, Fleur de cac­tus, Folle Aman­da, Peau de vache, Po­tiche (adap­tée au ci­né­ma par Fran­çois Ozon)… Ces quelques titres évoquent des pre­mières brillantes, des salles combles, des tour­nées vic­to­rieuses, des spec­ta­teurs heu­reux, des au­teurs comblés. De 1950 au mi­lieu de la dé­cen­nie 1980, le pu­blic a fait un triomphe aux pièces de Pierre Ba­rillet et Jeanpierre Gré­dy. Une grande sai­son pa­ri­sienne de­vait af­fi­cher une « Ba­rillet et Gré­dy ». On a un peu per­du, au­jourd’hui, le sou­ve­nir de ce que la cri­tique sé­rieuse ap­pe­lait, sou­vent avec une nuance de mé­pris, le « bou­le­vard », que Pierre Ba­rillet pré­fère, à rai­son, baptiser « théâtre de di­ver­tis­se­ment ». Il y a certes de la fa­ci­li­té, voire de la grosse ma­noeuvre, dans ce genre, mais il mo­bi­lise, quand il est réus­si, au­tant de qua­li­tés que bien des oeuvres dites sé­rieuses. Il y faut de la fi­nesse et de l’ob­ser­va­tion dans l’hu­mour, le sens du pe­tit ri­di­cule qui fonde l’exis­tence, de la consi­dé­ra­tion pour le genre hu­main, une cruau­té me­su­rée, une mu­sique de mé­lan­co­lie… La mode est ca­pri­cieuse, le vent tourne, Ba­rillet et Gré­dy se fai­saient rares, ils re­viennent : Fleur de cac­tus est de­puis le 25 sep­tembre au théâtre An­toine, avec Ca­the­rine Frot dans le rôle qu’im­mor­ta­li­sa So­phie Des­ma­rets.

Pierre Ba­rillet a rap­por­té ses sou­ve­nirs dans deux ou­vrages re­mar­qués1, mais, pour Cau­seur, il a consen­ti à ce nou­vel exer­cice de mé­moire. C’est d’ailleurs le plai­sir qui gui­da cette conver­sa­tion, et la fan­tai­sie plu­tôt que la chro­no­lo­gie.

Cau­seur. Cu­rieu­se­ment, alors que vos pièces sont ex­clu­si­ve­ment des co­mé­dies, vous vous êtes d'abord fait connaître, vous, Pierre Ba­rillet, après la guerre, par des textes dra­ma­tiques.

Pierre Ba­rillet. Oui, d’abord par une pièce très sombre, Les Amants de Noël, dans le genre bal­za­cien, puis par Le Temps de vivre, que j’avais adap­tée d’un film d’ed­mund Goul­ding, avec Bette Da­vis. La pre­mière fut bien ac­cueillie, mais la se­conde n’eut guère de suc­cès. Je suis ve­nu au co­mique presque par ac­ci­dent. Avec Jean-pierre Gré­dy, mon ca­ma­rade d’uni­ver­si­té, qui se des­ti­nait à la mise en scène de ci­né­ma, pour nous di­ver­tir, nous avons écrit Le Don d’adèle, en 1949. C’est à la vé­ri­té notre pre­mière pièce, mais nous ne pen­sions pas la faire re­pré­sen­ter, et sur­tout pas Gré­dy, qui la ju­geait in­digne de ses am­bi­tions. Quelques per­sonnes, néan­moins, après avoir lu Adèle, nous en­cou­ra­gèrent, Jean Coc­teau en par­ti­cu­lier, qui me pré­sen­ta Al­bert Wille­metz. Ce­lui-ci en­vi­sa­gea de mon­ter la pièce aux Bouffes-pa­ri­siens. Il son­geait à Ar­let­ty, mais elle était un peu… mûre pour ce per­son­nage de jeune pu­celle. En outre, elle cher­chait un rôle dra­ma­tique pour sa ren­trée, après l’épi­sode de l’oc­cu­pa­tion et ses en­nuis à la Libération. Notre Adèle fut fi­na­le­ment jouée à la Co­mé­die-wa­gram – une salle qui n’existe plus – en 1950, dans une mise en scène de Jacques Cha­ron. C’est ain­si que tout a com­men­cé.

El­sa Trio­let et Louis Ara­gon vous ont im­mé­dia­te­ment en­cou­ra­gés. On ne les ima­gi­nait pas, sur­tout à cette époque, en ama­teurs de théâtre « lé­ger ».

À vrai dire, nous non plus ! Adèle est une em­ployée de mai­son, dont la pré­sence dans un foyer dé­clenche des épi­sodes de lou­fo­que­rie. Pour cette his­toire, nous nous étions ins­pi­rés

de ce que nous voyions au­tour de nous, en par­ti­cu­lier des pro­blèmes de do­mes­ti­ci­té que ren­con­traient nos mères res­pec­tives, bour­geoises pa­ri­siennes. Tout ce­la nous amu­sait. Et voi­là qu’el­sa Trio­let, cri­tique aux Lettres fran­çaises, jour­nal lié au Par­ti com­mu­niste, as­siste à une re­pré­sen­ta­tion, en com­pa­gnie d’ara­gon. Ils nous convient à dé­jeu­ner, nous dé­montrent leur vif plai­sir à ce spec­tacle, qu’ils voyaient comme un ma­ni­feste an­ti­bour­geois et, pour cette rai­son, dé­clarent qu’ils en di­ront par­tout les plus grands éloges. Ni Gré­dy ni moi n’avons pro­tes­té, alors que nous n’avions nul­le­ment pen­sé à écrire une pièce po­li­tique. Nous nous sommes bien gar­dés de dé­men­tir, et de contra­rier ain­si la bien­veillance des Ara­gon : leur vi­sion du Don d’adèle don­nait à la pièce une di­men­sion, qui lui fut bé­né­fique !

Aux États-unis, le duo Ba­rillet et Gré­dy est as­so­cié à un im­mense suc­cès…

En ef­fet, Fleur de cac­tus est l’une des dix pièces de théâtre qui ont te­nu le plus long­temps l’af­fiche à Broad­way. Ce­pen­dant, ce­la ne s’est pas fait en un jour. En 1950, nous avions connu un échec avec Le Don d’adèle, pré­ci­sé­ment, adap­tée par Gar­son Ka­nin et sa femme, l’ac­trice Ruth Gor­don, cé­lèbre en France par son rôle in­quié­tant dans Ro­se­ma­ry’s Ba­by, de Roman Po­lans­ki, et pour avoir in­car­né Maude, dans Ha­rold et Maude, de Hal Ash­by. La pièce fut trans­for­mée en co­mé­die mu­si­cale par Ani­ta Loos, au­teur des Hommes pré­fèrent les blondes, sans plus de suc­cès. Cet échec ne nous a pas dé­goû­tés de l’amé­rique, un pays où nous nous ren­dions sou­vent, Jean-pierre Gré­dy et moi. Nous connais­sions bien le ci­né­ma amé­ri­cain, les co­mé­dies en par­ti­cu­lier. Le ton neuf de notre écri­ture ve­nait aus­si de notre goût par­ta­gé pour l’am­biance so­phis­ti­quée, élé­gante, de ces co­mé­dies. Nous sor­tions de la guerre, nous avions vrai­ment en­vie de re­trou­ver ce qui nous avait tant man­qué, ou de dé­cou­vrir autre chose. Nous avons mul­ti­plié les ren­contres pro­fes­sion­nelles et ami­cales. Les mé­thodes de tra­vail y étaient très dif­fé­rentes. Gar­son Ka­nin, un homme très in­fluent, très en­tre­pre­nant, très au fait des pro­duc­tions eu­ro­péennes, s’est en­tê­té. Il a confié l’adap­ta­tion et la mise en scène de Fleur de cac­tus (Cac­tus Flo­wer) à Abe Bur­rows, et, en 1965, il a en­traî­né dans l’aven­ture Lau­ren Ba­call. Il fait tour­ner la pièce, il l’a ro­dée en quelque sorte. À Wa­shing­ton, sa lon­gueur in­ter­mi­nable nous a dé­con­te­nan­cés. Ba­call, une star, certes, était gauche, et son pre­mier par­te­naire, dont j’ai ou­blié le nom, ve­nait de la té­lé­vi­sion. Il ne conve­nait pas du tout. Bar­ry Nel­son l’a heu­reu­se­ment rem­pla­cé. À Phi­la­del­phie, la pièce avait en­core su­bi des mo­di­fi­ca­tions. À Broad­way, elle fut ac­cla­mée !

Dans votre livre, vous re­con­nais­sez que la pé­riode de l'oc­cu­pa­tion vous fut plus sup­por­table qu'à beau­coup d'autres.

Le col­lé­gien que j’étais, au dé­but de la guerre, n’a pas vrai­ment souf­fert de la faim. Mon père avait des →

fermes dans le Poi­tou, quelques per­sonnes dé­vouées nous en­voyaient des co­lis, nous n’avons man­qué de rien, même si, une ou deux fois, le pou­let était un peu fai­san­dé. Si vous aviez de l’ar­gent, si vous n’étiez ni po­li­ti­que­ment en­ga­gé, ni juif, ni ré­sis­tant, la vie res­tait sup­por­table. La France n’a pas été très glo­rieuse, c’est vrai, la Hol­lande a mon­tré plus de di­gni­té. Ce­pen­dant, j’ai com­pris une chose : la France se re­met­tait à peine d’une guerre qu’une autre ar­ri­vait. Après l’abo­mi­na­tion de 14-18, on peut com­prendre que nos com­pa­triotes n’aient pas sou­hai­té « re­mettre ça ». On leur avait af­fir­mé que leur ar­mée était in­vin­cible, le pays s’est ef­fon­dré en quelques se­maines !

Quel est votre pre­mier sou­ve­nir des Al­le­mands ?

L’exode nous avait pous­sés hors de Pa­ris. Nous nous trou­vions dans le Poi­tou, où nous pos­sé­dions une pro­prié­té. Ma mère avait réus­si à main­te­nir les Al­le­mands hors de chez nous, alors qu’ils avaient ré­qui­si­tion­né nombre de mai­sons du vil­lage et chas­sé leurs ha­bi­tants. Bref, les Al­le­mands ont cam­pé dans la cour, dor­mi dans une grange. Ce qui me frappe, lorsque je re­viens à Pa­ris, ce sont les pan­neaux in­di­ca­teurs en al­le­mand. Quant aux sol­dats, dans les rues, dans le mé­tro, je les cô­toie et, comme la plu­part des Pa­ri­siens, je ne les vois pas. Nous me­nons des vies pa­ral­lèles. Au reste, ils ne se sou­cient nul­le­ment du col­lé­gien que je suis : j’ai par­cou­ru Pa­ris de long en large, em­prun­té les bus, le mé­tro, on ne m’a pas de­man­dé une seule fois mes pa­piers.

La pro­pa­gande avait-elle un ef­fet ? Le peuple croyait-il ce qu'il li­sait ou en­ten­dait ?

Ab­so­lu­ment pas ! De ce point de vue, la presse n’avait guère d’in­fluence, les gens sa­vaient que la vé­ri­té était ailleurs. On cher­chait à s’in­for­mer par d’autres moyens, le bouche à oreille fonc­tion­nait ad­mi­ra­ble­ment. L’in­for­ma­tion cir­cu­lait, on se réunis­sait, on échan­geait. Pen­dant la guerre, la porte de Coc­teau, rue de Mont­pen­sier, au Pa­lais­royal, était ou­verte à tous. Colette ve­nait en voi­sine, et di­sait : « Je viens écou­ter Ra­dio Coc­teau. » Et puis, il y avait Ra­dio Londres, que mon père, qui n’a ja­mais dou­té de la vic­toire fi­nale, cap­tait sous les cou­ver­tures. Sem­blable en ce­la à nombre de Pa­ri­siens, je ne fré­quente pas les salles, où passent des films stric­te­ment al­le­mands. J’en vois un ou deux, c’est tout. Ils ne me tentent pas. Par­mi mes amis, mes connais­sances, nul ne s’est dé­pla­cé pour Le Juif Süss, par exemple. En outre, les prin­ci­paux ta­lents ar­tis­tiques avaient fui ; Mar­lène Die­trich, que j’ad­mi­rais, était par­tie en Amé­rique, ain­si que les grands met­teurs en scène. L’oc­cu­pant s’est mon­tré plus ha­bile avec la Conti­nen­tal Films, so­cié­té à ca­pi­taux al­le­mands des­ti­née à pro­duire des oeuvres fran­çaises, quant à elles très pri­sées du pu­blic. Après avoir contrô­lé le scé­na­rio, ils lais­saient toute li­ber­té au met­teur en scène. D’ailleurs, il n’y eut pas de film po­li­ti­que­ment ten­dan­cieux. À ce su­jet, on a fait un mau­vais pro­cès à Hen­ri-georges Clou­zot pour Le Cor­beau. Vous sa­vez, les pires en­ne­mis de la créa­tion, pen­dant la guerre, c’était Vi­chy, son es­prit mo­ra­li­sa­teur, et la presse de la col­la­bo­ra­tion. Il est tout de même pa­ra­doxal que la pièce de Jean Coc­teau La Ma­chine à écrire ait été in­ter­dite par la cen­sure vi­chys­soise2. Les Pa­ri­siens n’ac­cor­daient au­cun cré­dit au par­ti col­la­bo­ra­tion­niste, ils le mé­pri­saient. Les Nou­veaux Temps, jour­nal fon­dé par Jean Lu­chaire, ne se ven­dait pas.

Tra­gique his­toire que celle de Co­rinne Lu­chaire, sa fille, ac­trice mau­dite, dont le jeu, pour­tant, et l'ap­pa­rence sont « mo­dernes » !

Je la connais­sais bien. On conti­nue à col­por­ter sur elle des men­songes, des ca­lom­nies : elle au­rait été la maî­tresse de Goeb­bels ! Sa­crée ve­dette à 17 ans, in­sou­ciante et pro­fonde à la fois, elle a sui­vi son père par amour. Elle l’ado­rait, elle a re­fu­sé de le quit­ter, au mo­ment où la famille s’est di­vi­sée, à Sig­ma­rin­gen, alors qu’elle au­rait pu ga­gner la Suisse. Pour fi­nir, elle fut dé­te­nue dans la pri­son de Nice, là même où elle avait tour­né Pri­son sans bar­reaux. Jean Lu­chaire, je n’ai fait que le croi­ser ; je pense que cet homme veule, is­su d’une famille ho­no­rable, est très condam­nable. On dit qu’il fré­quen­tait la rue Lau­ris­ton.

Pou­vez-vous nous dire ce qu'a re­pré­sen­té Jean Coc­teau pour les jeunes gens de l'après-guerre ?

Je par­le­rai en mon nom. J’avais lu son oeuvre avant la guerre. D’abord, étant très sen­sible à la poé­sie, Plain-chant m’a bou­le­ver­sé. En­suite, il m’ap­pa­rut que tout ce qu’il in­car­nait

me li­bé­rait du car­can d’une famille bour­geoise. Sous les aus­pices d’un per­son­nage aus­si élé­gant, la rup­ture pa­rais­sait « pré­sen­table ». Son­gez qu’on lui re­pro­chait même sa po­li­tesse ! À l’égard de tous, il fut d’une grande bien­veillance. Dès que je l’ai connu, il m’a énor­mé­ment ai­dé. Je le sol­li­ci­tais, je lui sou­met­tais tous mes ma­nus­crits. Il les par­cou­rait, me pro­di­guait des conseils fort utiles : « Com­mence tou­jours une pièce par la fin : si tu ne tiens pas la fin, il est in­utile de la com­men­cer ! »

À pro­pos de « car­can », vous par­lez très sim­ple­ment de votre ho­mo­sexua­li­té.

Je suis ho­mo­sexuel, c’est comme ça. J’en­tends des gens dire : « Je suis fier d’être homo. » Il n’y a pas de quoi être fier, ni, évi­dem­ment, hon­teux. Il n’y a plus de honte à être ho­mo­sexuel, nous sommes la­vés de toute honte, et c’est heu­reux. Pour moi, et je ne parle que pour moi, les ma­ni­fes­ta­tions telles que la Gay Pride sont in­utiles. En­core une fois, c’est comme ça.

Vous avez bien connu Ch­ris­tian Bérard, qui fut proche de Coc­teau.

Ch­ris­tian Bérard, dit Bé­bé, était un être mer­veilleux. J’ai même dé­lais­sé la rue de Mont­pen­sier et Coc­teau pour la fré­quen­ta­tion de cet homme gé­né­reux, at­ten­tion­né, brillant, et d’ap­pa­rence si re­lâ­chée. À sa barbe, sou­vent, pen­daient les re­liefs de son der­nier re­pas, et l’on voyait dé­bor­der de sa che­mise ou­verte un ventre de boud­dha. Mais il dé­mon­trait un es­prit si raf­fi­né ! Il trans­for­mait tout ce qu’il tou­chait. Ses dé­cors de théâtre étaient des chefs-d’oeuvre de concep­tion comme d’exé­cu­tion : deux mi­nutes avant le le­ver de ri­deau, il in­ter­ve­nait avec un pin­ceau, afin de cor­ri­ger un dé­tail, mo­di­fier un re­flet. Je re­grette seule­ment qu’il ait trop sou­vent né­gli­gé son oeuvre de peintre. Il per­dait son temps avec les femmes du monde, qui lui de­man­daient des conseils de toi­lette. Il avait de tels be­soins d’ar­gent, afin de se four­nir en drogue, qu’il ac­cep­tait des tra­vaux ali­men­taires. Tout ce­la le dé­tour­nait de sa vraie vo­ca­tion. Fas­ci­né par Louis II de Ba­vière, il a souf­flé à Coc­teau l’idée de sa pièce L’aigle à deux têtes. Cu­rieu­se­ment, ce­lui-ci n’en a pas confié les dé­cors à Bérard mais à An­dré Beau­re­paire. Bérard a seule­ment des­si­né les cos­tumes por­tés par Ed­wige Feuillère. Avant la pre­mière, j’ai in­ter­ro­gé Coc­teau sur ce su­jet, qui m’a ré­pon­du : « Je ne veux pas que l’on dise, comme à la pre­mière de La Folle de Chaillot : “Le ri­deau se lève et la pièce est jouée.” » Il est vrai que les dé­cors de Bé­bé Bérard pour la pièce de Jean Gi­rau­doux avaient été una­ni­me­ment sa­lués.

Il ne sa­vait pas que sa vie se­rait si brève…

Il est mort en scène, pour­rait-on dire. Il se trou­vait dans la salle du théâtre Ma­ri­gny, de­vant le dé­cor qu’il avait conçu pour Les Four­be­ries de Sca­pin, pièce de Mo­lière mise en scène par Jeanlouis Bar­rault. Il s’est ef­fon­dré. Son en­ter­re­ment at­ti­ra la grande foule et toute la mon­da­ni­té. Il y a quelque chose de pi­quant dans cette cé­ré­mo­nie triste : par sa mère, Ch­ris­tian Bérard était ap­pa­ren­té à Bor­niol, grande en­tre­prise de pompes fu­nèbres3 ! • 1. Quatre An­nées sans re­lâche, Éd. de Fal­lois. À la ville comme à la scène, Éd. de Fal­lois. 2. « La Ma­chine à écrire est le type même du théâtre d'in­ver­tis (…) elle ré­sume vingt an­nées d'abais­se­ment, de com­plai­sance pour toutes les tur­pi­tudes du corps et de l'âme » (Lu­cien Re­ba­tet, Je suis par­tout). 3. « Tout ce qui touche à la mort est coû­teux, di­sait Ch­ris­tian Bérard à Jean Coc­teau, et j'en sais quelque chose, puisque ma mère (…) est née Bor­niol. » Ci­té par Jacques Rueff dans son dis­cours de ré­cep­tion à l'aca­dé­mie fran­çaise, le 1er avril 1965.

Jean-pierre Gre­dy et Pierre Ba­rillet, 1964.

Pierre Ba­rillet, Bro­nia, der­nier amour de Ray­mond Ra­di­guet, Un en­tre­tien avec Bro­nia Clair, La Tour verte, coll. « États d'âme », 2012.

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